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Jérôme Sueur, « Frontières vivantes. De la porosité du monde, des cellules aux écosystèmes » (Actes Sud)

État limite. Voici un thème porteur pour évoquer de nombreux aspects du vivant : celui de la frontière. Bien sûr, il faut l’élargir, lui donner de l’ampleur pour mettre en évidence toute sa richesse rhétorique et philosophique lorsqu’on l’applique à la société. Terme éminemment symbolique, il évoque la contrainte, les limites, mais aussi le passage. C’est donc à travers des souvenirs, familiaux ou professionnels, de l’Auvergne à l’Afrique, que Jérôme Sueur aborde cette notion sans cesse traversée.

Professeur au Muséum national d’histoire naturelle, spécialiste en analyse sonore de la biodiversité, ce savant sachant transmettre a publié Le son de la Terre (Actes Sud, 2022), recueil de ses chroniques diffusées sur France Inter, ainsi qu’Histoire naturelle du silence (Actes Sud, 2023), qui a dépassé les 10 000 exemplaires GFK.

De la membrane cellulaire au mur érigé entre les États-Unis et le Mexique en passant par la peau – cette frontière entre l’individu et ce qui l’entoure -, celui qui connaît si bien les sons de nature nous fait entendre la mélodie secrète des espèces, celle de l’entre-deux. Du nanoscopique au macroscopique, ces frontières aident à comprendre l’architecture du monde et du vivant, cette zone communicante ou urticante. « Nos frontières sont bardées de capteurs qui rendent la vie heureuse ou douloureuse. »

La notion de territoire revient souvent dans ces récits en forme de chroniques scientifiques teintées de poésie comme les « souvenirs entomologiques » de Jean-Henri Fabre ou les ouvrages de géographie sensible d’Élisée Reclus. « La défense du territoire est moins virulente quand un voisin se fait voir. Ce -comportement, connu sous le joli oxymore de « cher ennemi », suppose une certaine forme de reconnaissance et de familiarité avec les voisins. » On finit ainsi par composer et reconnaître le territoire de l’autre, tout en gardant à l’esprit que les frontières animales sont bien plus floues que celles dressées par les humains.

La migration aussi est abordée, et pas simplement à travers les oiseaux. « La Terre est sans cesse parcourue par des hordes migratrices d’animaux et de plantes, qui passent les grandes frontières géographiques. » Car les végétaux migrent aussi via les oiseaux justement, mais aussi les vents et les eaux. À ce propos, Jérôme Sueur rappelle qu’« on ne migre jamais par plaisir », mais par instinct de survie, que cela est valable pour tout ce qui vit sur Terre et contribue au renouvellement et au développement.

Tout en subtilité, Frontières vivantes constitue un précieux bréviaire contre toutes les formes de repli et ouvre une réflexion singulière sur ce qui nous entoure. « L’homme est une frontière » écrivait Victor Hugo, parce qu’il est double et qu’il ne cesse de se traverser lui-même pour aller de ce qu’il sait vers ce qu’il ignore. Voilà pourquoi les barrières n’ont pas à être abolies mais comprises, parce qu’elles nous rassurent et nous apportent un sentiment de liberté, surtout quand on sait qu’on peut les franchir.

Jérôme SueurFrontières vivantes. De la porosité du monde, des cellules aux écosystèmesActes SudTirage: 43 00 ex.Prix: 20,50 € ; 208 p.ISBN: 9782330222062


Source:

www.livreshebdo.fr