Tous pour Dumas. Normalien, écrivain, scénariste, activiste politique, Claude Ribbe milite depuis toujours pour que la France redonne la place qu’il mérite à Thomas-Alexandre Davy de la Pailleterie, dit Dumas (1762-1806). Cet homme, au destin exceptionnel, n’a droit en général qu’à quelques lignes dans les dictionnaires, complètement éclipsé par la gloire de son fils, l’écrivain Alexandre Dumas père. Né d’un père de vieille noblesse normande d’épée, Alexandre Antoine Davy de la Pailleterie, parti rejoindre son frère à Saint-Domingue, et de Marie-Cessette Dumas, une esclave, Thomas-Alexandre, qui se fera appeler Alexandre comme presque tous les garçons de la famille, s’est construit un nom. Il s’est aussi façonné un destin. À partir de 1786, date à laquelle il s’enrôle dans l’armée, jusqu’à 1802, l’année où il fut réformé, mis à la retraite, humilié et condamné à finir sa vie dans la misère, il a été de tous les combats de la Révolution, puis du Consulat. L’Empire, en revanche, ce n’était pas pour lui : devenu général à la force de son épée, Dumas était un humaniste, un fervent républicain, -franc-maçon et, de par ses origines métissées, un universaliste. Dès leur première rencontre, à propos du -commandement de la future armée d’Italie, il entretint des rapports exécrables avec Bonaparte, futur Napoléon, lequel, directement ou via ses séides (comme Berthier, qui poursuivit Dumas d’une animosité tenace), lui mit des bâtons dans les roues, l’humilia et osa même mettre un veto absolu quant à l’attribution de sa légion d’honneur, amplement méritée et à laquelle il avait pourtant droit.
Outre ses idées généreuses, le général Dumas était un vrai colosse, un brave, qui s’est illustré sur tous les champs de bataille où on l’a envoyé, servant loyalement la République, mais en conformité avec ses idées. Ainsi, en Vendée, il refusa de faire massacrer les insurgés royalistes, et, embarqué dans la campagne d’Égypte, fit savoir sa réprobation : il ne voyait pas l’intérêt de cette aventure et comprit bien vite que Bonaparte avait plus en tête sa propre gloire et ses ambitions que le service de la République. On lui en a voulu, comme de ses origines et de la couleur de sa peau. Dumas réprouva énergiquement le rétablissement de l’esclavage dans les colonies, et fut, à la fin de sa vie, victime de ségrégation.
Ses soldats l’adoraient, surtout ses officiers fidèles, tous devenus généraux, qui formaient, invente joliment Claude Ribbe, une bande de dragons façon « trois mousquetaires ». Ses ennemis le redoutaient (ce sont les Autrichiens qui l’appelaient « le diable noir ») et le respectaient. Son fils Alexandre, né en 1802, futur écrivain, le vénérait, mais ne l’a pas connu longtemps.
Claude Ribbe, lui, spécialiste de la période, a consacré une part importante de sa vie à réhabiliter le général Dumas (il est président de l’association de ses Amis, qu’il a fondée), et à le faire sortir du purgatoire où il est bien injustement tombé. Il avait déjà écrit sa biographie (elle aussi titrée Le diable noir, Alphée-Jean-Paul Bertrand, 2008, rééditée chez Tallandier en 2021 sous le titre Le général Dumas), voici cette fois un roman, aussi enlevé que ceux de Dumas, mais sans doute plus fidèle à la vérité historique.
Claude RibbeLe Diable noirFayardTirage: 0Prix: 22,90 €ISBN: 9782213734491
Source:
www.livreshebdo.fr

