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Exposition Douanier Rousseau à Paris : le musée de l’Orangerie révèle tous les visages du peintre des jungles

Longtemps réduit à l’image du peintre naïf aux jungles luxuriantes, le Douanier Rousseau se révèle, au musée de l’Orangerie, comme un acteur majeur de l’art moderne. Des œuvres venues de la Fondation Barnes de Philadelphie éclairent sous un jour nouveau une ambition artistique que Picasso et Apollinaire avaient su reconnaître.

Grâce aux prêts exceptionnels de la Fondation Barnes de Philadelphie, qui peut enfin laisser partir ses chefs-d’œuvre hors de ses murs, le musée de l’Orangerie, à Paris, peut proposer jusqu’au 20 juillet une exposition nouvelle sur l’œuvre du Douanier Rousseau (1844-1910). Sous-titrée « l’ambition de la peinture », elle révèle que l’artiste autodidacte n’est pas uniquement un peintre naïf aux sympathiques natures mortes, portraits et paysages, mais qu’il a su affronter les grands défis de l’art moderne, créer des chefs-d’œuvre originaux et plaire à ses contemporains les plus exigeants, comme Apollinaire et Picasso.

Un douanier artiste

Né en Mayenne au milieu du XIXe siècle, Henri Rousseau vient à Paris en 1868 et trouve un emploi de percepteur d’impôt aux portes d’octroi de la capitale pendant plus de vingt ans (d’où son surnom de Douanier Rousseau). Sur son temps libre, il sillonne le Louvre et envoie ses tableaux au Salon des Indépendants, à partir de 1886. Une fois sa retraite atteinte en 1893, il se consacre pleinement à son art et veut changer de statut. Il ose de grandes compositions au contenu politique ou poétique. Critiques, collectionneurs et marchands s’intéressent à sa production, qui devient de plus à plus aboutie et attentive à la modernité. Ici, il se représente avec sa deuxième femme, surmontés tous deux de leurs premiers compagnons qui flottent dans les airs comme des fantômes.

Henri Rousseau, Le passé et le présent, ou Pensée philosophique, 1899, huile sur toile,The Barnes Foundation, BF582. © The Barnes Foundation

Henri Rousseau, Le passé et le présent, ou Pensée philosophique, 1899, huile sur toile,The Barnes Foundation, BF582. © The Barnes Foundation

Des monnaies d’échange

Pendant longtemps, Henri Rousseau réalise des peintures par pur plaisir ou comme des monnaies d’échange avec ses proches ou pour payer ses factures. Ces natures mortes et portraits occupent les deux premières salles de l’exposition de l’Orangerie, qui a pu faire venir de nombreuses œuvres conservées de l’autre côté de l’Atlantique, en particulier celles ayant appartenues au docteur Alfred Barnes et aujourd’hui conservées à Philadelphie.

À gauche : Henri Rousseau, <i>La Noce</i>, 1905, présenté à l’exposition « Henri Rousseau, l’ambition de la peinture », musée de l’Orangerie, Paris, 2026. ©Connaissance des Arts/Guy Boyer.À gauche : Henri Rousseau, <i>La Noce</i>, 1905, présenté à l’exposition « Henri Rousseau, l’ambition de la peinture », musée de l’Orangerie, Paris, 2026. ©Connaissance des Arts/Guy Boyer.

À gauche : Henri Rousseau, La Noce, 1905, présenté à l’exposition « Henri Rousseau, l’ambition de la peinture », musée de l’Orangerie, Paris, 2026. ©Connaissance des Arts/Guy Boyer.

À la recherche de commandes

Une fois devenu artiste à temps plein, Henri Rousseau cherche une reconnaissance de l’État et surtout des commandes officielles. Il se lance dans de grandes compositions allégoriques (La Guerre, vers 1894) ou des représentations d’événements publics (Les Représentants des puissances étrangères, 1907), espérant en vain des achats. Les esquisses de ces grands formats ayant été refusées, il les transforme en toiles pour les vendre aux collectionneurs de la galerie Paul Guillaume qui le représente. Ce n’est qu’en 1912 que le célèbre collectionneur russe Sergueï Chtchoukine achètera son premier tableau au marchand Ambroise Vollard.

Henri Rousseau, <i>Les Représentants des puissances étrangères venant saluer la République en signe de paix </i>, 1907, présenté à l’exposition « Henri Rousseau, l’ambition de la peinture », musée de l’Orangerie, Paris, 2026. ©Connaissance des Arts/Guy Boyer.Henri Rousseau, <i>Les Représentants des puissances étrangères venant saluer la République en signe de paix </i>, 1907, présenté à l’exposition « Henri Rousseau, l’ambition de la peinture », musée de l’Orangerie, Paris, 2026. ©Connaissance des Arts/Guy Boyer.

Henri Rousseau, Les Représentants des puissances étrangères venant saluer la République en signe de paix , 1907, présenté à l’exposition « Henri Rousseau, l’ambition de la peinture », musée de l’Orangerie, Paris, 2026. ©Connaissance des Arts/Guy Boyer.

En hommage à Gérôme

Pour se faire remarquer au Salon des Indépendants, Henri Rousseau s’abrite derrière les noms des artistes à succès de l’époque. Il met en avant celui de Jean-Léon Gérôme qu’il cite dans le premier tableau qu’il présente au Salon des Indépendants en 1886. Un soir de carnaval fait ainsi un clin d’œil à Suite d’un bal masqué (1857) du peintre académique. Il place la scène dans un entrelacs d’arbres noirs qu’il utilise également pour d’autres scènes en pleine nature.

Henri Rousseau, Un soir de carnaval, détail,1886, présenté à l’exposition « Henri Rousseau, l’ambition de la peinture », musée de l’Orangerie, Paris, 2026. Photo : © Laetitia StrifflingHenri Rousseau, Un soir de carnaval, détail,1886, présenté à l’exposition « Henri Rousseau, l’ambition de la peinture », musée de l’Orangerie, Paris, 2026. Photo : © Laetitia Striffling

Henri Rousseau, Un soir de carnaval, détail,1886, présenté à l’exposition « Henri Rousseau, l’ambition de la peinture », musée de l’Orangerie, Paris, 2026. Photo : © Laetitia Striffling

Le Douanier Rousseau, un artiste de son époque

HENRI ROUSSEAU – UN ARTISTE DANS SON ÉPOQUE – FR/EN | Musée de l’Orangerie

Dans l’enfer des jungles

Peu à peu, Henri Rousseau place ses figures solitaires dans des jungles luxuriantes, peuplées d’animaux sauvages et de plantes exotiques. Certains y voient des souvenirs d’un voyage au Mexique effectué pendant le service militaire de l’artiste. Que nenni ! Il doit avouer en 1910, date de ce paysage avec un gorille attaquant un homme, qu’il n’a jamais voyagé à l’étranger et que ces compositions viennent d’illustrations de presse ou de croquis réalisés au Jardin des plantes à Paris.

Henri Rousseau, Paysage exotique avec un gorille attaquant un homme , 1910, présenté à l’exposition « Henri Rousseau, l’ambition de la peinture », musée de l’Orangerie, Paris, 2026. ©Connaissance des Arts/Guy Boyer.Henri Rousseau, Paysage exotique avec un gorille attaquant un homme , 1910, présenté à l’exposition « Henri Rousseau, l’ambition de la peinture », musée de l’Orangerie, Paris, 2026. ©Connaissance des Arts/Guy Boyer.

Henri Rousseau, Paysage exotique avec un gorille attaquant un homme , 1910, présenté à l’exposition « Henri Rousseau, l’ambition de la peinture », musée de l’Orangerie, Paris, 2026. ©Connaissance des Arts/Alexandre Dars

Reconnaissance tardive

Le poète Guillaume Apollinaire, le critique Wilhelm Uhde aussi bien que les peintres Picasso, Kandinsky, Delaunay et Vallotton sont les premiers à repérer les œuvres d’Henri Rousseau. Il faut encore quelques années pour que les collectionneurs s’en mêlent. Jacques Doucet achète La Charmeuse de serpents en 1922 (aujourd’hui au musée d’Orsay), le docteur Barnes, Mauvaise surprise et John Quinn, La Bohémienne endormie (aujourd’hui au MoMA) en 1924. Dans les trois cas, on voit que l’artiste peut égaler ses grands contemporains et revendiquer une place dans l’histoire de l’art moderne.

Henri Rousseau, La Bohémienne endormie, 1899, présenté à l’exposition « Henri Rousseau, l’ambition de la peinture », musée de l’Orangerie, Paris, 2026. ©Connaissance des Arts/Alexandre DarsHenri Rousseau, La Bohémienne endormie, 1899, présenté à l’exposition « Henri Rousseau, l’ambition de la peinture », musée de l’Orangerie, Paris, 2026. ©Connaissance des Arts/Alexandre Dars

Henri Rousseau, La Bohémienne endormie, 1899, présenté à l’exposition « Henri Rousseau, l’ambition de la peinture », musée de l’Orangerie, Paris, 2026. ©Connaissance des Arts/Alexandre Dars

« Henri Rousseau, l’ambition de la peinture »Musée de l’Orangerie, Jardin des Tuileries, Place de la Concorde, 75001 ParisDu 25 mars au 20 juillet 2026


Source:

www.connaissancedesarts.com