Événement : deux peintures de grands maîtres de la Renaissance italienne et du Baroque européen issues d’une collection privée sont pour la première fois proposées en vente publique. Rendez-vous à Drouot le 16 juin prochain.
Ce sont deux tableaux exceptionnels à plus d’un titre qu’a présenté la maison de ventes Ader, à l’Hôtel Drouot, ce jeudi matin. Le premier constitue même une véritable découverte : totalement inédit, il a été attribué à Antonello de Messine (vers 1430-1479) par le spécialiste de l’artiste, l’historien de l’art Mauro Lucco, auteur de la monographie de référence publiée par Hazan en 2011. Le second est signé de Pierre Paul Rubens, et tous deux ont été acquis dans les années 1970-1980 par un collectionneur avisé et érudit, qui a requis l’anonymat.
Un saint enfin rendu à la lumière
Mauro Lucco a confirmé l’idée de l’ancien directeur du musée du Louvre Michel Laclotte (à qui notre collectionneur avait montré son trésor) qui pensait le Visage d’un jeune Saint de la main du maître sicilien. Débarrassé de ses repeints et des couches de crasse par la restauratrice Agnès Malpel, le tableau a révélé la qualité de son exécution, le modelé si particulier d’Antonello et le vert profond du col de son vêtement. Quelques traces de dorures ont également réapparu dans l’auréole cernant le visage du saint.
Jeudi 2 avril, la maison Ader a dévoilé à l’Hôtel Drouot à Paris deux peintures majeures de la Renaissance italienne et de l’art baroque. © Ader
Peint sur bois de pin, il a donc vraisemblablement été réalisé en Sicile : selon Mauro Lucco, il proviendrait d’un gonfalon, objet qui, en Sicile, n’était pas une simple bannière mais une sorte de tabernacle présentant le visage d’un saint, porté en procession. On sait en effet que l’artiste, à son retour de Venise sur son île natale, avait reçu commande de trois gonfalons pour des églises de Catane. Ce panneau aurait donc été peint vers 1476-1477, par un Antonello alors au sommet de sa carrière. Quant au saint représenté, l’absence d’attribut ne permet pas de l’identifier avec certitude. Mais sa jeunesse et son vêtement civil laissent supposer qu’il pourrait s’agir de Laurent, diacre du pape Sixte II et martyrisé en 258.
Un ajout essentiel au corpus d’Antonello
Très peu d’œuvres d’Antonello subsistent aujourd’hui : les guerres et séismes ayant ravagé Messine du XVIIe au début du XXe siècle les ont emportés dans leurs destructions. Seules une quarantaine de peintures sont aujourd’hui connues, la plupart conservées dans des collections publiques. Aussi la réapparition d’un panneau de l’artiste fait elle figure d’un véritable événement : « On pensait que ce n’était pas possible », confie Éric Turquin, l’expert à qui la maison Ader a confié le tableau. Acquis sur le marché de l’art à Marseille, il pourrait provenir de la collection d’Auguste de Forbin, peintre, élève de David et directeur du musée du Louvre de 1816 à 1841. Pour les historiens de l’art et les amateurs, c’est une découverte quasi « miraculeuse », un « ajout essentiel » au corpus de cet artiste majeur de la Renaissance italienne.
Antonello da Messina, Visage d’un jeune saint (fragment), 1476-1477, panneau de pin, une planche, non parqueté, 30 cm x 21,5 cm. Estimation : 1-2 millions
En février dernier, l’État italien achetait pour 12,5 millions d’euros un Ecce Homo peint par l’artiste. En 1992, le musée du Louvre se portait acquéreur d’un Christ à la colonne pour environ 4 millions de francs. Mais hormis un panneau attribué au maître sicilien adjugé 220 000 livres en 2003 chez Christie’s à Londres, aucune vente aux enchères récente d’un tableau d’Antonello de Messine n’est répertoriée. Le commissaire-priseur David Nordmann en a fixé l’estimation entre 1 et 1,5 millions d’euros.
Un Rubens de jeunesse dans un état de conservation exceptionnel
Le second tableau présenté à Drouot, La Bataille des Amazones de Rubens, n’est pas tout à fait une découverte : c’est David Jaffé, ancien conservateur à la National Gallery de Londres, qui l’avait retrouvé, après trois siècles d’oubli, et exposé en 2005 dans « Rubens : a master in the making ». Œuvre de jeunesse, il a été réalisé vers 1603, pendant le séjour du peintre à Mantoue, à la cour du duc de Gonzague.
Pierre Paul Rubens, La bataille des Amazones, vers 1603-1606, huile sur toile, 89 x 135,5 cm, Ader. Estimation : 2-3 millions € © Ader
Dans un état exceptionnel de conservation, il montre encore quelques faiblesses mais exprime déjà l’énergie, la fougue et la science de la composition de l’artiste. Il évoque aussi bien le Jan I Brueghel de La Bataille d’Issus du musée du Louvre que l’art transalpin du portrait équestre de la Renaissance ou la statuaire antique. L’un des groupes du premier plan cite explicitement le Laocoon, découvert un siècle plus tôt à Rome.
Pierre Paul Rubens, Christ en croix, 1613, huile sur bois, 105,5 x 72,5 cm © Osenat
Bien que le corpus de Rubens compte environ 1400 peintures, ses œuvres restent assez rares sur le marché. Et si son Christ en croix atteignait près de 3 millions en novembre dernier, La Bataille des Amazones, de plus grand format (89 x 135,5 cm) mais d’un sujet moins difficile et d’une grande rareté, pourrait dépasser son estimation, entre 2 et 3 millions d’euros.
Vente à l’Hôtel Drouot le 16 juin 2026 à 14h Salle 9par la maison de vente AderExposition samedi 13 et lundi 15 juin
Source:
www.connaissancedesarts.com

