À quelques semaines de l’ouverture de son exposition à l’Inguimbertine de Carpentras, Ernest Pignon-Ernest donne à cette bibliothèque-musée plusieurs centaines de ses œuvres. Cette donation constituera un fonds de références de l’ensemble des travaux de l’artiste.
« C’est dans le Comtat Venaissin qu’en 1966, tentant d’en appréhender la beauté et l’histoire, j’ai conçu cette écriture plastique inscrite « in situ » dans le réel », explique Ernest Pignon-Ernest dans un communiqué publié le 4 mai 2026. Il est donc tout naturel que l’artiste choisisse de faire don de plusieurs centaines d’œuvres à l’Inguimbertine de Carpentras, ancienne capitale administrative du Comtat, constituant ainsi un fonds de référence exceptionnel sur l’ensemble de sa carrière. Ernest Pignon-Ernest donnera à la bibliothèque-musée des études, esquisses, dessins, peintures, photographies, estampes et livres qui retracent toutes les étapes de son parcours artistique depuis 60 ans.
Le Vaucluse, berceau d’une aventure artistique née en 1966
« Je tiens à exprimer ma reconnaissance à Ernest Pignon-Ernest pour ce legs qui honore profondément la ville de Carpentras et démontre ces liens forts qu’il a créés avec le Comtat Venaissin », ajoute Hervé de Lépineau, député-maire de Carpentras. En effet, l’artiste a réalisé sa première intervention in situ en 1966 dans le Vaucluse, alors qu’il avait 24 ans. Sur les murs, rochers et routes menant au plateau d’Albion, Ernest Pignon-Ernest avait tracé au pochoir une silhouette tirée d’une photographie d’Hiroshima pour alerter sur les risques des missiles nucléaires sur le plateau de Sault. Avec cette donation extraordinaire, l’artiste montre son attachement au territoire sur lequel il a fait ses armes.
Ernest Pignon-Ernest, Pulcinella, Naples, 1992, sérigraphie. © Ernest Pignon-Ernest © ADAGP, Paris 2026
Une œuvre engagée aux quatre coins du globe
Ernest Pignon-Ernest vit et travaille à Paris mais il dispose ses œuvres aux quatre coins du globe. « D’Afrique du Sud au Chili, de Naples à Naplouse, de La Havane à Port au Prince, j’ai ainsi, à travers le monde, durant soixante ans, développé, aiguisé, densifié cette démarche, approfondi les questions qu’elle pose à la figuration, au dessin, à l’histoire de l’art », commente l’artiste. Ses œuvres les plus caractéristiques sont des silhouettes, la plupart du temps tracées au fusain, à la pierre noire et à l’aide de gommes crantées, reproduites en sérigraphies qu’il dispose où il le souhaite. Porteuses de messages politiques, ces interventions urbaines peuvent prendre la forme de gisants sur les marches du Sacré-Cœur à Paris, en référence à la Commune, ou encore des femmes portant leurs enfants décédés du sida, installées à Soweto (Afrique du Sud) en 2002, alors que le pays est l’un des plus touchés par l’épidémie.

Ernest Pignon-Ernest, Mort de la vierge d’après Caravage, Naples, 1990, pierre noire sur papier, 77 x 140 cm. © Ernest Pignon-Ernest / Courtesy Galerie Lelong & Co © ADAGP, Paris 2026
La mémoire des lieux comme matériau
Une façon d’« habiter poétiquement le monde ». « Les lieux sont mes matériaux essentiels, explique Ernest Pignon-Ernest. J’essaie d’en comprendre, d’en saisir à la fois tout ce qui s’y voit : l’espace, la lumière, les couleurs et simultanément, tout ce qui ne se voit pas ou ne se voit plus : l’histoire, les souvenirs enfouis. À partir de cela j’élabore des images, elles sont ainsi comme nées des lieux dans lesquels je vais les inscrire […]. Cette insertion vise à la fois à faire du lieu un « espace plastique » et à en travailler la mémoire, en révéler, perturber, exacerber la symbolique ». Reproduites à des centaines de milliers d’exemplaires, certaines de ses images sont devenues depuis des icônes des temps modernes, comme les fusillés de la Commune ou son Rimbaud vagabond.

Ernest Pignon-Ernest, Etude pour Sainte Agathe inspirée de Guarino, Naples, 1995, photographie, 6 exemplaires + 1 EA, 30 x 44 cm. © Ernest Pignon-Ernest / Courtesy Galerie Lelong © ADAGP, Paris 2026
Un précurseur du Street Art consacré par les grandes institutions mondiales
Considéré comme un des précurseurs du Street Art en France, Ernest Pignon-Ernest est reconnu par les institutions du monde entier. Depuis sa première exposition personnelle en 1979 à l’ARC, MAM Paris, il a présenté ses travaux dans de nombreux musées et galeries, de Lelong & Co au Palais des Beaux-Arts de Pékin, en passant par la Neue Pinakothek de Munich. Il est également membre de la section Peinture de l’Académie des Beaux-Arts depuis 2021, au fauteuil de Vladimir Velickovic.
Ernest Pignon-Ernest est officiellement installé à l’Académie des Beaux-Arts le 8 novembre 2023 :
Séance d’installation d’Ernest Pignon-Ernest à l’Académie des beaux-arts
L’Inguimbertine, écrin idéal et nouveau lieu de référence pour l’œuvre d’une vie
Cette donation tombe à pic. Faite en amont de l’exposition « Ombres de Naples », qui sera présentée à partir du 23 mai à l’Inguimbertine, elle crée un lien pérenne avec le lieu et Ernest Pignon-Ernest et enrichit sa collection. Qui plus est, la bibliothèque-musée réunit déjà plusieurs fonds d’érudits et d’artistes tels que Peiresc (XVIIe siècle), d’Inguimbert (XVIIIe siècle), Barjavel, Laurens (XIXe siècle), Raspail et Jouve (XIXe et XXe siècles). Ce nouvel ensemble d’œuvres permet d’ouvrir l’Inguimbertine à l’art contemporain. Ainsi, avec ce don exceptionnel, Ernest Pignon-Ernest ancre son parcours artistique à Carpentras et fait de la bibliothèque-musée son lieu de référence.
Source:
www.connaissancedesarts.com

