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AccueilCultureLivres & LittératureÉcologie du livre : un outil de calcul carbone pour les éditeurs

Écologie du livre : un outil de calcul carbone pour les éditeurs

La table ronde « Mesurer pour agir », organisée vendredi 17 avril pendant le Festival du livre de Paris, a mis en lumière les outils concrets développés par la filière pour accompagner cette transition.

Présenté comme un « outil collectif » par Benoît Moreau, directeur d’Ecograf, le calculateur carbone Livre Empreinte mis en place par le SNE permet de « mesurer pour agir » en évaluant l’impact d’un ouvrage sur l’ensemble de sa chaîne de production, de la forêt à la livraison chez le distributeur.

Données comparables et exploitables

Concrètement, l’outil s’appuie sur des données standardisées (type de papier, grammage, consommation d’encre, procédés d’impression, transport) ainsi que sur des référentiels sectoriels afin d’estimer les émissions à chaque étape. « On commence par le papier, l’impression et l’expédition », a précisé Benoît Moreau, avec une volonté de « normaliser les données » pour les rendre comparables et exploitables à l’échelle de toute la filière. Pour Nathalie Hassoun, directrice des fabrications chez Editis, il s’agit avant tout de poser « un point zéro » grâce à « un outil simple, structuré et partagé », capable de s’intégrer aux flux existants.

Jean-Philippe Pinsar, directeur de la production et de l’information éditoriale chez Lextenso, a souligné l’intérêt d’un outil déjà opérationnel permettant de mesurer l’impact global d’une production annuelle et d’affiner progressivement les calculs. L’ensemble de ces travaux est mené en anticipation des futures obligations européennes, « afin de ne pas être pris de court par les évolutions réglementaires et de construire dès aujourd’hui des standards communs pour la filière ».

« L’idée n’est pas de distribuer des bons points »

 Pensé comme un dispositif évolutif, « un outil vivant » amené à intégrer de nouvelles données fournisseurs ou de nouveaux types de produits, il doit aussi encourager une meilleure structuration des données tout au long de la chaîne. Mais tous se sont accordés sur une limite : « L’idée n’est pas de distribuer des bons points », a rappelé Benoît Moreau, avant de conclure : « Après le carbone, la priorité, c’est l’optimisation de la consommation », c’est-à-dire comprendre et ajuster les volumes produits. 

Lors de la table ronde organisée le lendemain et consacrée aux enjeux écologiques de la filière, Anaïs Massola, libraire au Rideau Rouge (Paris) et membre du directoire de la commission écologie du SLF, Thomas Bout, directeur des éditions Rue de l’Échiquier, et Pascal Lenoir, directeur de la production de Madrigall et président de la commission environnement-fabrication du SNE, ont insisté sur la nécessité d’une approche systémique et interprofessionnelle : « Bouger un endroit, c’est aussi bouger le reste ».

Repenser les équilibres de la chaîne

Au-delà de l’empreinte matérielle, le principal défi reste celui d’un modèle fondé sur l’abondance. « On est dans une économie de l’offre, un monde shooté à la nouveauté », a résumé Thomas Bout. Pascal Lenoir a complété en posant un double constat : « Il faut distinguer deux problèmes, la surpublication et la surproduction », tout en rappelant que « notre métier est artisanal en amont mais industriel dans sa fabrication », ce qui complexifie la transition.

Face à ces tensions, il a appelé à repenser les équilibres de la chaîne : « Il faut travailler sur le juste besoin », en ajustant les tirages et les flux au plus près de la demande.  De son côté, Anaïs Massola a souligné que certaines actions restent « dérisoires » face à ces enjeux structurels, notamment la surproduction ou le pilon.

Des expérimentations récentes en librairie, consistant à réduire volontairement les achats de nouveautés, montrent pourtant que « les clients s’en sont à peine rendus compte », ouvrant la voie à ce qu’elle décrit comme « une forme de révolution culturelle ». « Le vrai livre éco-conçu, c’est celui qui trouve un lecteur », a conclu Pascal Lenoir.


Source:

www.livreshebdo.fr