Amnesty International a accusé les autorités tunisiennes d’intensifier les abus contre les migrants subsahariens par le biais de pratiques policières violentes, d’expulsions et de lois discriminatoires qui violent les droits humains fondamentaux. L’organisation a déclaré mardi que les gouvernements européens risquent de se rendre complices de ces violations en continuant à financer les opérations frontalières de la Tunisie.
La police tunisienne a procédé à des expulsions massives vers des zones désertiques proches de la Libye et de l’Algérie, à des arrestations arbitraires et à des agressions généralisées contre des migrants et des réfugiés noirs. Ces mesures font partie d’une campagne plus large qui a normalisé la rhétorique anti-Noirs et érodé les protections juridiques des migrants.
Les organisations de la société civile tunisienne ont lancé des avertissements répétés. En janvier 2024, le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES) a accusé le gouvernement de réprimer les migrants pour préserver le financement de l’Union européenne dans le cadre d’un protocole d’accord de 105 millions d’euros signé en 2023. L’accord, visant à freiner la migration irrégulière, a été critiqué comme permettant « une expansion dangereuse de politiques migratoires ayant échoué ».
Le sentiment anti-migrants a atteint son paroxysme en mai, lorsque des centaines d’habitants d’El Amra, près de Sfax, ont manifesté contre les camps de migrants de fortune et appelé au « départ » des Africains subsahariens. Quelques jours plus tard, les législateurs ont introduit des amendements à la loi 68-7 sur le statut des étrangers qui augmenteraient les peines de prison et les amendes en cas d’entrée sans papiers et d’aide aux migrants. Les groupes de défense des droits ont averti que la proposition criminaliserait davantage la migration et aggraverait la violence xénophobe.
Cette montée d’hostilité fait suite aux remarques du président Kais Saied en février 2023, affirmant que les migrants subsahariens faisaient partie d’un complot visant à « modifier la composition démographique de la Tunisie ». Ses propos ont déclenché une vague d’attaques racistes, de déplacements forcés et d’arrestations massives. Amnesty a documenté des cas dans lesquels la police n’est pas intervenue ou n’a pas participé directement à des agressions contre des migrants.
La rapporteuse spéciale de l’ONU, Maya Sahli Fadel, a également condamné l’expulsion de centaines de migrants noirs vers le désert libyen en juillet 2023 comme étant « brutale et barbare », appelant la Tunisie à respecter ses obligations au titre de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples.
La politique migratoire de la Tunisie reflète désormais les stratégies de dissuasion européennes, transférant le contrôle des frontières aux partenaires nord-africains tout en ignorant les protections humanitaires. L’organisation a exhorté la Tunisie à mettre fin aux expulsions collectives, à enquêter sur les violences commises par les forces de sécurité et à garantir l’accès aux procédures d’asile. Il a également appelé l’UE à suspendre le financement des opérations permettant des violations contre les réfugiés et les migrants.
























