Livre. Pour de nombreux militants des droits humains en Russie, il n’y a pas de doute : la société russe, « société civile » dans le sens européen, en tant que telle n’existe pas, faute de partis politiques représentatifs, de vrais débats et de liberté d’expression. Les quatre ans de guerre ont rappelé une autre réalité de la vie sous le régime autoritaire de Vladimir Poutine. La verticale du pouvoir instaurée depuis son arrivée à la tête du pays, au début des années 2000, et renforcée par l’invasion de l’Ukraine, le 24 février 2022, a pu faire croire à une Russie unique et uniforme.
Mais la vitrine présentée par le Kremlin n’offre qu’une illusion. Les populations et les formes de mobilisation sont en réalité très diverses dans cet immense pays, véritable « archipel » réparti sur 11 fuseaux horaires. Sans société civile, mais aussi sans véritable unicité sociale, la Russie est plus multiple que jamais. Complexe à comprendre, et à expliquer. Tel est pourtant le défi que relève Elsa Vidal dans son essai Que pensent les Russes ? (Gallimard, 156 pages, 18,50 euros).
La journaliste et ancienne directrice de plusieurs ONG, dont les premiers séjours en Russie remontent à 1990, rappelle quelques chiffres qui font voler en éclats les certitudes sur un pays que le Kremlin souhaite présenter comme fort et uni. D’ici à 2046, par exemple, la population chutera pour atteindre 139 millions d’habitants, contre 148 millions au début des années 1990. Cette crise démographique s’avère d’autant plus difficile à saisir que les statistiques, notamment celles qui concernent l’espérance de vie, sont de moins en moins accessibles de manière détaillée, les autorités craignant qu’elles ne trahissent le coût humain réel de la guerre.
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D’autres chiffres mettent à mal le culte de la « Grande Russie » et contredisent les discours officiels sur un pays défendant les « valeurs traditionnelles » face au supposé déclin moral de l’Occident. Ainsi, seules 6 % des personnes se disant orthodoxes se rendent à un service religieux au moins une fois par mois. Le taux de divorce y est plus élevé qu’en France, et le pays enregistre l’un des taux de suicide les plus élevés au monde (25,1 pour 10 000 habitants).
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Source:
www.lemonde.fr


