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Christian de Perthuis, économiste : « La guerre au Moyen-Orient pourrait retarder la transition énergétique »

Pour beaucoup, un baril de brent au-delà de 100 dollars et des cours du gaz naturel au plus haut à Rotterdam sont une pilule amère pour l’économie, mais une bonne affaire pour le climat. L’envolée des prix du pétrole et du gaz ne joue-t-elle pas comme une taxe carbone qui renchérit les énergies fossiles ?

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Le raccourci, en plus d’être trompeur, est dangereux : la guerre au Moyen-Orient pourrait au contraire alimenter le backlash des politiques climatiques et retarder la transition énergétique. Pétrole et gaz ne franchissent plus le détroit d’Ormuz. Pour autant, aucune cargaison de charbon n’y est, ni ne sera bloquée. Le conflit risque ainsi de relancer le charbon pour les usages où il peut se substituer au gaz ou au pétrole. C’est déjà le cas pour la production d’électricité. Durant les premières semaines du conflit, le prix du charbon a augmenté de moitié. En cause ? La poussée de la demande des compagnies électriques asiatiques et européennes, qui substituent le minerai au gaz devenu trop onéreux pour générer l’électricité. Une mauvaise nouvelle pour le climat puisque, pour la même énergie produite, il émet deux fois plus de CO2.

En Europe, le système des quotas de CO2 devrait amortir le retour en force du charbon. Il l’avait fait en 2022. Quelques mois après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, le prix du quota avait atteint son plus haut historique, pénalisant fortement le charbon. On n’en prend pas le chemin cette fois-ci. Le prix du quota est en recul depuis le démarrage des opérations militaires en Iran.

Le conflit affaiblit en effet le portage politique du marché du carbone. Pour amortir la hausse des prix de l’énergie, l’Allemagne et la France réclament des « flexibilités », autrement dit un artifice pour faire baisser le prix du quota. Quant à l’Italie, elle a rejoint la Pologne pour demander la suspension pure et simple du marché. Or stimuler l’usage des trois énergies fossiles au détriment de la bataille contre le changement climatique serait la pire des méthodes pour faire face au renchérissement du pétrole et du gaz.

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Source:

www.lemonde.fr