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Budget : la voie étroite de Sébastien Lecornu

Quand le gouvernement Lecornu a enfin fait adopter le budget 2026, le 2 février, après des mois d’arbitrages douloureux, il pouvait croire avoir franchi le cap le plus difficile. L’exécutif espérait un peu de répit avant d’entamer les débats sur la loi de finances 2027, même si celle-ci ne s’annonçait pas plus facile à négocier. Las, la guerre au Moyen-Orient est venue tout chambouler. En quelques semaines, les équilibres laborieusement trouvés sont remis en cause, obligeant le premier ministre à s’engager sur une voie étroite.

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Le gouvernement est tiraillé entre deux impératifs : absorber les chocs économiques et sociaux liés au conflit, tout en maintenant la trajectoire budgétaire pour ne pas alimenter la spirale du déficit et de la dette dans laquelle le pays est déjà plongé.

Cette guerre, la France ne l’a pas déclenchée, ne veut pas y participer, mais elle doit en assumer les conséquences. Les effets en cascade sur les finances publiques se matérialisent, alors que l’issue du conflit reste incertaine. Il est désormais probable que les répercussions sur la facture énergétique ne se résorberont pas rapidement et que l’impact macroéconomique sera considérable.

Les mauvaises nouvelles s’accumulent pour les finances publiques. Les intérêts de la dette ont brusquement augmenté en raison de la hausse du taux auquel la France emprunte. Ils s’élèveront à 64 milliards d’euros en 2026, soit 3,6 milliards de plus que prévu. A cela s’ajoutent le coût des opérations militaires et celui des aides d’urgence débloquées par l’Etat pour soutenir certains secteurs comme le transport ou la pêche. Le conflit a aussi obligé à réviser à la baisse les anticipations de croissance, avec à la clé moins de recettes fiscales. Enfin, le retour de l’inflation fait mécaniquement augmenter le poids des allégements de cotisations sociales et des dépenses indexées prises en charge par l’Etat. Au total, le coût de cette guerre a été évalué, mardi 21 avril, à 6 milliards d’euros, à l’issue d’un comité d’alerte des finances publiques.

Equation impossible

Face à cette équation impossible, le gouvernement Lecornu fait le pari d’une rigueur assumée, en prévoyant 4 milliards d’euros d’économies sur les dépenses de l’Etat, notamment sous la forme de gels de crédits, et 2 milliards d’euros dans la sphère sociale. Il s’agit de convaincre les Français que la contrainte budgétaire n’est pas un choix idéologique mais une nécessité imposée par la réalité.

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Le pari politique est risqué dans un pays où la dépense publique est perçue comme une évidence et où toute volonté de la maîtriser suscite une résistance sociale immédiate. Pourtant, les nouvelles aides annoncées, mardi, pour amortir la flambée des coûts de l’énergie sont plutôt bien ciblées et calibrées pour soulager les Français qui en ont le plus besoin, sans revenir à un « quoi qu’il coûte » dont la France n’a plus les moyens.

Les oppositions réclament une loi de finances rectificative. Rien n’indique que les Français soient demandeurs d’une nouvelle bataille budgétaire, qui aurait peu de chances d’aboutir à des compromis satisfaisants du fait de l’absence de majorité.

Si Paris perd la confiance des marchés, le coût de la dette s’envolera, les marges se réduiront encore, et la France se retrouvera dans un engrenage dont elle ne pourra sortir qu’au prix d’une cure bien plus sévère que celle qui est envisagée aujourd’hui. L’élaboration du budget 2026 a été compliquée. Celle de la loi de finances de 2027 s’annonce encore plus périlleuse.

Le Monde


Source:

www.lemonde.fr