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Benjamin Lemoine, politiste : « La proposition budgétaire de Thierry Breton donne à l’austérité sociale force de loi suprême »

En 2005, sous la présidence de Jacques Chirac, le ministre de l’économie et des finances Thierry Breton ne parlait pas encore de la « règle d’or » des 1 % – qui vise à contenir le déficit public à 1 % du PIB – qu’il promeut aujourd’hui. Il avait une autre obsession : le ratio de dette-PIB [pour évaluer le poids de la dette par rapport à la richesse du pays]. Auteur à l’époque d’un ouvrage conçu comme un traité, Anti-Dette (Plon, 2007), il construisait alors son image politique en partie autour de ce « combat » : après avoir commandé un rapport à Michel Pébereau, banquier et ancien haut fonctionnaire, le ministre voulait traduire le diagnostic en action politique. Il fallait à tout prix faire baisser le ratio, au risque de la créativité comptable.

Pour rappel, chaque année, en décembre, Paris notifie à Bruxelles et à Eurostat, l’institut statistique européen, son niveau d’endettement public. Depuis que la France a arraché, à la fin des années 1990, sa qualification aux critères de Maastricht (3 % de déficit, 60 % de dette et 4 % d’inflation), cet indicateur est devenu un totem scruté par les marchés, les agences de notation et les commentateurs de la vie politique.

Or l’Etat dispose en permanence d’un volant de trésorerie, une réserve déposée à la Banque de France, oscillant entre moins de 1 et 30 milliards d’euros (soit plus d’un point de PIB). Ce coussin de sécurité sert à absorber les à-coups : l’irrégularité des rentrées fiscales, les imprévus de fin d’exercice, etc. Mieux, ces liquidités sont placées et rapportent de l’argent.

Lire aussi la tribune | Article réservé à nos abonnés Thierry Breton : « Il faut inscrire dans la Constitution française une règle d’or limitant le déficit public à 1 % du PIB à l’horizon 2032 »

L’idée de Breton était alors la suivante : vider ce matelas en fin d’année pour régler des dépenses courantes, évitant d’emprunter d’autant sur les marchés financiers, et faisant ainsi mécaniquement baisser le volume de dette affiché au 31 décembre, date fatidique de la photo envoyée à Bruxelles. Un pur tour de passe-passe : pas un centime économisé, pas une réforme engagée. Juste un chiffre arrangé pour la galerie. A l’époque, les équipes de l’Agence France Trésor [l’organisme public qui s’occupe de financer l’Etat en empruntant et en gérant sa dette au quotidien] avaient tenté de résister. Sans succès.

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Source:

www.lemonde.fr