Il est une formule cinglante qui circule depuis plusieurs mois dans les chancelleries européennes, prononcée par le ministre des affaires étrangères ukrainien, Andrii Sybiha, pour qualifier le premier ministre hongrois, Viktor Orban : « L’actif gelé le plus précieux de la Russie en Europe. »
Depuis le 24 février 2022 et l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie, Budapest est, en effet, devenu le point de blocage systématique de l’Union européenne (UE) dans son soutien à Kiev, orchestré ces derniers mois par son veto aux sanctions contre la flotte fantôme russe, ses obstructions au prêt européen de 90 milliards d’euros à l’Ukraine et ses attaques frontales contre Volodymyr Zelensky, notamment sur le front énergétique. Et si le régime d’Orban voulait asseoir son image de cheval de Troie du Kremlin en Europe, le Washington Post a récemment révélé que le ministre des affaires étrangères hongrois, Péter Szijjarto, appelait régulièrement son homologue russe, Sergueï Lavrov, pendant les pauses des réunions confidentielles du Conseil de l’UE, pour lui livrer des comptes rendus en temps réel.
Par crainte de perdre cet allié de choix, le Kremlin tente de peser directement sur le scrutin. Trois agents du renseignement militaire russe, rodés aux méthodes de manipulation électorale en Moldavie et en Géorgie, ont notamment été dépêchés à Budapest, selon les informations de VSquare, un média en ligne spécialiste de l’Europe centrale. Mais la Russie n’est pas la seule puissance à avoir trouvé en Hongrie une porte d’entrée au cœur de l’Union. Pékin y a déployé un maillage industriel sans équivalent dans un Etat membre : plus de 10 milliards d’euros d’investissements chinois dans les batteries depuis 2022, dont une méga-usine à Debrecen (qui constitue le plus gros investissement étranger de l’histoire du pays), la première usine automobile de la firme BYD en Europe à Szeged, et une ligne ferroviaire Budapest-Belgrade financée par un prêt chinois de 1,8 milliard de dollars (1,6 milliard d’euros), dont le gouvernement Orban a classé les termes comme secret d’Etat pour dix ans, ce qui interdit tout contrôle sur le plus gros investissement ferroviaire de l’histoire du pays.
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Source:
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