Souvent confondus sur une prise de sang, l’acide urique et l’urée n’ont pourtant pas la même signification. Ces indicateurs donnent des informations très différentes sur la santé, notamment sur les reins et le risque de goutte. On fait le point pour mieux comprendre vos analyses de sang.
Qu’est-ce que l’acide urique ?
L’acide urique est un déchet naturel issu de la dégradation des purines, des molécules présentes dans nos cellules mais aussi dans certains aliments (viande rouge, abats, fruits de mer, alcool). Il est transporté dans le sang (on parle d’uricémie) puis éliminé par les reins dans les urines.
En cas d’excès d’acide urique(hyperuricémie), il peut se produire une cristallisation de l’acide urique sous forme d’urate dans les articulations. C’est ce mécanisme qui provoque la crise de goutte , caractérisée par une douleur articulaire brutale souvent localisée au gros orteil.
Qu’est-ce que l’urée dans le sang ?
L’urée est également un déchet du corps humain, mais elle provient de la dégradation des protéines (produits animaliers, légumineuses…). Elle est produite par le foie, puis éliminée par les reins via les urines.
Le dosage de l’urée (ou urémie sur une prise de sang) permet d’évaluer :
le bon fonctionnement des reins ;
l’hydratation ;
et l’équilibre alimentaire.
On parle souvent de urée créatinine, car ces deux paramètres sont analysés ensemble pour explorer la fonction rénale.
Quelle est la différence entre l’acide urique et l’urée ?
C’est une question fréquente, car ces deux paramètres apparaissent souvent ensemble dans des analyses de sang alors qu’ils n’ont pas du tout la même fonction. “Ces deux marqueurs ne sont aujourd’hui plus prescrits dans de simples bilans de routine. Ils sont demandés dans des situations cliniques bien précises”, précise le néphrologue Thomas Stehle.
L’acide urique est surtout un marqueur du risque de goutte. Un taux d’acide urique élevé dans le sang (hyperuricémie) peut aussi refléter certaines mauvaises habitudes de vie, notamment une alimentation riche en purines (viande rouge, alcool…). Il est aussi possible de doser l’acide urique dans les urines : ce dosage ne permet pas de confirmer une goutte, mais peut aider à comprendre l’origine d’une hyperuricémie et à orienter vers un risque de calculs rénaux, notamment en cas de douleurs évocatrices. “La formation de calculs d’acide urique n’est pas forcément liée à un excès dans le sang, mais plutôt à une urine trop acide, qui favorise la cristallisation”, souligne le néphrologue.
L’urée, elle, est avant tout un indicateur du fonctionnement des reins.“Une urée élevée traduit surtout une diminution de l’élimination par les reins, mais elle peut aussi être influencée par l’hydratation ou l’apport en protéines”, explique le Dr Thomas Stehle. L’urée peut également être mesurée dans les urines : “Ce dosage est réservé à des situations spécifiques, par exemple pour explorer des calculs ou pour aider à distinguer une insuffisance rénale fonctionnelle d’une atteinte organique”, précise-t-il.
À retenir : L’acide urique oriente plutôt vers un problème métabolique comme la goutte, tandis que l’urée renseigne surtout sur la façon dont les reins filtrent et éliminent les déchets.
Pourquoi on les confond souvent sur une analyse de sang ?
Plusieurs raisons expliquent cette confusion :
des noms très proches : urée / urique ;
leur présence dans la même analyse de sang ;
leur lien commun avec les reins .
“Ce sont tous les deux des déchets éliminés dans les urines, ce qui entretient la confusion, mais leur signification médicale est très différente”, rappelle le néphrologue.
Urée, acide urique : quelles valeurs normales ?
Taux normal de l’urée (urémie)
environ 2,5 à 7,5 mmol/L Une urée trop élevée au-delà de ce seuil
Taux normal d’acide urique (uricémie)
chez la femme : 150 à 360 µmol/L
chez l’homme adulte : 200 à 420 µmol/L
Au-delà : hyperuricémie
Ces valeurs normales peuvent varier légèrement selon les laboratoires.
Urée basse ou acide urique bas : est-ce inquiétant ?
On parle souvent des valeurs élevées, mais des taux trop bas peuvent aussi apparaître pour certains patients.
Urée basse
Une urée basse est généralement peu préoccupante.
Elle peut s’expliquer par :
une hydratation importante ;
une alimentation pauvre en protéines ;
plus rarement, un problème du foie (qui produit l’urée).
Dans la majorité des cas, cela n’a pas de conséquence clinique.
Acide urique bas
Un acide urique sanguin bas est également rare et le plus souvent bénin.
certains médicaments ;
une alimentation spécifique ;
plus rarement, des troubles du métabolisme ;
Contrairement à un acide urique élevé, il n’est généralement pas associé à des symptômes.
Est-ce grave d’avoir une urée élevée dans une prise de sang ?
Pas toujours. Une urée élevée peut être liée à :
une déshydratation ;
une alimentation riche en protéines ;
une insuffisance rénale aiguë ;
une insuffisance rénale chronique ;
certains médicaments.
“En l’absence d’atteinte rénale, l’alimentation seule modifie peu l’urée. En revanche, en cas d’insuffisance rénale, un apport protéique excessif peut aggraver l’élévation”, précise le docteur Thomas Stehle.
Dans les formes plus avancées : “Lorsque la créatinine est élevée, le DFG abaissé et que l’urée est très élevée, cela peut être un signe d’aggravation de l’insuffisance rénale et parfois conduire à discuter une dialyse”, ajoute-t-il.
Acide urique sanguin élevé : est-ce dangereux ?
Un accumulation excessive d’acide urique peut entraîner :
une crise de goutte ;
des cristaux dans les articulations entraînant des douleurs ;
des calculs rénaux entrainant aussi des douleurs.
Mais une hyperuricémie peut être asymptomatique. Ce sont surtout les symptômes de la goutte qui orientent le diagnostic.
Comment faire baisser l’acide urique rapidement ?
Plusieurs mesures peuvent aider à limiter un taux d’acide urique élevé :
réduire les aliments riches en purines (viande rouge, abats, fruits de mer) ;
limiter la consommation d’alcool ;
boire suffisamment d’eau par jour pour optimiser l’élimination de l’acide ;
adopter un régime alimentaire équilibré ;
Des traitements médicamenteux peuvent aussi être prescrits en cas de goutte.
Comment faire baisser l’urée ?
Pour une urée trop élevée, les solutions sont souvent simples :
bien s’hydrater ;
éviter les excès de protéines ;
adapter son alimentation.
En cas d’insuffisance rénale, votre médecin optera pour une prise en charge adaptée en fonction du stade (mesure de néphroprotection).
Quand consulter ?
Il est recommandé de consulter un médecin en cas de :
prises de sang anormales répétées ;
douleur articulaire brutale (suspicion de goutte) ;
signes de pathologie des reins (fatigue, œdèmes, troubles urinaires).
Ne pas interpréter seul ses résultats reste essentiel.
« Acidification de l’organisme » : ça n’a rien à avoir avec l’urée et l’acide urique
On entend souvent dire que certains aliments, comme la viande rouge ou les produits laitiers, “acidifient l’organisme”. Cette idée prête facilement à confusion, car elle n’a pas de lien direct avec l’acide urique ou l’urée.
En réalité, l’équilibre acido-basique du corps, c’est-à-dire le pH sanguin, est très étroitement régulé par les poumons et les reins et varie très peu chez une personne en bonne santé. La digestion des protéines animales peut bien produire une charge acide, notamment via la formation d’acide sulfurique, que l’organisme doit ensuite tamponner et éliminer. Mais cela ne signifie pas que manger de la viande rouge “acidifie le corps” au sens où cela ferait monter l’urée ou l’acide urique par le même mécanisme. Là encore, il faut distinguer des phénomènes biologiques différents.
De la même façon, l’acidocétose diabétique n’a rien à voir avec l’acide urique : il s’agit d’une complication grave du diabète, liée à une accumulation de corps cétoniques dans le sang.
Enfin, la notion d’“aliments acidifiants” demeure à manier avec prudence et sans confondre pH, urée, acide urique et acidocétose.
Sources
Entretien avec le docteur Thomas Stehle, néphrologue
Source:
www.santemagazine.fr

