Il y a ceux, nombreux, qui préfèrent se taire ou temporiser, pour ne pas trop s’exposer sur un sujet sensible ou prendre le temps d’affiner leur pensée. Et ceux qui préparent déjà la riposte, révoltés par les menaces proférées par Maxime Saada, patron de Canal+, à l’encontre des soutiens d’une tribune anti-Bolloré publiée par le journal Libération le 11 mai. Le président du directoire de Canal+ a créé la stupeur, dimanche 17 mai, lors du « brunch des producteurs » au Festival de Cannes (Alpes-Maritimes), en annonçant qu’il ne souhaitait plus que son groupe continue de travailler avec les 600 signataires d’une pétition visant son actionnaire de référence, mêlant professionnels de l’ombre et quelques noms prestigieux (Juliette Binoche, Swann Arlaud, Raymond Depardon, Sergi Lopez, William Lebghil…).
Membre du collectif Zapper Bolloré, à l’initiative de la tribune, Claire (qui souhaite rester anonyme) reconnaît que si les signataires avaient conscience qu’ils prenaient un risque en s’exposant publiquement, ils ne pensaient pas que des représailles seraient exprimées aussi explicitement. « Il y avait cette idée de mettre le sujet Bolloré sur la table. Pour moi, la réaction de Maxime Saada vient plutôt confirmer ce qui est dénoncé dans cette tribune », indique-t-elle. Elle souligne surtout que Canal+ n’était jamais visé. « Le but premier de ce mouvement, c’était de dénoncer le rachat d’UGC par Bolloré. On se disait qu’on pouvait faire quelque chose à cet endroit-là. Parce qu’en face, la bataille culturelle, c’est quelque chose de très concret. C’est s’acheter les outils qui permettent de diffuser une idéologie. » Claire rappelle à ce titre que la tribune visait aussi à faire naître des discussions à un an d’une échéance présidentielle décisive : « C’était un mouvement de personnes qui travaillaient dans le cinéma, mais s’exprimaient en tant que citoyens et citoyennes dans un contexte global de montée de l’extrême droite. »
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Source:
www.lemonde.fr

