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Exposition à Lille : les tapisseries de laine et de soie du XVIIIe siècle révélées dans toute leur splendeur à l’Hospice Comtesse

Les manufactures de tapisseries lilloises du XVIIIe siècle revivent au musée de l’Hospice Comtesse. Dans un parcours spectaculaire en six sections thématiques, une trentaine d’œuvres racontent l’histoire de cette production du siècle des Lumières, témoin du riche passé textile de Lille.

L’exposition « Trésors de laine et de soie. Les tapisseries de Guillaume Werniers & Catherine Ghuys à Lille au 18e siècle » s’appuie sur les deux spectaculaires tapisseries de 1703 représentant l’empereur de Constantinople, Baudoin IX de Flandres, et de sa fille Jeanne, fondatrice de l’Hospice Comtesse au XIIIe siècle. Puis viennent les tapisseries reprenant les sujets peints par David Teniers II. Au total, onze tapisseries du musée de l’Hospice Comtesse et du Palais des Beaux-Arts de Lille ont été restaurées pour l’occasion par la manufacture royale De Wit, à Malines (Belgique). Pédagogique, l’exposition insiste sur les techniques de fabrication des basses-lices et sur tous les secrets de la restauration. Une passionnante approche technique au cœur de ces chefs-d’œuvre qui ont retrouvé tout leur éclat.

De laine et de soie

Dans l’ancienne salle des malades recouverte d’un haut plafond en berceau, l’exposition « Trésors de laine et de soie » permet de découvrir deux acteurs capitaux pour la tapisserie du XVIIIe à Lille. D’origine bruxelloise, le premier est Guillaume Werniers, qui hérite de la manufacture de tapisserie de son beau-père Jean de Melter en 1701. Spécialisée dans la production de tapisseries de laine et de soie décrivant la vie quotidienne, cette entreprise comprend alors jusqu’à cinquante ouvriers textiles. La seconde personnalité est Catherine Ghuys, qui reprend la manufacture à la mort de Werniers en 1738 et la fait vivre pendant une quarantaine d’années.

Manufacture de Catherine Guys, <i>Les Joueurs de cartes</i>, détail, 1738-1778, présentés dans l’exposition « Trésors de laine et de soie », musée de l’Hospice Comtesse, Lille, 2026. ©Connaissance des Arts/Guy Boyer.

Manufacture de Catherine Guys, Les Joueurs de cartes, détail, 1738-1778, présentés dans l’exposition « Trésors de laine et de soie », musée de l’Hospice Comtesse, Lille, 2026. ©Connaissance des Arts/Guy Boyer.

Hommage aux mécènes

Le parcours s’ouvre sur deux grandes tapisseries montrant le luxe déployé pour plaire aux aristocrates et autres riches commanditaires n’hésitant pas à inscrire leur nom dans la bordure basse de l’œuvre. Cette paire, destinée à orner l’intérieur de l’Hospice Comtesse ou sa façade extérieure lors de fêtes municipales, montre la famille du premier empereur latin de Constantinople et, en particulier, sa fille Jeanne (v.1195-1244). Grâce aux armoiries de la Flandre, du Portugal et de Savoie, on reconnaît les différents protagonistes de ces portraits officiels réalisés au début du XVIIIe siècle à partir de modèles du peintre Arnould de Vuez.

Manufacture de Guillaume Werniers, <i>Baudoin de Constantinople, Marie, sa femme, et leurs filles Jeanne et Marguerite</i>, 1703, et <i>Jeanne, comtesse de Flandre et ses deux maris Ferrand de Portugal et Thomas de Savoie</i>, 1703, présentés dans l’exposition « Trésors de laine et de soie », musée de l’Hospice Comtesse, Lille, 2026. ©Connaissance des Arts/Guy Boyer.Manufacture de Guillaume Werniers, <i>Baudoin de Constantinople, Marie, sa femme, et leurs filles Jeanne et Marguerite</i>, 1703, et <i>Jeanne, comtesse de Flandre et ses deux maris Ferrand de Portugal et Thomas de Savoie</i>, 1703, présentés dans l’exposition « Trésors de laine et de soie », musée de l’Hospice Comtesse, Lille, 2026. ©Connaissance des Arts/Guy Boyer.

Manufacture de Guillaume Werniers, Baudoin de Constantinople, Marie, sa femme, et leurs filles Jeanne et Marguerite, 1703, et Jeanne, comtesse de Flandre et ses deux maris Ferrand de Portugal et Thomas de Savoie, 1703, présentés dans l’exposition « Trésors de laine et de soie », musée de l’Hospice Comtesse, Lille, 2026. ©Connaissance des Arts/Guy Boyer.

Mille tapisseries

Pascal-François Bertrand et Hélène Lobir, venus en renfort de Juliette Singier et Florence Raymond, ont fait porter leurs recherches sur cette production textile lilloise et sa restauration. Ils évaluent le nombre de ces tapisseries XVIIIe à mille et estiment qu’il fallait trois ouvriers pendant un an pour produire un mètre carré de ces œuvres excessivement onéreuses. Un petit tableau, sorti des collections du musée de l’Hospice Comtesse, montre un métier à tisser de basse-lice installé dans une demeure privée avec une mère portant son enfant. Sur la droite, une étoffe rappelle la qualité de cette production domestique.

Isaac Koedijck, <i>L’Atelier du tisserand</i>, détail, 1662, présenté dans l’exposition « Trésors de laine et de soie », musée de l’Hospice Comtesse, Lille, 2026. ©Connaissance des Arts/Guy Boyer.Isaac Koedijck, <i>L’Atelier du tisserand</i>, détail, 1662, présenté dans l’exposition « Trésors de laine et de soie », musée de l’Hospice Comtesse, Lille, 2026. ©Connaissance des Arts/Guy Boyer.

Isaac Koedijck, L’Atelier du tisserand, détail, 1662, présenté dans l’exposition « Trésors de laine et de soie », musée de l’Hospice Comtesse, Lille, 2026. ©Connaissance des Arts/Guy Boyer.

Les Ténières d’après Teniers

L’appellation de Ténière renvoie au nom du peintre David Teniers le Jeune (1610-1690), dont les toiles de scènes de la vie quotidienne sont restées très populaires au début du XVIIIe siècle. Décrivant des scènes de danseurs, paysans et autres buveurs dans la lignée des Brueghel, ces compositions ont été reprises dans de nombreux centres textiles, de Bruxelles à Beauvais et Madrid. Mais il s’agit d’une spécialité de la manufacture Werniers de Lille, capable de jouer sur des effets de perspective avec des trouées dans les arbres et des châteaux à l’arrière-plan.

À gauche : Manufacture de Guillaume Werniers, <i>Le Repos des bergers</i>, 1701-1738, présenté dans l’exposition « Trésors de laine et de soie », musée de l’Hospice Comtesse, Lille, 2026. ©Connaissance des Arts/Guy Boyer.À gauche : Manufacture de Guillaume Werniers, <i>Le Repos des bergers</i>, 1701-1738, présenté dans l’exposition « Trésors de laine et de soie », musée de l’Hospice Comtesse, Lille, 2026. ©Connaissance des Arts/Guy Boyer.

À gauche : Manufacture de Guillaume Werniers, Le Repos des bergers, 1701-1738, présenté dans l’exposition « Trésors de laine et de soie », musée de l’Hospice Comtesse, Lille, 2026. ©Connaissance des Arts/Guy Boyer.

Tableaux religieux et textiles

Six tapisseries à sujet religieux ont été réalisées par la manufacture de Guillaume Werniers entre 1735 et 1737. Près d’un métier à tisser prêté par la manufacture De Wit figure l’une d’entre elles représentant le Christ et le centenier, un officier romain responsable d’une centaine de soldats. Grâce à l’inscription figurant dans la bordure, on sait qu’elles ont été commandées par la veuve de Michel Fresco, négociant lillois, et offertes à sa paroisse de Saint-Sauveur à Lille pour être placées au-dessus des stalles de l’église.

Au fond : Manufacture de Guillaume Werniers, <i>Le Christ et le centenier</i>, 1735, présenté dans l’exposition « Trésors de laine et de soie », musée de l’Hospice Comtesse, Lille, 2026. ©Connaissance des Arts/Guy Boyer.Au fond : Manufacture de Guillaume Werniers, <i>Le Christ et le centenier</i>, 1735, présenté dans l’exposition « Trésors de laine et de soie », musée de l’Hospice Comtesse, Lille, 2026. ©Connaissance des Arts/Guy Boyer.

Au fond : Manufacture de Guillaume Werniers, Le Christ et le centenier, 1735, présenté dans l’exposition « Trésors de laine et de soie », musée de l’Hospice Comtesse, Lille, 2026. ©Connaissance des Arts/Guy Boyer.

Des restaurations nécessaires

En voyant les couleurs fades et l’état de conservation de cette tapisserie appartenant à la même série que celle du Christ et le centenier et conservée dans les collections permanentes du musée, on comprend l’importance de la restauration de ces trésors de laine et de soie. Il faut les dépoussiérer (la manufacture De Wit possède un système unique de nettoyage à plat sur table aspirante), en réviser l’état, consolider le support et procéder à des intégrations visuelles lorsque certaines zones sont manquantes. L’exposition est une bonne méthode pour sensibiliser le public à cette restauration nécessaire mais coûteuse (subventionnée par la DRAC des Hauts-de-France).

Manufacture de Guillaume Werniers, <i>Les Marchands chassés du Temple</i>, 1737, présenté dans l’exposition « Trésors de laine et de soie », musée de l’Hospice Comtesse, Lille, 2026. ©Connaissance des Arts/Guy Boyer.Manufacture de Guillaume Werniers, <i>Les Marchands chassés du Temple</i>, 1737, présenté dans l’exposition « Trésors de laine et de soie », musée de l’Hospice Comtesse, Lille, 2026. ©Connaissance des Arts/Guy Boyer.

Manufacture de Guillaume Werniers, Les Marchands chassés du Temple, 1737, présenté dans l’exposition « Trésors de laine et de soie », musée de l’Hospice Comtesse, Lille, 2026. ©Connaissance des Arts/Guy Boyer.

« Trésors de laine et de soie. Les tapisseries de Guillaume Werniers & Catherine Ghuys à Lille au 18e siècle »Musée de l’Hospice Comtesse, 32 rue de la Monnaie 59000 LilleJusqu’au 11 octobre


Source:

www.connaissancedesarts.com