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Le clonage d’acteurs de cinéma douche l’enthousiasme chinois pour l’IA

Le Netflix chinois vient de se prendre les pieds dans l’IA. Lors de sa conférence annuelle, lundi 20 avril, iQiYi a annoncé la mise en place d’une plateforme présentée comme un catalogue d’avatars IA d’acteurs chinois… pour le plus grand déplaisir d’une majorité d’internautes.

Près de 100 acteurs ont accepté de collaborer à cette initiative, a annoncé fièrement iQiYi. Cette base de données d’ »acteurs artificiels » s’intègre dans un ensemble d’outils IA – baptisé Nadou Pro – assemblés par le plus important service chinois de streaming et proposés aux créateurs de contenus et de films.

“iQiYi est devenu fou »

Cette nouvelle étape dans l’adoption de l’IA “est présentée par iQiYi comme une bonne nouvelle pour tout le monde », souligne Xiaoning Lu, spécialiste du cinéma chinois à la School of Oriental and African Studies de l’université de Londres. Des aspirants réalisateurs n’ayant pas les moyens des grands studios, mais débordant d’idées, seraient plus à même de proposer et créer des œuvres en s’appuyant sur ces assistants et acteurs IA.

Quant aux acteurs, ils “travaillent très dur, et ne peuvent souvent pas avoir de vie privée. [Avec Nadou Pro], ce sera davantage comme un emploi de cols blancs, leur laissant du temps pour eux », s’est enthousiasmé Gong Yu, PDG d’iQiYi lors de la présentation de ces nouveautés.

Tout le monde ne partage pas cet optimisme en Chine. Loin de là. “iQiYi est devenu fou », est devenu l’une des phrases les plus virales sur le réseau social Weibo dans les jours qui ont suivi la conférence annuelle du service de streaming. “Et si on remplaçait plutôt le PDG par une IA », se sont moqués plusieurs internautes sur Weibo.

Plusieurs acteurs, présentés comme volontaires pour fournir leur double virtuel à la nouvelle bibliothèque d’IA d’iQiYi, ont pris leur distance avec cette annonce. “Nous n’avons jamais signé d’autorisation en ce sens », a ainsi réagi l’agent de Zhang Ruoyun, un acteur de télévision.

Face à ce retour de flammes, les responsables d’iQiYi ont entamé une opération “sauvez Nadou Pro » en affirmant qu’il ne s’agissait que d’une initiative pour “entamer la discussion » sur une plus grande intégration de l’IA. Les acteurs associés devront donner leur accord pour chaque utilisation de leurs avatars, a assuré la plateforme de streaming.

Cette controverse “made in China » rappelle des précédents plus occidentaux comme le cas de Tilly Norwood, la première “actrice » IA à avoir signé un contrat avec une agence de talents, ou encore la fameuse scène de combat sur un toit entre des versions IA de Brad Pitt et de Tom Cruise.

À chaque occasion, ces nouveaux exemples des prouesses de l’IA au cinéma ont suscité de vifs débats et critiques.

Le micro-dramas chinois dopés à l’IA

En Chine, l’adoption de l’intelligence artificielle par le monde du cinéma semblait se passer sans accroc majeur jusqu’à présent. “L’IA est déjà bien plus intégrée dans cette industrie en Chine », assure Patrick Nicchiarelli, spécialiste de ce pays à l’International Team for the Study of Security (ITSS) Verona.

Le vice-président du géant chinois des médias Tencent, Sun Zhonghuai, prévoit que près d’un tiers des films et dessins animés produits en Chine en 2026 recourront à l’IA. “L’intelligence artificielle se retrouve déjà à toutes les étapes de la production d’un film, du scénario, au montage », ajoute Patrick Nicchiarelli.

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Extrait de Final Cut de Lisa Russell. © Lisa Russell

Un autre phénomène culturel très chinois a également favorisé l’adoption de l’IA par le secteur du divertissement : les micro-dramas. Ces séries faites de vidéos verticales très courtes (de 30 secondes à deux minutes) pensées pour une consommation sur smartphone ont explosé ces dernières années. Cette industrie devrait peser 120 milliards de yuans (soit 15 milliards d’euros) en 2026, “ce qui en ferait une secteur plus important en Chine que le cinéma ou la télévision », assure Giulia d’Aquila, spécialiste du cinéma chinois au Lau Institute du King’s College de Londres.

Près de 40 % des 100 micro-dramas les plus populaires en janvier 2026 étaient réalisés à l’aide d’IA contre seulement 7 % un an plus tôt. Le micro-drama parodique “Sauver un renard sur une montagne enneigée » – entièrement généré par une IA – a été vu plus de cinq milliards de fois. Cette histoire folle d’un bûcheron qui sauve un renard blessé dans la neige en lui donnant un poulet rôti à manger et qui va ensuite être hanté par l’esprit du volatile sacrifié a donné lieu à d’innombrables pastiches.

Si dans ce cas l’IA fait sourire, elle permet surtout de faire des économies. “Le temps de fabrication de ces œuvres peut être réduit à quelques semaines ou même quelques jours », affirme Giulia d’Aquila. Aide à l’écriture des scénarios, réalisation des effets spéciaux ou encore montage : l’intelligence artificielle intervient à toutes les étapes de la création. Sans compter les œuvres déjà réalisées à 100 % par l’IA.

Nadou Pro et le catalogue d’avatars IA des acteurs ne sont que l’extension de cette logique. La plateforme iQiYi “veut utiliser des techniques similaires à celles utilisées pour les micro-dramas dans des longs-métrages plus traditionnels », résume Giulia d’Aquila.

“C’est la même logique de réduction des coûts pour pouvoir augmenter la quantité de contenus produits », ajoute Xiaoning Lu.

Les acteurs relégués au rang de reliques ?

Sauf que cette invasion de l’IA, qui ne semble pas déranger les spectateurs de micro-dramas, choque lorsqu’il s’agit de films plus traditionnels. “Peut-être est-ce dû au fait qu’on est émotionnellement moins investi dans un micro-drama, regardé dans un transport en commun, sur petit écran en scrollant », estime Giulia d’Aquila.

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Le film traditionnel diffusé sur iQiYi représente davantage une aventure humaine qu’un micro-drama… et si on ôte l’aspect humain pour faire des économies, “cela revient à se demander ce que cela représente aujourd’hui d’être humain », estime Xiaoning Lu.

Surtout que lors de sa présentation, le patron d’iQiYi a cru bon d’affirmer que le travail humain dans le cinéma rejoindrait “le patrimoine culturel immatériel ». C’est une expression lourde de sens en chinois, reconnaissent les experts interrogés. En Chine, “c’est une manière de célébrer les reliques du passé, comme la broderie chinoise traditionnelle par exemple », souligne Xiaoning Lu.

Le recours à cette expression, en plus de la mise en place de cette base de données d’acteurs en IA, “a fait comprendre à une partie de la population, plutôt enthousiaste envers l’IA quand c’est pratique, qu’elle est aussi prête à remplacer des vrais acteurs humains aujourd’hui et peut-être eux demain », résume Patrick Nicchiarelli. Pour Giulia d’Aquila, “il est possible que cette affaire ait fait naître en Chine, ce que nous connaissons déjà en partie en Occident : une certaine fatigue de l’IA ».


Source:

www.france24.com