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Centrafrique : l’enquête visant le groupe Castel pour complicité de crimes contre l’humanité classée

Au terme de quatre ans d’enquête préliminaire, la justice française a classé, en février 2026, l’enquête visant une filiale centrafricaine de Castel, géant de l’alcool en France et en Afrique, pour complicité de crimes contre l’humanité. Les infractions sont apparues « insuffisamment caractérisées », a confirmé le Parquet national antiterroriste (PNAT).

A la suite de la parution d’un rapport de l’ONG The Sentry en août 2021, le PNAT avait confié les investigations à l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité en juin 2022. Les conclusions de l’ONG, cofondée par l’acteur américain George Clooney, accusaient une filiale de Castel d’avoir soutenu financièrement des rebelles en Centrafrique pour sécuriser ses installations.

Depuis le début de l’affaire, la défense dénonçait « les carences du rapport », qui « laissait penser que cette organisation avait pu être manipulée » pour des intérêts russes – ce que conteste vivement The Sentry. Sa directrice exécutive, Justyna Gudzowska, a assuré à l’Agence France-Presse (AFP) maintenir « les conclusions de son rapport » et soutient qu’elle n’agit « au nom d’aucun gouvernement ni d’aucun acteur extérieur ».

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« Un arrangement sécuritaire »

Les campagnes d’accusations réciproques entre Paris et Moscou en Centrafrique font rage depuis 2018, en ligne, puis dans la rue, avec l’attaque, en mars 2023, de la brasserie Mocaf du géant français des boissons, Castel. L’entreprise était devenue une cible idéale pour « la campagne de dénigrement et de désinformation » des mercenaires russes de Wagner pour « mettre la main sur le marché de la bière et pousser les intérêts russes », estiment les avocats de la défense, Pierre-Olivier Sur et Sofia Bougrine.

Les vestiges d’un incendie criminel perpétré contre la brasserie Mocaf du groupe français Castel, dans la nuit du 6 mars 2023, à Bangui, le 10 mars 2023.

Dans son rapport, The Sentry accusait la Sucrerie africaine de Centrafrique (Sucaf RCA), filiale de la Société d’organisation de management et de développement des industries alimentaires et agricoles (Somdiaa), elle-même détenue à plus de 87 % par le groupe Castel, d’avoir négocié fin 2014 « un arrangement sécuritaire », maintenu jusqu’en mars 2021, avec l’Unité pour la paix en Centrafrique, une milice locale impliquée dans des exactions de masse.

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Cet « arrangement » visait à « sécuriser » son « usine et les champs de canne à sucre » et « tenter de protéger le monopole de la société », selon l’ONG, qui se présente comme spécialisée dans la traque de l’argent sale. En échange, Sucaf RCA aurait mis en place un « système sophistiqué et informel pour financer les milices armées par des paiements directs et indirects en espèces ainsi que par un soutien en nature sous forme d’entretien des véhicules et de fourniture de carburant ».

Mercredi 22 avril, les avocats de la Somdiaa et de son ex-dirigeant Alexandre Vilgrain ont déclaré « accueillir avec satisfaction » le classement de l’enquête, sans toutefois s’en « réjouir ». « Outre les intérêts économiques définitivement perdus pour la France, la fermeture de la seule usine de la région de Ngakobo a été une catastrophe pour ses habitants » affectant « des milliers de vies », ont-ils déclaré, en rappelant l’aide « indispensable aux ONG présentes sur place » apportées par la société.

Lafarge et BNP Paribas

« Nous déplorons vivement la décision du PNAT », ont réagi Clémence Witt et Anaïs Sarron, avocates de The Sentry. Le classement « révèle les limites de cette enquête », où il aurait fallu « une réponse pénale nettement plus rapide ainsi qu’un véritable système de protection des témoins localisés en République centrafricaine et susceptibles d’être menacés, voire de disparaître », ont-elles estimé. Selon elles, « la justice française n’est malheureusement désormais plus en mesure d’accéder aux témoins centraux de ce dossier, dont le principal est décédé ».

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D’autres entreprises françaises sont dans le radar de la justice pour des accusations similaires. Le cimentier Lafarge, déjà condamné mi-avril pour financement du terrorisme en Syrie en 2013-2014 et dont l’ex-PDG a été incarcéré, est aussi mis en examen pour complicité de crimes contre l’humanité en Syrie et en Irak. Il est accusé de s’être rendu complice des crimes commis par le groupe Etat islamique à l’encontre de la minorité des Yézidis, entre le 3 août et le 19 septembre 2014.

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BNP Paribas est aussi visée, après des perquisitions massives en 2021. Selon leurs premières exploitations, dont l’AFP avait eu écho, les enquêteurs estiment que la banque a maintenu ses opérations au Soudan « en toute connaissance de cause ». L’information judiciaire se poursuit. Fin octobre, aux Etats-Unis, un jury populaire civil a d’ores et déjà reconnu la banque française complice d’exactions au Soudan. La banque a fait appel du jugement, qui attribue 20,75 millions de dollars au total à trois plaignants.

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Le Monde avec AFP


Source:

www.lemonde.fr