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Manger bio réduit-il notre exposition au cadmium ?

« C’est un véritable scandale sanitaire ! ». Pierre Souvet ne mâche pas ses mots. Il fait partie des premiers à avoir alerté sur les dangers du cadmium, un métal lourd toxique présent notamment dans certains engrais… et dans notre assiette. Le 2 juin 2025, la Conférence nationale des unions régionales des professionnels de santé-médecins libéraux (URPS-ML) tirait à son tour la sonnette d’alarme, appelant les pouvoirs publics à agir face à une exposition jugée préoccupante.

Définition : qu’est-ce que le cadmium ? Où le trouve-t-on ?

Le cadmium est un métal lourd naturellement présent en faibles quantités dans les sols et les roches, mais aussi dans les engrais phosphatés utilisés en agriculture. Et c’est là que le bât blesse : avec les épandages répétés, ce toxique s’accumule dans les terres et contamine les cultures, notamment le blé ou les pommes de terre.

En quoi est-ce un danger pour l’homme ?

Classé cancérogène certain (groupe 1) par le CIRC, le cadmium se fixe sur les os et s’accumule principalement dans le foie et les reins. « Plus de 17 900 études ont documenté ses effets délétères sur l’organisme, précise le cardiologue. Il favorise l’ostéoporose et les fractures osseuses, altère la fertilité chez l’homme et la femme, perturbe le fonctionnement des reins (néphropathies), augmente le risque cardiovasculaire, est neurotoxique et est associé à un risque accru de développer certains cancers (sein, rein, poumon, prostate…) »

Des travaux suggèrent également un lien avec le cancer du pancréas, sans que celui-ci soit formellement établi à ce stade. « Des recherches menées par le Pr Mathieu Gautier à l’université d’Amiens sur les cellules du pancréas montrent que le cadmium peut agir sur des mécanismes physiopathologiques compatibles avec la cancérogenèse pancréatique », indique le Dr Pierre Souvet. D’autre part, dans son étude, Imprégnation de la population française par le cadmium datant juillet 2021, Santé publique France, rappelle que « le cadmium s’accumule en particulier dans le pancréas et est suspecté de jouer un rôle dans l’accroissement majeur et extrêmement préoccupant de l’incidence du cancer du pancréas. » Force est de constater qu’aujourd’hui, l’incidence de l’adénocarcinome canalaire pancréatique augmente dans tous les pays industrialisés…

Les enfants particulièrement exposés

Selon l’étude Esteban, l’imprégnation moyenne des Français au cadmium (mesurée dans les urines) a quasiment doublé en dix ans, passant de 0,29 µg/g (microgrammes par gramme de créatinine) en 2006-2007 à 0,57 µg/g en 2014-2016. « Les enfants sont particulièrement exposés en raison de leur alimentation riche en céréales et en pommes de terre », confirme le spécialiste. L’Anses fixe à 0,50 µg/g la concentration critique pour un adulte de 60 ans, non-fumeur. Chez les enfants de 6 à 10 ans, l’exposition moyenne atteint déjà 0,31 µg/g.

Comment éviter le cadmium dans l’alimentation et réduire son exposition ?

Pour limiter son exposition, le Dr Pierre Souvet recommande de privilégier le bio et de varier son alimentation. « Un bon statut en fer contribue aussi à réduire l’absorption du cadmium, précise-t-il. Or, cette carence est très fréquente, notamment chez les femmes en âge de procréer (25 %). D’où l’importance de se faire doser et, si nécessaire, de se supplémenter. »

Les aliments biologiques contiennent-ils moins de cadmium ?

Un rapport de l’Anses publié en mars 2026 sur la surexposition des Français au cadmium indique que les aliments issus de l’agriculture biologique peuvent eux aussi contenir du cadmium. « Si le bio n’est pas épargné, plusieurs publications scientifiques, notamment la méta-analyse de Barański (2014) sur 343 publications, montrent que les concentrations de cadmium sont en moyenne plus faibles — jusqu’à 48 % — dans les cultures biologiques », souligne le Dr Pierre Souvet.

La Fédération nationale d’agriculture biologique rappelle, de son côté, que « la réglementation bio impose des seuils limites 30 % plus bas pour les phosphates miniers et 75 % plus bas pour les composts de biodéchets utilisables en agriculture biologique. » Et d’ajouter : « Par ailleurs, les agriculteurs bio n’utilisent peu, voire pas du tout, de phosphates miniers, premiers responsables de la contamination des sols français au cadmium selon l’Anses. L’étude Phosphobio menée par Arvalis observe que les phosphates miniers représentent moins de 1 % des usages en bio.»

Pâtes, pommes de terre, pain, céréales : quels aliments contiennent le plus de cadmium ?

Il faut distinguer les aliments présentant les concentrations les plus élevées en cadmium — crustacés, mollusques, abats, algues ou chocolat — de ceux qui contribuent le plus à l’exposition en raison des quantités consommées. Il s’agit principalement du pain, des produits céréaliers, des pommes de terre, et dans une moindre mesure de certains légumes, notamment les légumes à feuilles (épinards…). « Aujourd’hui, il est recommandé de varier les sources de glucides et d’éviter une consommation excessive de céréales, en particulier de blé, et de leurs dérivés (pain, viennoiseries, pâtes), ainsi que de pommes de terre, indique le spécialiste. Il est également important de diversifier le petit-déjeuner et le goûter des enfants, en proposant des alternatives aux céréales industrielles ou aux biscuits sucrés : fruits, produits laitiers, ou encore du pain de seigle, une céréale généralement moins contaminée par le cadmium.»

Quid du chocolat ?

Bien que le chocolat soit naturellement riche en cadmium – y compris en bio – il contribue généralement moins à l’exposition globale, car il est consommé en quantités plus faibles que des aliments de base comme le pain ou les pommes de terre. « Sa teneur en cadmium dépend des caractéristiques géologiques des zones de production : certains sols, en particulier en Amérique latine, en contiennent davantage que d’autres régions comme l’Afrique ou l’Asie. Pour les grands consommateurs, mieux vaut donc plutôt privilégier ces origines. »

Comment éliminer le cadmium de l’organisme ?

Le cadmium s’accumule lentement dans l’organisme et est très difficile à éliminer. Une fois dans le corps humain, sa demi-vie est comprise entre 20 et 30 ans. « Pour l’instant, on ne connaît pas de chélateur efficace qui permettrait de s’en débarrasser sans risque », conclut le médecin. La recherche se poursuit sur ce sujet…


Source:

www.santemagazine.fr