Annonce publicitairespot_img
AccueilMusiqueProcès Live Nation : le sort du géant du live est entre...

Procès Live Nation : le sort du géant du live est entre les mains du jury

Après cinq semaines de procès, les avocats des 34 États plaignants et de Live Nation ont livré leurs ultimes arguments devant le jury, qui doit désormais décider du sort du géant du divertissement live.

Live Nation a été qualifiée de « brute monopolistique », tandis que les avocats de l’entreprise ont repoussé les accusations de monopole lors des plaidoiries finales du retentissant procès antitrust, ce jeudi 9 avril.

Les 34 États poursuivant Live Nation et Ticketmaster ont tenté une dernière fois de convaincre les jurés que l’entreprise — grâce à sa position dominante dans la billetterie, la promotion de concerts et la gestion de salles — exerce un contrôle démesuré par rapport à ses concurrents.

Jeffrey Kessler, l’avocat antitrust chevronné mandaté par les États après que le département de la Justice a conclu un accord avec Live Nation une semaine après le début du procès, a déclaré que les entreprises avaient « violé les lois antitrust et qu’il est temps de les tenir responsables ».

Mais l’avocat de Live Nation, David Marriott, a rétorqué que les États n’avaient réussi à prouver aucune de leurs accusations. Il a réitéré l’argument de l’entreprise selon lequel son succès repose sur ses propres mérites, sa domination étant ancrée dans la qualité supérieure de ses produits et services.

« Nous sommes la plus grande entreprise de divertissement et de billetterie du pays. Nous ne nous en cachons pas », a déclaré Marriott. « Nous sommes gros. Ce n’est pas contraire aux lois des États-Unis. Le succès n’est pas contraire aux lois antitrust des États-Unis. »

« Des douves autour du château »

Kessler a ouvert ses arguments en se concentrant sur plusieurs phrases clés, tirées de pièces à conviction, censées illustrer le pouvoir considérable exercé par Live Nation. Parmi celles-ci, un commentaire du PDG de Live Nation, Michael Rapino, évoquant la manière dont l’entreprise avait « construit des douves incroyables autour du château de Live Nation ».

Selon Kessler, cette métaphore était révélatrice des pratiques anticoncurrentielles présumées de l’entreprise, affirmant que Live Nation « n’a cessé de creuser les douves autour du château monopolistique afin de protéger sa position sur le marché ».

Il a également mis en lumière d’autres expressions potentiellement accablantes issues de communications internes, comme lorsqu’un cadre dirigeant a évoqué l’utilisation d’un « marteau de velours » lors d’une tentative d’acquisition d’un promoteur régional rival. Kessler a aussi rappelé le tristement célèbre message « on les dépouille à mort, bébé », envoyé lors d’un échange entre deux employés de Ticketmaster, qui semblaient se vanter de surtaxer les fans avec des frais annexes.

« Qui parle comme ça ? » a lancé Kessler. « Je vais vous le dire : les monopolistes. »

Live Nation défend sa « concurrence féroce »

Marriott a répondu à ces commentaires lors de sa plaidoirie, reconnaissant que les gens disent parfois « des bêtises », et réitérant la condamnation de ces propos par Live Nation. Il a également défendu la décision de l’entreprise de ne pas sanctionner immédiatement les employés concernés, arguant : « Nous ne licencions pas quelqu’un simplement parce qu’il a commis une erreur il y a des années. »

L’avocat a aussi tenté de recadrer ces messages non comme la preuve d’une domination sans partage de Live Nation, mais comme le reflet de ses efforts pour « surpasser et devancer » ses véritables concurrents. Live Nation a insisté à plusieurs reprises sur le fait qu’elle faisait face à une concurrence réelle dans le secteur du live, et que les États avaient fréquemment exagéré son pouvoir de marché, notamment dans la billetterie. Marriott a donc demandé au jury de ne pas punir Live Nation sur la base de communications montrant des « concurrents féroces » s’exprimant sur leur rivalité.

Le jury délibère, l’industrie retient son souffle

Après les plaidoiries, le juge Arun Subramanian a donné ses instructions au jury avant de l’envoyer délibérer. En cas de verdict de culpabilité, la sanction pourrait aller de lourdes amendes financières à un éventuel démantèlement de Live Nation et Ticketmaster — une décision qui remodèlerait complètement l’industrie du divertissement live.

Le département de la Justice, accompagné de près de 40 États et du district de Columbia, avait poursuivi Live Nation en 2024, le procès débutant début mars. Une semaine seulement après l’ouverture des audiences, l’entreprise avait conclu un accord surprise avec le DOJ, incluant des dommages financiers et des concessions concernant la billetterie et ses amphithéâtres. Si sept États plaignants avaient accepté les termes du DOJ, les procureurs généraux de nombreux autres avaient rejeté l’accord, critiquant des conditions insuffisantes, et poursuivi l’affaire.

Les cinq semaines d’audiences ont offert un aperçu rare du fonctionnement interne de l’un des acteurs les plus puissants de la musique, du sport et du divertissement live. L’essentiel du dossier des États reposait sur des cas présumés où Live Nation aurait menacé de retirer ses tournées lucratives aux salles refusant de signer des contrats exclusifs avec Ticketmaster. Les avocats de Live Nation ont nié toute pression sur les salles et ont soutenu que le modèle économique multifacette de l’entreprise est la norme dans l’industrie. Comme Rapino l’a affirmé lors de son témoignage, Live Nation avait réussi là où ses concurrents avaient échoué parce qu’ils avaient construit « une meilleure souricière ».

Outre Rapino, le jury a entendu les témoignages de plusieurs cadres dirigeants de Live Nation, ainsi que de figures majeures chez des concurrents comme AEG et SeatGeek. Les deux parties ont fait appel à des témoins experts, le manager de Drake, Adel Nur, témoignant lors de la dernière journée d’audience.

Cet article a été mis à jour à 22h55 (heure de Paris) après la fin des plaidoiries et les instructions au jury.

Par Jon BlisteinTraduit par la rédaction.


Source:

www.rollingstone.fr