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Remplir une bouteille d'eau jetable plusieurs fois : quels risques ?

En France, plusieurs milliards de bouteilles en plastique sont mises sur le marché chaque année. D’après les sondages, une majorité des consommateurs peuvent la réutiliser quelques fois avant de la jeter. Une pratique pourtant déconseillée par les fabricants. Entre les risques de migration de certaines particules et ceux d’une prolifération bactérienne, que faut-il retenir ? 

Bouteille d’eau jetable en plastique : qu’est-ce que le PET 1 ? 

Aujourd’hui, la grande majorité des bouteilles d’eau du commerce – qu’elles soient plate ou pétillante – sont fabriquées en PET 1 ou polyéthylène téréphtalate de son nom scientifique et identifié par le numéro 1 selon le code d’identification des matières plastiques alimentaires. Ce plastique est particulièrement adapté à cet usage, car il est léger, transparent, solide et relativement stable. Il constitue donc à priori une bonne barrière contre l’humidité et les gaz, ce qui permet de conserver l’eau (plate ou gazeuse) dans de bonnes conditions.

Risques, dangers : pourquoi ne faut-il pas remplir une bouteille d’eau en polyéthylène plusieurs fois ?

Le problème réside donc moins dans le polymère plastique PET que dans les additifs qui y sont ajoutés au moment de la fabrication. Ces additifs ont plusieurs fonctions. Certains servent à faciliter la fabrication, en rendant par exemple le plastique plus facile à mouler ou à étirer. D’autres améliorent les propriétés du matériau fini : on peut ajouter des stabilisants pour le rendre plus résistant à la chaleur ou à la lumière, des agents pour améliorer sa transparence ou sa solidité, ou encore des composés qui limitent l’oxydation et prolongent la durée de conservation de l’eau, notamment pour les eaux pétillantes.

« Le vrai souci est qu’une infime partie des additifs présents dans le PET  sont soumis à des règlementations sanitaires. De nombreux additifs peuvent donc être ajoutés lors de la fabrication des bouteilles d’eau sans aucune restriction. D’autres additifs, tels que des composés de la famille des bisphénols ou des phtalates, qui sont des perturbateurs endocriniens avérés, sont réglementés mais peuvent encore être retrouvés en quantité limitée dans les bouteilles d’eau » explique Mathilde Body-Malapel.Si le Bisphénol A est interdit en Europe depuis décembre 2018, il a depuis été remplacé par des « cousins » : les bisphénols F et S entre autres. « Ces bisphénols suscitent eux aussi des inquiétudes. Ils sont donc à leur tour en cours d’études et seront  à terme probablement également interdits » ajoute-t-elle.Et ce qui rend la présence de ces additifs si problématique, c’est qu’ils peuvent être libérés dans l’eau, notamment en présence de quelques facteurs favorisants tels que la chaleur et le soleil (comme c’est le cas pour une bouteille laissée dans une voiture en plein soleil).

La deuxième interrogation concerne la potentielle migration de microparticules de plastique dans l’eau et leur toxicité pour l’organisme. « Depuis quelques années, la question de la migration de ces microparticules de plastique fait l’objet de nombreuses recherches scientifiques. À ce jour, on sait qu’elle existe et que le risque dépend moins de la nature du polymère que de la taille des particules de plastique : plus elles sont petites, plus la toxicité est importante » détaille la chercheuse. Mais il est impossible pour le consommateur de voir ces particules de plastique microscopiques ou d’avoir des informations sur leur relargage possible au moment de l’achat.

La question qui subsiste : est-ce que les risques de migrations augmentent réellement au fur et à mesure des remplissages de ces bouteilles ? Pas significativement, d’après notre experte.

Est-ce que boire à la bouteille peut favoriser la contamination par des bactéries ?

Si l’on interroge les moteurs de recherche, le premier résultat obtenu sur le sujet est un contenu du géant Danone, qui alerte précisément sur la contamination microbienne : « Pour des raisons d’hygiène, nous vous déconseillons de remplir une bouteille d’eau minérale avec de l’eau ou d’autres boissons. En effet, une fois ouverte, la bouteille peut être contaminée par l’air ambiant ou par les microbes de la bouche en cas de consommation au goulot. Ces microbes peuvent alors se développer rapidement dans la bouteille ».

Boire directement à la bouteille peut effectivement favoriser une contamination bactérienne, tout simplement parce que la bouche héberge naturellement de nombreuses bactéries. À chaque gorgée, une partie de cette flore peut être transférée dans la bouteille, surtout si le goulot est en contact avec les lèvres. Mais cette contamination existe même avant que la bouteille ait été réutilisée, et elle existe aussi avec des gourdes réutilisables si elles ne sont pas régulièrement lavées soigneusement.

Dans la grande majorité des cas, cela ne pose pas de problème de santé majeur : ces bactéries sont les nôtres, et l’eau n’est pas un milieu particulièrement favorable à leur prolifération à court terme. En revanche, si la bouteille est conservée plusieurs heures, surtout à température ambiante ou en cas de chaleur, ces micro-organismes peuvent se multiplier et altérer le goût, voire provoquer de légers troubles digestifs chez certaines personnes plus sensibles.Le risque augmente bien sûr si la bouteille est réutilisée plusieurs fois sans être lavée – ce qui est généralement le cas pour des bouteilles jetables – ou partagée entre plusieurs personnes.

Combien de fois peut-on remplir une bouteille d’eau en plastique ?

Une bouteille d’eau jetable en PET peut à priori être réutilisée ponctuellement, sans que cela n’entraîne nécessairement une augmentation significative des migrations de substances (additifs ou microplastiques). Les données disponibles suggèrent en effet que le PET reste relativement stable dans des conditions normales d’usage, et que le fait de la remplir plusieurs fois ne multiplie pas mécaniquement le relargage de composés. « Le risque dépend davantage des conditions de stockage des bouteilles – mais ce paramètre n’est pas contrôlable pour le consommateur qu’après l’achat » rappelle Mathilde Body-Malapel.

Le point de vigilance principal d’une réutilisation de bouteille, concerne donc la contamination bactérienne : à chaque utilisation, surtout si l’on boit au goulot, des micro-organismes sont introduits dans la bouteille et peuvent se multiplier rapidement, surtout si elle est conservée à température ambiante et non nettoyée. En pratique, il est donc préférable de limiter la réutilisation à quelques usages, en veillant à rincer la bouteille entre deux remplissages, à ne pas la conserver trop longtemps et à éviter toute exposition à la chaleur. Dès que la bouteille est abîmée (rayures, odeur, déformation), il vaut mieux la remplacer.

Boire à la bouteille plastique (jetable ou réutilisable), ou au verre : quelle est la meilleure option ?

Boire dans un verre est en effet un peu plus hygiénique, car cela évite le contact direct entre la bouche et le goulot, et donc le transfert de bactéries dans la bouteille. Ce geste permet de limiter surtout la prolifération microbienne si l’eau est conservée plusieurs heures après ouverture.Pour autant, boire au goulot présente en pratique très peu de risque, surtout si la bouteille est consommée rapidement et par une seule personne.

Y-a-t-il un numéro de plastique plus dangereux ?

Il existe plusieurs types de plastiques utilisés dans l’industrie, chacun ayant des propriétés et des usages spécifiques. Les chiffres inscrits sous les bouteilles correspondent aux codes de résine plastique, et ceux destinés à un usage alimentaire sont le PET (n°1), le PEHD (n°2), le PEBD (n°4), le PVC (n°3), le PS (n°6)  ou le polypropylène (n°5), généralement considérés comme plus stables pour un usage alimentaire courant. Les bouteilles d’eau jetables sont toujours faites en PET (n°1), globalement considéré comme sûr pour un usage unique dans des conditions normales.


Source:

www.santemagazine.fr