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Voici l'étonnante expérience menée en 1925 pour tenter de prouver que le sommeil était inutile

Il y a exactement un siècle, Frederick August Moss, professeur de psychologie à la George Washington University, orchestrait l’une des premières expériences formelles sur la privation de sommeil. Son postulat de départ était audacieux, voire provocateur : le sommeil ne serait qu’une habitude culturelle, pas un besoin biologique réel. Pour le prouver, il recruta sept étudiants volontaires et les a maintenus éveillés pendant deux jours et demi. Ce que cette étude allait révéler, malgré ses intentions initiales, a durablement orienté les recherches en neurosciences du sommeil.

L’expérience de Moss : quand la science servait l’idéologie de la performance

L’Amérique des années 1920 carburait à la productivité. Thomas Edison, idole de l’époque, se vantait de dormir à peine quatre heures par nuit. Moss s’inscrivait dans ce même culte du rendement. Son laboratoire de Foggy Bottom, à Washington, devint le décor d’un défi physique et cognitif hors norme.


Manque de sommeil : des neurones s’endorment dans un cerveau éveillé

Après un manque de sommeil, certains neurones, trop fatigués, stoppent leur activité alors que le cerveau est toujours dans sa phase d’éveil. Ces défauts dans l’activité cérébrale pourraient expliquer certaines défaillances liées à la fatigue mais permettraient au cerveau de se reposer…. Lire la suite

Pour maintenir leurs participants éveillés, les chercheurs improvisaient : balades en voiture dans la campagne de Virginie, parties de baseball, discussions prolongées. Pendant ce temps, Moss mesurait tout. Réflexes, mémoire, raisonnement, précision gestuelle… Les tests cognitifs s’enchaînaient. Résultat ? Les performances se dégradaient progressivement, mais sans effondrement spectaculaire. Moss y voyait la confirmation de sa théorie.

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Le sommeil permet de consolider les souvenirs, réparer ses connexions neuronales, trier les informations accumulées dans la journée. © 2Mmedia, iStock

Parmi les participants figuraient Thelma Hunt, 22 ans, et sa camarade Louise Omwake. Toutes deux deviendront plus tard des figures majeures de la psychologie américaine, comme l’a documenté le Smithsonian Institution Archives. Leur parcours illustre comment cette expérience un peu folle a pu nourrir des vocations scientifiques solides, dans un domaine alors très masculin.

Cours de l’académicien Gustave Reynier à la Sorbonne dans l’amphithéâtre Descartes, en 1909. © Bibliothèque de la Sorbonne, Wikimedia Commons, CC BY-SA
Les scientifiques du XIXe siècle jugeaient les femmes trop stupides pour étudier : les faits ont parlé…

L’arrivée des femmes à l’université en 1867 marque le début d’un long combat contre les stéréotypes de genre. Leur admission déclenche une tempête au sein des amphithéâtres : jets de pommes cuites, moqueries misogynes et sabotages des cours. Tout est bon pour les décourager et les discréditer. Mais leurs succès académiques font taire peu à peu les détracteurs. Comment ces pionnières ont-elles transformé les mentalités malgré l’hostilité ambiante ?… Lire la suite

Ce que Moss négligeait, c’est qu’en juillet 1925 déjà, des chercheurs de l’université de Chicago publiaient des conclusions opposées aux siennes :

Aucun moyen connu ne permettait de réduire le besoin de sommeil sans impact sur la santé.Les fonctions cognitives se détérioraient de façon mesurable dès les premières heures de privation.Le repos nocturne était indissociable de l’équilibre neurologique global.

Moss balayait ces résultats. La science, elle, allait finir par lui donner tort.

Ce qu’un siècle de recherche a changé sur notre vision du sommeil

Dans les décennies suivantes, les travaux de Nathaniel Kleitman et Eugene Aserinsky à l’université de Chicago ont transformé la compréhension du repos. Leur découverte du sommeil paradoxal, dans les années 1950, a montré que le cerveau endormi n’est pas inactif : il consolide les souvenirs, répare ses connexions neuronales, trie les informations accumulées dans la journée. Dormir, c’est travailler autrement.

L’Homme passe en moyenne un tiers de sa vie à dormir. Durant tout ce temps, le cerveau, contrairement à ce que l'on a longtemps cru, est sensible à son environnement. Il écoute, il sent et il réfléchit parfois... © adwriter, Flickr, cc by nc 2.0
Pendant le sommeil, le cerveau travaille très bien !

Une équipe française vient de démontrer qu’un dormeur peut entendre des mots mais aussi les comprendre et même préparer une réaction appropriée. « Ce n’est pas si étonnant, explique à Futura-Sciences Sid Kouider, co-auteur de l’étude, car toutes les régions du cerveau ne dorment pas en même temps… »… Lire la suite

Les recherches contemporaines ont durci le ton. La privation chronique de sommeil augmente le risque de dépression, fragilise le système immunitaire et perturbe le métabolisme. Des analyses épidémiologiques portant sur des millions de personnes ont même mis en évidence une courbe en U : trop peu dormir nuit, mais dormir systématiquement plus de neuf heures peut signaler un trouble sous-jacent, respiratoire ou métabolique.

Il existe une maladie fatale qui atteint le sommeil des patients. © Dennis, Adobe Stock
Le manque de sommeil rend fou, vrai ou faux ?

Est-ce vrai que le manque de sommeil peut rendre fou ? Le sommeil, c’est une fonction biologique essentielle. Il conditionne pas mal de trucs : notre santé mentale, physique et émotionnelle. Si on a peu dormi, on a tous déjà observé que notre cerveau et notre corps perdent un peu de leur capacité à fonctionner correctement. Mais est-ce que ça peut carrément nous rendre fou, voire d’ailleurs, si on va encore plus loin, peut-on mourir d’une absence de sommeil ?… Lire la suite

Pour tirer concrètement parti de ces découvertes, les spécialistes recommandent aujourd’hui ce qu’on appelle l’hygiène du sommeil, soit des habitudes simples mais efficaces : se coucher et se lever à heures fixes, éviter les écrans dans l’heure précédant le coucher, maintenir une chambre fraîche et sombre.

L’expérience de 1925 reste une curiosité historique passionnante : elle cherchait à tuer le sommeil, et c’est finalement elle qui a contribué à le réhabiliter.


Source:

www.futura-sciences.com

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