Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) a exhorté vendredi les autorités nigérianes à libérer trois journalistes détenus avant jugement pour des cybercrimes présumés et a accusé le gouvernement d’utiliser les lois sur la cybercriminalité pour freiner la liberté d’expression.
Moussa Ngom, représentant du CPJ pour l’Afrique francophone, a condamné l’action de l’État et a soutenu que l’utilisation « des lois sur la cybercriminalité pour des accusations dénuées de sens fournit une preuve supplémentaire du recul des autorités nigérianes en matière de liberté de la presse ».
Le 3 novembre, un juge d’instruction a inculpé six journalistes, tous travaillant pour des médias privés, du chef de cybercriminalité « diffusion de données susceptibles de troubler l’ordre public ». L’accusation est passible d’une peine pouvant aller jusqu’à cinq ans d’emprisonnement. Trois personnes arrêtées – Ibro Chaibou, Youssouf Sériba et Oumarou Abou Kané – ont été emprisonnées avant leur procès. Les trois autres – Moussa Kaka, Souleymane Oumarou Brah et Abdoul Aziz Idé – ont été libérés sans inculpation et placés sous contrôle judiciaire.
Le 29 octobre, Hamid Amadou N’gadé, ancien conseiller en communication de l’ancien président Mohamed Bazoum, a publié sur Facebook une invitation à une conférence de presse du Fonds de solidarité pour la sauvegarde de la patrie (FSSP). Le FSSP a été créé en 2023 pour financer les efforts de lutte contre le terrorisme. N’gadé a révélé dans son message que « le gouvernement allait annoncer officiellement des retenues obligatoires sur les salaires et les transferts d’argent mobile ». L’un des journalistes a reçu l’invitation à la conférence de presse et l’a envoyée à son collègue, qui l’a partagée par voie électronique avec trois autres journalistes, constituant ainsi la base des accusations.
En juillet 2023, Abdourahamane Tchiani, l’ancien commandant de la garde présidentielle, a renversé le président Bazoum lors d’un coup d’État. Tchiani a été installé à la tête du Niger et en est actuellement le président. En 2024, le président Abdourahamane Tchiani a augmenté les peines pour cybercriminalité, qui sont depuis utilisées comme outil pour arrêter les journalistes. Human Rights Watch a accusé la loi d’être délibérément vague pour réduire au silence et poursuivre les journalistes.
L’Assemblée générale des Nations Unies a déjà exprimé sa « grave préoccupation » concernant la législation sur la cybercriminalité utilisée pour cibler les défenseurs des droits humains, entraver leur travail ou mettre leur sécurité en danger. Seif Magango, porte-parole du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, a souligné que les pays devraient veiller à ce que leurs lois sur la cybercriminalité soient conformes au droit international des droits de l’homme, en particulier aux droits à la liberté d’opinion et d’expression en vertu de l’article 19 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, dont le Niger est partie.

























