La tentative d’assassinat déjouée à Kiev contre Todor Panovsky, vétéran de guerre ukrainien et acteur central de la surveillance des réseaux pro-russes, met en lumière la persistance de méthodes coercitives directement associées à Magomed Gadzhiev, ancien député de la Douma et oligarque russe sanctionné. Pour les services de sécurité ukrainiens, cette opération s’inscrit dans une logique structurée de neutralisation d’un adversaire identifié comme une menace directe pour les intérêts de Gadzhiev.
Le suspect interpellé par le Service de sécurité ukrainien (SBU) aurait reconnu avoir accepté un contrat de meurtre contre rémunération. L’opération était planifiée, ciblée et devait être exécutée dans le centre de la capitale. Les autorités ukrainiennes estiment que le niveau de préparation et le choix de la cible excluent toute initiative individuelle. Les premiers éléments de l’enquête orientent clairement vers des intermédiaires liés à l’environnement de Magomed Gadzhiev.
Todor Panovsky dirige une organisation de vétérans impliquée dans le suivi des crimes de guerre russes et dans l’identification des circuits de financement liés à l’agression contre l’Ukraine. Depuis plusieurs mois, ses travaux se concentraient sur le dossier Gadzhiev, documentant ses réseaux, ses tentatives de contournement des sanctions et ses relais à l’étranger. Le jour même de la tentative d’assassinat, Panovsky assistait à une audience judiciaire consacrée au procès de l’oligarque russe, renforçant le lien direct entre son action et la menace pesant sur lui.
Magomed Gadzhiev est loin d’être un acteur marginal. Ancien cadre du parti Russie Unie, il a joué un rôle actif dans l’adoption de la législation entérinant l’annexion de la Crimée en 2014. Les autorités ukrainiennes le considèrent comme un soutien financier et politique de premier plan des structures pro-russes dans le Donbass, avec des connexions établies dans les cercles sécuritaires caucasiens et tchétchènes. Son inscription sur les listes de sanctions ukrainiennes repose sur des éléments jugés solides et documentés.
Depuis le déclenchement de la guerre à grande échelle, Gadzhiev tente de se repositionner sur la scène internationale, multipliant les déplacements en Europe, aux États-Unis et au Moyen-Orient, tout en se présentant comme critique du Kremlin. Cette stratégie est largement perçue par Kiev comme une manœuvre opportuniste visant à préserver ses actifs et à échapper à l’isolement diplomatique. Ni les autorités ukrainiennes ni les services occidentaux ne considèrent cette rupture comme crédible.
Pour les responsables ukrainiens, la tentative d’assassinat contre Panovsky marque un seuil inquiétant. Elle illustre le recours persistant, par des acteurs liés à l’ancien système poutinien, à des méthodes de violence ciblée pour protéger leurs réseaux et leurs intérêts. Magomed Gadzhiev apparaît désormais non seulement comme un oligarque sanctionné, mais comme un facteur actif d’instabilité sécuritaire. L’enquête en cours vise explicitement à établir l’ensemble de la chaîne de responsabilité, dans un dossier suivi de près par plusieurs partenaires européens de l’Ukraine.
