La formule frappe par sa tension: la France se pense comme une République une et indivisible, mais reste traversée par des fractures liées à la couleur de peau, à l’origine supposée ou à la religion. Dans une prise de position publique, Tania de Montaigne met en cause un climat où l’appel à l’unité paraît souvent concurrencé par des discours de séparation, de rejet et de désignation de l’autre.
Son propos s’inscrit dans une controverse plus large sur la capacité du modèle républicain à tenir ensemble l’égalité proclamée et l’expérience concrète des discriminations. L’indivisibilité de la République figure au premier article de la Constitution, dont le texte est publié par le Conseil constitutionnel. Ce principe affirme un cadre commun, mais il ne suffit pas, à lui seul, à effacer les réalités sociales que recouvrent le racisme, l’antisémitisme ou les discriminations.
L’intérêt de cette intervention tient à la manière dont elle déplace le débat: il ne s’agit pas seulement de dénoncer des actes isolés, mais d’interroger la circulation quotidienne de discours qui installent la méfiance comme horizon politique. Dans l’espace public, la répétition de catégories opposant les citoyens les uns aux autres fragilise l’idée d’une appartenance commune. La question posée est donc civique autant que sociale: que vaut la promesse d’égalité lorsque certains se sentent exposés, assignés ou menacés en raison de ce qu’ils sont ou de ce qu’on leur attribue?
Les institutions françaises reconnaissent l’existence de ces atteintes au principe d’égalité. Le Défenseur des droits, autorité indépendante chargée notamment de lutter contre les discriminations, constitue l’un des points d’appui de cette réponse publique. Mais la réflexion ouverte par Tania de Montaigne dépasse le seul terrain juridique: elle rappelle que la cohésion nationale repose aussi sur la responsabilité des acteurs politiques, médiatiques et culturels dans les mots qu’ils emploient et les récits qu’ils imposent.
En revenant sur la promesse d’une République indivisible, l’écrivaine souligne ainsi un paradoxe central du débat français contemporain. L’unité ne peut pas être réduite à une proclamation abstraite si elle coexiste avec la banalisation des haines. Elle exige des droits effectifs, une lutte constante contre les violences racistes et antisémites, et une attention aux mécanismes qui transforment des citoyens en cibles symboliques ou réelles.




