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Qui décide vraiment en Iran ? L’ombre dominante des Gardiens de la révolution

À Téhéran, le pouvoir ne se lit plus exclusivement à travers les institutions officielles : il se révèle surtout dans la manière dont les...
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Qui décide vraiment en Iran ? L’ombre dominante des Gardiens de la révolution

À Téhéran, le pouvoir ne se lit plus exclusivement à travers les institutions officielles : il se révèle surtout dans la manière dont les décisions sont prises, en particulier dans un contexte de guerre. Depuis les frappes israélo-américaines du 28 février 2026, qui ont tué le Guide suprême Ali Khamenei, la structure du pouvoir iranien semble profondément ébranlée.

Ces frappes n’ont pas seulement touché le sommet de l’État. Elles ont également visé plusieurs figures centrales de l’appareil sécuritaire, dont le chef de la sécurité iranienne Ali Larijani, tué le 17 mars 2026. Elles s’inscrivent dans une campagne plus large de décapitation ciblée : le ministre du Renseignement, Esmaïl Khatib, a été tué à Téhéran le 18 mars ; le ministre de la Défense, Aziz Nasirzadeh, a été éliminé dès le premier jour du conflit ; et le commandant du Bassidj, Gholamréza Soleimani, a été tué le 17 mars.

Malgré l’ampleur de ces pertes, la République islamique a rapidement remplacé les responsables touchés, tout en poursuivant la guerre contre les États-Unis et Israël. Dans ce contexte de recomposition rapide du pouvoir, l’accession de Mojtaba Khamenei au poste de Guide suprême iranien apparaît davantage comme un mécanisme de continuité que comme un véritable facteur de consolidation du pouvoir.

Dès lors, une question s’impose : qui décide réellement en Iran aujourd’hui en temps de guerre ?

Les Gardiens de la révolution, pilier central du système iranien

Sur le plan formel, le système iranien demeure centralisé autour du Guide suprême. Une analyse publiée par Iran International le 20 mars 2026 rappelle que l’ensemble des institutions lui sont théoriquement « subordonnées ». Pourtant, dans la pratique, la réalité du pouvoir apparaît plus diffuse.

Les Gardiens de la révolution, souvent appelés Pasdarans, constituent une organisation militaire et idéologique distincte de l’armée régulière, mais directement liée au cœur du régime. Ils ne sont pas une force parmi d’autres : ils forment un pilier du système, avec leurs propres structures, leurs réseaux économiques et leur influence politique.

Comme le souligne l’agence britannique Reuters dans son enquête du 18 mars 2026 ( Killing Larijani complicates Iran’s decision-making, shrinks its options), les Pasdaransinterviennent désormais dans « toutes les décisions majeures » liées à la guerre. Dès le 4 mars 2026, dans un article intitulé ( Iran’sRevolutionary Guards take wartime lead ), Reuters indiquait déjà que certaines unités fonctionnent à partir de « directives générales », sans dépendre d’ordres strictement centralisés. Cette organisation renforce leur autonomie et leur capacité d’adaptation.

Dans ce contexte, les Gardiens ne se contentent plus d’exécuter les décisions : ils participent activement à leur définition.

Leur influence dépasse largement le cadre militaire. Ils jouent un rôle central dans la sécurité intérieure et s’appuient notamment sur la milice des Bassidj pour contrôler la société. Leur présence dans les sphères économique et politique renforce encore leur poids, au point qu’ils sont souvent décrits comme un véritable « État dans l’État ».

Entre discours diplomatique et logique militaire 

Cette montée en puissance s’accompagne de tensions visibles entre discours politique et logique sécuritaire. Dans un article publié par Al Jazeera le 8 mars 2026, la journaliste PriyankaShankar ( Why are Iranian leaders sendingmixed messages on Gulf attacks? ) souligne que le président Masoud Pezeshkian a présenté des excuses aux pays voisins touchés par les frappes iraniennes.

Mais cette posture a été rapidement contredite. Les Gardiens de la révolution ont averti que les attaques se poursuivraient si les États-Unis ou Israël utilisaient le territoire des pays du Golfe pour mener leurs opérations militaires.

Stephen N R, dans Gulf News (8 mars 2026, « Iran president’s apology sparks backlash»), rapporte que le président est ensuite revenu sur ses propos quelques heures plus tard, sous pression interne, alors même que les frappes continuaient.

Cette dualité se retrouve également dans le dossier du détroit d’Ormuz. Selon Alarabiya.net(23 mars 2026), le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi affirme que le détroit reste ouvert, attribuant les perturbations aux craintes des compagnies d’assurance. À l’inverse, les Gardiens évoquent un accès réservé aux « navires amis », ce qui revient à limiter la liberté de circulation.

Ces contradictions illustrent une dynamique récurrente : un discours diplomatique équilibré cohabite avec une approche sécuritaire plus coercitive, brouillant la lisibilité de la position iranienne.

Une stratégie d’influence régionale aux répercussions internationales

Cette transformation se reflète également dans les profils des dirigeants. Mohammad BaqerQalibaf, président du Parlement et ancien commandant des Gardiens de la révolution, incarne cette fusion entre logique militaire et pouvoir politique. Son parcours illustre la manière dont les réseaux issus des Pasdarans se sont graduellement imposés au cœur des institutions. Comme le souligne Al Jazeera (22 mars 2026), son influence dépasse largement le cadre législatif, s’inscrivant dans des logiques de pouvoir plus amples liées aux structures sécuritaires.

Dans le même temps, l’armée régulière, l’Artesh, apparaît reléguée au second plan. Des analyses de Iran International (mars 2026) montrent que les capacités stratégiques sont largement contrôlées par les Gardiens. En effet, alors que l’Artesh est principalement chargée de la défense territoriale classique, les Gardiens de la révolution concentrent les leviers les plus décisifs, notamment les programmes de missiles et de drones ainsi que les opérations extérieures. 
Cette répartition des rôles contribue à marginaliser l’armée traditionnelle au profit d’une force plus idéologisée et directement liée au pouvoir politique.

Cette tendance est ancienne : Le Mondesouligne, dans un article publié le 27 octobre 2022, la montée en puissance des Gardiens de la révolution, dont l’influence croissante dans les sphères politique, économique et stratégique contribue à transformer progressivement le système iranien

Ce mode d’organisation repose sur une forte capacité d’adaptation. Reuters évoque ainsi des « unités autonomes capables de fonctionner malgré les pertes », tandis que Sky News Arabia souligne l’existence de structures assurant la continuité du commandement.

Enfin, l’influence des Gardiens dépasse largement les frontières iraniennes. Au Qatar, l’agence QNA signalait le 4 mars 2026 l’arrestation de cellules liées aux Gardiens. À Bahreïn, le ministère de l’Intérieur annonçait le 15 mars 2026 le démantèlement d’un réseau similaire.

Cette dynamique s’inscrit dans une continuité régionale ancienne. Depuis 1979, l’action extérieure des Gardiens coexiste avec le pouvoir politique et participe à une stratégie d’influence plus large. Elle se traduit notamment par le soutien au régime syrien de Bashar al-Assad, ancien président de la Syrie, par l’appui au Hezbollah au Liban, ainsi que par des accusations récurrentes de soutien aux rebelles houthis au Yémen.

Cette approche interprète une ambition plus structurelle : celle de déployer l’influence du modèle iranien dans son espace régional. Elle repose à la fois sur des logiques géopolitiques et sur des solidarités religieuses, notamment en direction des communautés chiites, branche de l’islam majoritairement pratiquée en Iran.

Cette stratégie n’est pas sans conséquences sur la manière dont les Gardiens de la révolution sont perçus à l’extérieur. Ils sont ainsi désignés comme organisation terroriste par les États-Unis depuis 2019. 
L’Union européenne a, de son côté, engagé en janvier 2026 une démarche visant à les inscrire sur sa liste des organisations terroristes, accompagnée de mesures restrictives telles que le gel des avoirs et des interdictions de financement.
La guerre actuelle révèle une transformation profonde du pouvoir iranien. Sans remettre en cause la structure officielle, elle met en évidence un déplacement du centre de décision vers les structures sécuritaires.

Dans ce contexte, les Gardiens de la révolution apparaissent comme un acteur dominant dans la conduite stratégique du pays. La question n’est donc plus seulement institutionnelle : elle devient opérationnelle. En temps de guerre, le pouvoir semble moins se centraliser au sommet qu’il ne se diffuse au sein d’un appareil sécuritaire capable d’imposer ses propres logiques.