Qu’ont annoncé les États-Unis ?
Le Pentagone a annoncé vendredi 1er mai le retrait de 5 000 militaires américains d’Allemagne d’ici à un an. Ce désengagement correspond à environ 15 % des 36 000 soldats venus des États-Unis stationnés Outre-Rhin. « Nous prévoyons que le retrait se termine dans les six à douze prochains mois », a estimé le porte-parole du ministère de la Défense, Sean Parnell, dans un communiqué.
Depuis la fin de la Guerre froide, la présence américaine en Allemagne a été considérablement réduite, mais elle reste un pilier de la politique de sécurité de l’Allemagne, en particulier dans le contexte de la menace russe croissante depuis l’invasion de l’Ukraine. Elle représente aussi des milliers d’emplois et de contrats pour une économie allemande en panne.
« Réduire notre présence militaire en Europe au moment où les forces russes continuent d’attaquer l’Ukraine sans pitié et de harceler nos alliés de l’Otan est un cadeau inestimable pour Vladimir Poutine et laisse entendre que les engagements américains envers nos alliés dépendent de l’humeur du président », a dénoncé le sénateur démocrate Jack Reed.
Pourquoi une telle annonce ?
Cette annonce intervient après des propos de Donald Trump, qui avait évoqué quelques jours plus tôt la possibilité d’une réduction des forces armées américaines stationnées en Allemagne, pays allié membre de l’Otan, après des propos du chancelier Friedrich Merz.
Le dirigeant allemand a estimé lundi que « les Américains (n’avaient) visiblement aucune stratégie » en Iran et que Téhéran « humiliait » la première puissance mondiale. « Il pense que c’est OK que l’Iran se dote de l’arme nucléaire. Il ne sait pas de quoi il parle ! », avait rétorqué Donald Trump mardi. Sans répondre directement, Friedrich Merz avait appelé jeudi à « un partenariat transatlantique fiable ».
Droits de douane relevés « la semaine prochaine »
Vendredi, Donald Trump s’en est aussi indirectement pris à l’Allemagne et ses importantes exportations d’automobiles en annonçant vouloir relever à 25 % « la semaine prochaine » les droits de douane sur les véhicules importés aux États-Unis depuis l’Union européenne. L’industrie automobile allemande serait durement touchée par la mesure, et le républicain a d’ailleurs accusé les constructeurs Mercedes et BMW d’avoir « dépouillé » les Américains « pendant des années ».
Le président américain reproche à l’UE de ne pas respecter l’accord commercial conclu l’été dernier, alors que le processus de validation de cet accord n’est pas encore arrivé à son terme au sein du bloc des 27.
L’Union européenne « met en œuvre les engagements pris » avec Washington « conformément aux pratiques législatives habituelles, en tenant le gouvernement américain pleinement informé tout au long du processus », a réagi la délégation de l’UE à Washington, sollicitée par l’AFP. Si les États-Unis ne respectent pas leur part de l’accord, a-t-elle ajouté, « nous garderons toutes les options ouvertes pour protéger les intérêts de l’UE ».
Le ministre allemand de la Défense a indiqué samedi 2 mai que le retrait de troupes américaines d’Allemagne, annoncé par Washington, était attendu, et confirmait que l’Europe devait faire plus pour prendre en main sa sécurité.
« Que des troupes des États-Unis se retirent d’Europe et aussi d’Allemagne était attendu », a dit le ministre, Boris Pistorius, dans un commentaire transmis à l’AFP par son ministère. «Nous Européens devons prendre plus de responsabilités pour notre sécurité », a-t-il ajouté.
Dans quel contexte international cette annonce intervient-elle ?
Donald Trump en veut en particulier aux alliés européens des États-Unis de rechigner à contribuer logistiquement ou militairement à l’offensive israélo-américaine contre l’Iran ou à la sécurisation du stratégique détroit d’Ormuz, pratiquement verrouillé par Téhéran.
Les efforts pour arriver à un règlement négocié du conflit étant au point mort, le président américain s’en prend à ses alliés traditionnels européens, à qui il reproche un manque de soutien dans son offensive lancée fin février contre la République islamique.
Outre l’Allemagne, Donald Trump a déclaré jeudi envisager également une réduction des forces américaines en Italie et en Espagne, toujours sur fond de guerre en Iran. « L’Italie n’a été d’aucune aide et l’Espagne a été odieuse, absolument odieuse », a-t-il estimé. Fin 2025, l’Italie comptait 12 662 soldats américains en service actif et l’Espagne 3 814, selon un décompte officiel.
Plus largement, au fil de ses deux mandats, le président républicain a multiplié les critiques contre les pays européens pour ce qu’il considère comme un manque d’engagement dans leur propre défense, et l’Otan, qu’il accuse de dépendre excessivement de la protection militaire américaine.
Source:
www.la-croix.com

