C’est à une véritable découverte que nous convie le musée de Montmartre avec la rétrospective Adya et Otto van Rees, couple de peintres néerlandais méconnus. Une vie entière dédiée à l’art, au cœur des avant-gardes.
Les noms d’Adya et Otto van Rees sont à peu près inconnu en France. Et pour cause : à quelques rares exceptions près, toutes leurs œuvres sont conservées aux Pays-Bas, leur pays d’origine, dans des musées et de nombreuses collections privées. Avec une centaine de toiles, dessins et quelques sculptures, le musée de Montmartre remet en lumière l’art et la vie de ce couple hors du commun, guidé par la quête de liberté, l’indépendance et l’amitié. Durant près de cinquante ans, ils ont côtoyé tous ceux qui comptait dans les milieux d’avant-garde du début du XXe siècle, de Picasso à Mondrian, d’Apollinaire à Blaise Cendrars.
Un lien affectif et artistique
Comme beaucoup d’artistes en Europe, Otto et Adya van Rees ont vite quitté leur terre natale pour Paris, alors capitale internationale des arts. Dans un parcours chronologique, l’exposition rappelle ainsi leur présence au Bateau-Lavoir, dès 1904, avec leurs portraits réciproques, lumineux et colorés, empreints d’une infinie tendresse.
Otto van Rees, Adya de profil, fin 1905-1906, huile sur toile et Adya van Rees-Dutilh, Otto de profil, 1905-1906, huile sur toile, coll. part. © Adagp, Paris 2026
Le ton est donné : un lien très fort, affectif et artistique, unit ces deux êtres. Adya (1876-1959) est profondément originale et indépendante, en rupture avec son milieu bourgeois d’origine. Otto (1884-1957) est le fils d’un intellectuel anarchiste chrétien et antimilitariste. Tous deux accorderont une grande importance à leur vie de famille et à l’éducation de leurs enfants, en dehors des sentiers académiques.

Vue de l’exposition « Adya & Otto van Rees. Au cœur des avant-gardes » au musée de Montmartre, à Paris, 2026. © Musée de Montmartre / Julien Knaub
En suivant leur évolution stylistique, l’accrochage permet d’embrasser la diversité des influences, courants et écoles qu’ils ont traversés. Des petits formats et des toiles plus ambitieuses illustrent leur interprétation très personnelle du divisionnisme et du fauvisme, dans des portraits et des paysages ensoleillés. Luxuriant agave ou délicate mère allaitant son enfant témoignent de l’habileté d’Otto, talentueux peintre autodidacte. Ils montrent aussi les thèmes quasiment exclusifs des deux artistes, la nature et la figure humaine.

Otto Van Rees, Agave, 1906, huile sur toile, collection particulière © Adagp, Paris, 2026
Entre figuration et abstraction
Chacune des différentes sections présente ainsi les étapes d’une évolution qui flirte avec l’éclectisme. Tour à tour expressionnistes, adeptes du cloisonnisme ou cubistes, il est parfois difficile de clairement identifier leur style. Ils affirment au contraire, chacun à sa manière, une indépendance totale et un absolu refus des concessions.

Vue de l’exposition « Adya & Otto van Rees. Au cœur des avant-gardes » au musée de Montmartre, à Paris, 2026. © Musée de Montmartre / Julien Knaub
Ainsi, réfugiés à Zurich en 1915, ils participent activement à l’éclosion du mouvement dada : les collages d’Otto, présentés à la galerie Tanner, ont fait dire à Tristan Tzara que leur exposition était « l’événement fondateur de Dada ». En avril 1930, ils figurent parmi les 46 artistes participant à l’unique exposition « officielle » de Cercle et Carré. Leurs toiles oscillent ainsi entre figuration et abstraction, entre représentations fidèles de la réalité et compositions géométriques ou dynamiques. Mais aussi entre de belles réussites et quelques œuvres plus faibles.

Otto van Rees, Adam et Eve, fin 1909/1910, huile sur toile, collection particulière © Adagp, Paris, 2026
Autre déséquilibre notable, la présence discrète d’Adya comparée à celle d’Otto. Le musée a le mérite de la transparence en expliquant que cette méconnaissance de son œuvre s’explique en grande partie par « la domination masculine du marché de l’art » de l’époque. De fait, à elle les projets textiles – pour Paul Poiret notamment –, médium traditionnellement réservé aux femmes, mais qui inspirent en retour son époux. Tout au long de leur vie, ils auront ainsi poursuivi un compagnonnage d’égal à égal.

Adya Van Rees-Dutilh, Composition d’après Otto Van Rees, 1915, broderie en soie, collection particulière © Adagp, Paris, 2026
« Adya & Otto van Rees. Au cœur des avant-gardes »Musée de Montmartre, 12, rue Cortot, 75018 ParisDu 20 mars au 13 septembre 2026
Source:
www.connaissancedesarts.com

