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Munch et Paula Modersohn-Becker, deux géants de la peinture, confrontent leurs visions de la vie, de l’amour et de la mort dans une exposition inédite à Dresde

Plusieurs expositions sont organisées en Allemagne, en cette année 2026, pour célébrer les 150 ans de la naissance de Paula Modersohn-Becker (1876-1907), pionnière de l’expressionnisme allemand. L’Albertinum de Dresde a choisi de confronter son œuvre à celle d’Edvard Munch (1863-1944). Une rencontre entre deux géants de la peinture à ne pas manquer.

Ils se font face à l’entrée de l’exposition. Edvard Munch, les yeux mi-clos, concentré sur ses pensées, saisi en plan américain, se détache sur un ciel bleu parcouru de nuages blancs (« Autoportrait au ciel bleu », 1908). Paula Modersohn-Becker, les cheveux enroulés en chignon, le regard intériorisé, fixe, elle, le spectateur d’un regard absent (« Autoportrait au collier d’ambre », 1905). Qu’est-ce qui rapproche les œuvres mélancoliques d’Edvard Munch, peintre du déchirement intérieur et du doute existentiel, des portraits et autoportraits graves et des paysages du nord-ouest de l’Allemagne peints par Paula Modersohn-Becker ? À découvrir jusqu’au 31 mai à Dresde.

Des philosophies convergentes

Paula Modersohn, troisième d’une famille de sept enfants, est née à Dresde en 1876 avant de gagner Brême ; Munch y fit plusieurs séjours en 1893 et 1900 notamment. L’un et l’autre sont convaincus que l’Homme et la nature participent d’un grand tout. Le peintre norvégien relie l’homme au monde qui l’entoure, conscient qu’il fait partie d’un ensemble plus vaste. L’artiste allemande s’emploie, de son côté, à rendre visible les vibrations du monde et des choses. Tous deux sont des précurseurs de la modernité et ont un goût prononcé pour l’invention formelle. L’Albertinum de Dresde, capitale politique de la Saxe, les a réunis l’espace de quelques semaines.

Vue de l'exposition « Paula Modersohn-Becker et Edvard Munch. Les grandes questions de la vie » © Staatliche Kunstsammlungen Dresden, Photo : Oliver Killig

Vue de l’exposition « Paula Modersohn-Becker et Edvard Munch. Les grandes questions de la vie » © Staatliche Kunstsammlungen Dresden, Photo : Oliver Killig

Interrogation sur la vie, l’amour et la mort

L’exposition, organisée en partenariat avec le musée Munch d’Oslo, réunit plus de 150 œuvres (tableaux, dessins et sculptures), dont 75 de Paula Modersohn-Becker et 55 d’Edvard Munch. Intitulée « Les grandes questions de la vie », elle couvre les années 1890 à 1907, année de disparition de l’artiste allemande. Une période marquée par des progrès technologiques qui bouleversent le quotidien. Et par des questions existentielles sur le rôle et la place de l’homme dans la nature et l’univers, sur la vie, l’amour et la mort qui sont des thèmes omniprésents dans la philosophie et l’art.

Peindre la symbiose avec la nature

Après les autoportraits, place aux paysages. Ceux de Munch sont remplis de tension et de couleurs qui s’entrechoquent. Comme Nouvelle neige sur l’avenue (1906) figurant deux formes humaines coiffées de chapeaux, l’un bleu, l’autre rouge, s’avançant, au premier plan, sur une allée recouverte de neige et bordée d’arbres mauves fantomatiques. Ceux de Paula Modersohn-Becker, dépeignant la nature et les paysans autour de Worpswede, un village au nord de Brême où elle intégra en 1898 une colonie d’artistes, sont plus calmes et sereins. Les formes sont simplifiées, la palette expressive, à l’image du Canal de Moor (1900) figurant une grande diagonale bleue fendant la terre, entourée d’amas de mousse et de feuilles. Et, au loin, de petites maisons rouges typiques de ce territoire où les canaux sont légion.

Vue de l'exposition « Paula Modersohn-Becker et Edvard Munch. Les grandes questions de la vie » © Staatliche Kunstsammlungen Dresden, Photo : Oliver KilligVue de l'exposition « Paula Modersohn-Becker et Edvard Munch. Les grandes questions de la vie » © Staatliche Kunstsammlungen Dresden, Photo : Oliver Killig

Vue de l’exposition « Paula Modersohn-Becker et Edvard Munch. Les grandes questions de la vie » © Staatliche Kunstsammlungen Dresden, Photo : Oliver Killig

C’est sur ce plat pays de marais et de champs qu’ont choisi de s’installer, en 1889, Otto Modersohn, le futur époux de la peintre, Fritz Mackensen et Hans am Ende, les fondateurs de cette colonie d’artistes. Paula y peint la grande lumière pâle, le soleil du Nord, la neige l’hiver et les ciels d’orage l’été. Elle montre des gens qui ne font qu’un avec le paysage comme cette fillette en robe bleue et sabots qui tient devant sa bouche une longe flûte qu’elle stabilise de sa main droite (Jeune fille jouant de la flûte dans la forêt de bouleau, 1905). Les teintes terreuses du paysage font écho à celles de la peau du personnage, créant ainsi une unité chromatique. On perçoit l’influence des nabis, dont Paula a découvert l’œuvre lors de ses séjours parisiens, dans cette toile qui traduit une véritable symbiose entre l’homme et la nature.

Vue de l'exposition « Paula Modersohn-Becker et Edvard Munch. Les grandes questions de la vie » © Staatliche Kunstsammlungen Dresden, Photo : Oliver KilligVue de l'exposition « Paula Modersohn-Becker et Edvard Munch. Les grandes questions de la vie » © Staatliche Kunstsammlungen Dresden, Photo : Oliver Killig

Vue de l’exposition « Paula Modersohn-Becker et Edvard Munch. Les grandes questions de la vie » © Staatliche Kunstsammlungen Dresden, Photo : Oliver Killig

Des jeunes filles au visage grave

Parmi les portraits réalisés par l’artiste allemande figurent de multiples tableaux de jeunes filles de Worpswede, peints sans idéalisation ni mièvrerie. La peintre porte un regard généreux et bienveillant sur ces enfants au visage grave et figé, à l’air un peu las, comme si elles s’étaient résignées au destin morne qui les attend. En témoigne cette Petite fille de Worpswede assise sur une chaise, (1905) qui porte des sabots de paysanne et une robe de velours noir un peu usée. Elle pose, solennelle, les mains à plat sur ses genoux en attendant que la séance prenne fin.

Paula Modersohn-Becker, Jeune fille dans la forêt de bouleaux avec un chat, vers 1904 © Paula Modersohn-Becker Museum, BremenPaula Modersohn-Becker, Jeune fille dans la forêt de bouleaux avec un chat, vers 1904 © Paula Modersohn-Becker Museum, Bremen

Paula Modersohn-Becker, Jeune fille dans la forêt de bouleaux avec un chat, vers 1904 © Paula Modersohn-Becker Museum, Bremen

Voyez aussi ces deux fillettes nues, blotties l’une contre l’autre, dans un pré, devant un feuillage dense, animé de fleurs rouges de coquelicots. Chacune tient à la main un agrume, la plus âgée, une orange, la plus jeune, un citron. Paula Modersohn-Becker peint souvent des enfants nus, sans discours, morale, ni anathème. Ses jeunes filles sont très différentes de celles que figure Munch, dans Puberté (vers 1895) notamment. Les épaules rentrées et le rouge aux joues, la demoiselle est surplombée par une ombre menaçante.

Paula Modersohn-Becker, Deux nus de jeunes filles debout et agenouillée devant des coquelicots II, 1906 © Die Lübecker Museen / Museum Behnhaus Drägerhaus Paula Modersohn-Becker, Deux nus de jeunes filles debout et agenouillée devant des coquelicots II, 1906 © Die Lübecker Museen / Museum Behnhaus Drägerhaus

Paula Modersohn-Becker, Deux nus de jeunes filles debout et agenouillée devant des coquelicots II, 1906 © Die Lübecker Museen / Museum Behnhaus Drägerhaus

Il est question aussi, dans l’exposition de l’Albertinum, des âges de la vie, de la jeunesse et de la vieillesse, de ces grands cycles qui rythment l’existence, très présents dans l’œuvre de Munch. Paula Modersohn-Becker semble plus libérée de la marche et du poids du temps. En juillet 1900, elle écrit dans son journal : « Je sais que je ne vivrai pas très longtemps. Mais est-ce que c’est vraiment triste ? Une célébration est-elle plus belle quand elle dure plus longtemps ? » L’œuvre de cette artiste, qui n’a que très rarement été exposée de son vivant, ne sera découverte qu’après sa disparition, en 1907 à l’âge de 31 ans. « Ma vie est une fête », écrivait-t-elle, quelques mois auparavant, « une fête brève et intense ».

« Paula Modersohn-Becker et Edvard Munch. Les grandes questions de la vie »Albertinum, Tzschirnerpl. 2, 01067 Dresde, AllemagneDu 8 février au 31 mai


Source:

www.connaissancedesarts.com