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Mort d’Yvan Colonna : deux juges d’instruction ordonnent un procès pour assassinat en relation avec une entreprise terroriste contre un détenu radicalisé

Deux juges d’instruction ont ordonné que le détenu radicalisé Franck Elong Abé soit jugé pour assassinat en relation avec une entreprise terroriste après avoir agressé mortellement le militant corse Yvan Colonna en 2022, a appris, dimanche 26 avril, l’Agence France-Presse (AFP) de source proche du dossier.

L’agression avait eu lieu le 2 mars 2022 dans la prison d’Arles (Bouches-du-Rhône), où Yvan Colonna purgeait une peine à perpétuité pour l’assassinat du préfet Claude Erignac en 1998. Il est décédé des suites de ses blessures deux semaines plus tard, le 21 mars, à l’hôpital marseillais où il avait été transféré.

A l’issue de leur information judiciaire, les juges d’instruction ont estimé que son décès résultait directement des coups portés par Franck Elong Abé sur la victime, « dans des conditions d’extrême violence », selon l’ordonnance de mise en accusation rendue jeudi et dont l’AFP a eu connaissance. Ces coups avaient notamment été suivis d’un étouffement d’Yvan Colonna pendant « plusieurs minutes », avant que Franck Elong Abé ne lui prenne « le pouls ».

Pour les juges, la « volonté de tuer » apparaît « sans équivoque ». S’agissant du mobile, les magistrats estiment que le projet du suspect radicalisé visait « à éliminer un individu pour la seule raison qu’il a indiqué ne pas partager la même croyance ».

« Une suite de coïncidences extraordinaires »

« Nous contestons totalement la qualification aggravante de la préméditation et le caractère terroriste. Nous ferons appel sans doute de cette ordonnance », a réagi auprès de l’AFP son avocat, Benoît David.

En revanche, Franck Elong Abé n’est pas renvoyé pour association de malfaiteurs, « en l’absence de participation ou contact entre [lui] et une tierce personne préalablement aux faits ». Ce qui a fait bondir les avocats d’Yvan Colonna et de son fils Ghjuvan Battista Colonna. « L’on est prié d’admettre que l’ensemble abracadabrant de tous ces éléments relèverait d’une suite de coïncidences extraordinaires. Nous constatons plus volontiers que l’hypothèse retenue d’un acte solitaire est singulièrement conforme à la raison d’Etat », ont fustigé Mᵉˢ Sylvain Cormier et Emmanuel Mercinier-Pantalacci.

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Dans leur communiqué adressé à l’AFP, ils estiment que le militant corse a été « confortablement assassiné au sein d’une prison française ». Ils soulignent « que ce crime a eu lieu précisément le jour où la vidéosurveillance était en maintenance », que Franck Elong Abé « a revendiqué avoir agi en accord avec les services français » ou encore qu’il « a bénéficié d’une liberté d’aller et venir inexpliquée ».

Franck Elong Abé était classé détenu particulièrement signalé (DPS) depuis novembre 2015 en raison de sa « grande dangerosité », de son « instabilité » et de « la persistance de son comportement violent », selon des documents d’enquête. Il purgeait plusieurs peines, dont une de neuf ans d’emprisonnement pour association de malfaiteurs terroriste. Lors de ses premiers interrogatoires, Franck Elong Abé avait expliqué avoir « agi seul », « pour le compte d’aucun groupe », contre Yvan Colonna parce que ce dernier aurait blasphémé contre le prophète Mahomet.

« Dysfonctionnements »

En mars 2024, M. Elong Abé avait évoqué dans un courrier « un acte commandité » par des personnes qu’il considérait comme des agents de l’Etat, des allégations démenties par le ministère de l’intérieur.

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Une commission d’enquête parlementaire sur les conditions de cette agression mortelle a pointé, dans un rapport publié en mai 2023, de « graves défaillances » dans l’appréciation de la dangerosité de M. Elong Abé, une « rigueur » excessive du traitement carcéral infligé à Yvan Colonna et des « dysfonctionnements » dans l’établissement pénitentiaire.

Il est établi que « la direction de l’établissement a menti » devant cette commission, ont affirmé dimanche les avocats d’Yvan Colonna. Par ailleurs, un surveillant « a révélé qu’ont été mystérieusement effacées les observations écrites qu’il avait consignées avant l’assassinat, laissant prévoir celui-ci », ont-ils fait valoir.

Une enquête préliminaire avait été ouverte en 2023 après un signalement mettant en cause l’administration pénitentiaire, mais elle a été classée sans suite en 2025. En février de la même année, l’Etat avait été condamné à payer 75 000 euros aux héritiers d’Yvan Colonna pour des « manquements fautifs de l’administration pénitentiaire ».

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Le Monde avec AFP


Source:

www.lemonde.fr