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Mali: ce que les images diffusées par Africa Corps disent des combats à l'aéroport de Bamako

Lundi 27 avril, au lendemain d’un week-end marqué par de violentes attaques menées par les jihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim) et les séparatistes touaregs du Front de libération de l’Azawad (FLA), Africa Corps a officialisé son retrait de la ville de Kidal. Sur les réseaux sociaux, les soldats russes ont publié de nouvelles vidéos des combats, notamment à Bamako. L’analyse de ces images, diffusées en pleine bataille informationnelle, permet d’en savoir plus sur l’attaque de l’aéroport.

Publié le : 27/04/2026 – 21:33


5 min Temps de lecture

Samedi 25 avril au matin, des tirs sont entendus dans plusieurs localités du Mali. L’offensive menée par les jihadistes du Jnim, en coordination avec la rébellion touareg, vient de commencer. Au moins sept localités sont ciblées, dont Kati, Kidal, Gao, Sévaré, Mopti ainsi que Bamako. Aux alentours de 11h, des témoins rapportent des détonations du côté de la base 101 de Senou, où se trouve l’aéroport. Les vols sont alors suspendus.

Un Bamakois qui souhaitait se rendre sur place raconte à RFI : « Toutes les voies étaient coupées par les militaires. (…) Ces soldats avaient l’air d’être en panique. » Les images, diffusées lundi 27 avril par Africa Corps, dévoilent une partie des combats qui se sont déroulés à proximité de la base jouxtant l’aéroport.

Du matériel lourd engagé

La vidéo publiée par l’unité russe dure près de six minutes. Filmées depuis une caméra embarquée installée sur le torse d’un soldat russe, les différentes séquences montrent les combattants d’Africa Corps et les militaires maliens en position défensive, au niveau de l’entrée principale de cette base militaire située dans la partie sud de l’aéroport.

Plusieurs éléments permettent de géolocaliser précisément la scène. © Capture d’écran/ Montage RFI

La scène se déroule au niveau de l'entrée principale du camp jouxtant l'aéroport de Bamako.

La scène se déroule au niveau de l’entrée principale du camp jouxtant l’aéroport de Bamako. © Capture d’écran/ Google Maps/ Montage RFI

Du matériel lourd est engagé pour défendre le camp. Nous avons montré ces images au spécialiste français Yann Boivin, créateur et animateur du site Blablachars. Plusieurs véhicules blindés russes MRAP Spartak, un véhicule blindé type WZ 551 chinois ainsi que des véhicules de combat d’infanterie russes BMP-2 et BMP-3 sont à l’œuvre.

Des véhicules blindés russes MRAP Spartak, un véhicule blindé type WZ 551 chinois ainsi que des véhicules de combat d'infanterie russes BMP-2 et BMP-3 sont visibles sur ces images de mauvaise qualité.

Des véhicules blindés russes MRAP Spartak, un véhicule blindé type WZ 551 chinois ainsi que des véhicules de combat d’infanterie russes BMP-2 et BMP-3 sont visibles sur ces images de mauvaise qualité. © Captures d’écran/ Montage RFI

Ce n’est pas la première fois que ce matériel d’origine russe est filmé à Bamako. En janvier 2025, nous avions documenté l’arrivée d’un important convoi militaire dans la capitale malienne. Arrivés par bateau, par le port de Conakry, ces véhicules avaient rejoint le camp militaire aménagé par les Russes, à proximité de l’aéroport de Bamako.

C’est précisément sur cette base que les affrontements ont eu lieu. Le camouflage similaire confirme que ce sont possiblement ces mêmes véhicules qui ont servi samedi 25 avril 2026.

Les images du convoi montrent une centaine de véhicules dont des MRAP “Spartak", des chars lourds T72, des BMP3 et des BTR82.

Les images du convoi montrent une centaine de véhicules dont des MRAP “Spartak », des chars lourds T72, des BMP3 et des BTR82. © Captures d’écran Cap Mali+/ Montage RFI

Une attaque sur plusieurs fronts ?

Les différents échanges de tirs visibles sur la vidéo indiquent que les assaillants sont arrivés des deux côtés de la RN7 qui longe le quartier de Senou ainsi que la partie est de la base.

Le batîment, l'arbre et l'épave d'avion permettent de géolocaliser précisément la scène.

Le batîment, l’arbre et l’épave d’avion permettent de géolocaliser précisément la scène. © Capture d’écran/ Montage RFI

On retrouve les mêmes éléments aux coordonnées gps suivantes : 12.534566, -7.933640.

On retrouve les mêmes éléments aux coordonnées gps suivantes : 12.534566, -7.933640. © Capture d’écran/ Google Maps/ Montage RFI

Ces deux images géolocalisées montrent que les échanges de tirs se concentrent au nord et au sud est du camp.

Ces deux images géolocalisées montrent que les échanges de tirs se concentrent au nord et au sud est du camp. © Capture d’écran Google Maps/ Montage RFI

Si plusieurs corps sont visibles en fin de vidéo, on ne connaît pas le bilan humain de ces affrontements. L’aéroport de Bamako avait déjà été ciblé par le Jnim. En septembre 2024, le groupe avait revendiqué une double attaque contre l’aéroport et contre l’école de gendarmerie, qui avait fait plus de 70 morts et 200 blessés, selon des sources sécuritaires.

La guerre des images

Auparavant relativement peu actif dans sa communication officielle, Africa Corps multiplie les vidéos sur ses réseaux sociaux depuis les attaques menées par les jihadistes du Jnim et les séparatistes du FLA. Images de drones, caméra embarquée, vidéo filmée depuis un hélicoptère : les soldats russes veulent montrer qu’ils ont pris part au combat.

Sur X, le compte officiel d'Africa Corps est très actif ces dernières 48 heures.

Sur X, le compte officiel d’Africa Corps est très actif ces dernières 48 heures. © Captures d’écran/ Montage RFI

Cette communication agressive vise à faire taire les critiques, alors que certains internautes maliens les accusent de passivité. La défaite enregistrée ce week-end à Kidal, ville symbolique reprise par les Forces armées maliennes et leurs supplétifs russes en novembre 2023, vient ternir la réputation de l’unité.

Symboliquement, les vidéos diffusées par les combattants touareg montrant les soldats russes en plein repli, sous les cris de joie des combattants du FLA et du Jnim, représentent un coup dur porté à la présence russe au Mali, et plus largement au Sahel.


Source:

www.rfi.fr