Tiraillements dans le bas du dos, sensation de lombaires “cassées”… Pour certaines femmes, les règles ne se limitent pas au mal de ventre. Ce symptôme, parfois sous-estimé, s’explique pourtant très bien sur le plan physiologique. Et dans certains cas, il peut même révéler un trouble sous-jacent.
Douleur dans le dos avant et pendant les règles : c’est fréquent !
Les douleurs menstruelles, appelées dysménorrhées, sont loin d’être rares. « Selon les études, les dysménorrhées peuvent toucher près de 15 à 80 % des femmes de moins de 30 ans », explique la sage-femme Aude- Albane Doyet. Une variabilité liée notamment à la façon dont les douleurs sont évaluées. Et pour une partie des femmes touchées, ces douleurs sont loin d’être anodines : « Elles sont invalidantes chez environ 15 % des femmes et peuvent être à l’origine d’absentéisme scolaire ou professionnel », d’après la spécialiste.
Si elles sont généralement localisées dans le bas du ventre, elles ne s’y limitent pas toujours :
Le mal de dos s’ajoute donc à la longue liste des signes du syndrome prémenstruel : seins sensibles, ballonnements, rétention d’eau, maux de tête, acné , troubles digestifs, irritabilité… Ces manifestations peuvent débuter 5 jours avant les règles.
Pourquoi a-t-on mal au dos pendant les règles ?
Tout part de l’utérus. Pendant les règles, celui-ci se contracte pour évacuer la muqueuse utérine. « Il produit des substances inflammatoires appelées prostaglandines, qui permettent l’évacuation du sang mais provoquent aussi des crampes douloureuses », détaille Aude Doyet.
Mais alors, pourquoi le dos ? La réponse tient à un phénomène bien connu : la douleur projetée.
« La douleur ne reste pas toujours localisée. Elle peut être “projetée” vers d’autres zones du corps, notamment le bas du dos », souligne la sage femme. Autrement dit, le cerveau “interprète” la douleur comme venant du dos, alors que son origine est utérine.
Autre élément clé : la répétition des douleurs : « chaque mois, elles finissent par entraîner une modification du contrôle de la douleur dans le cerveau […] le corps devient plus sensible à la douleur, y compris dans des zones éloignées comme le dos », explique l’experte.
Douleurs dans le dos et parfois dans les jambes
Toutes les femmes ne ressentent pas la douleur de la même manière et au même endroit : «cela s’explique par des connexions nerveuses entre les organes du bassin et la région lombaire », précise la sage-femme Aude-Albane Doyet. En réalité, ces connexions existent entre les organes de l’abdomen, la région lombaire, le sacrum et les jambes. Résultat : chez certaines femmes, la douleur peut irradier jusque dans les membres inférieurs.
Mal de dos pendant les règles : un signe d’endométriose ?
Dans la majorité des cas, ces douleurs sont bénignes. Mais pas toujours. « On distingue deux types de dysménorrhée », explique Aude- Albane Doyet :
La dysménorrhée primaire (la plus fréquente) : « Elle survient sans pathologie particulière […] liée à la production de prostaglandines. »
La dysménorrhée secondaire (plus rare mais importante à repérer) : « Elle est liée à une pathologie gynécologique comme l’endométriose , l’adénomyose, un fibrome, un polype ou une infection. », précise la sage femme.
Parmi ces causes, l’endométriose est fréquente : « Elle peut provoquer des douleurs importantes et parfois diffuses, notamment dans le dos ». Moralité : « Une douleur lombaire très marquée pendant les règles peut donc être un signe à explorer », souligne la spécialite.
Comment différencier un mal aux reins d’un mal de dos pendant les règles (ou pendant la grossesse) ?
Les douleurs liées aux règles ou aux reins sont des douleurs projetées, qui ne viennent pas du dos lui-même mais respectivement de l’utérus ou des reins.
Pendant les règles, la douleur est diffuse et associée à des crampes abdominales.
En cas de grossesse, elle est plus progressive et s’accompagne souvent d’autres signes comme un retard de règles ou des nausées .
La douleur rénale, elle, peut survenir en dehors de ces périodes : elle est généralement plus intense, unilatérale, parfois lancinante ou par crises, et peut s’accompagner de signes urinaires comme des brûlures ou une envie fréquente d’uriner.
Enfin, il ne faut pas confondre avec une douleur lombaire “mécanique”, fréquente notamment pendant la grossesse à un stade avancé : liée aux changements de posture et au poids du ventre, elle apparaît surtout en mouvement ou dans certaines positions.
Mal de dos et retard de règles : est-ce un signe de grossesse ?
Un mal de dos associé à un retard de règles peut faire penser à une grossesse, mais ce n’est pas un signe suffisant à lui seul. En début de grossesse, certaines femmes ressentent des douleurs lombaires liées aux changements hormonaux et aux tensions ligamentaires. Mais ces douleurs peuvent aussi survenir juste avant les règles.
Un retard de règles peut aussi s’expliquer autrement, notamment en cas de déséquilibre hormonal, de stress important ou de troubles du comportement alimentaire, qui peuvent perturber le cycle voire bloquer les règles. Le seul moyen fiable de confirmer une grossesse reste donc de faire un test.
Quand faut-il consulter ?
Il ne faut pas banaliser certaines douleurs. « Certaines situations doivent inciter à consulter […] lorsque les douleurs sont très intenses ou qu’elles empêchent de mener les activités quotidiennes. », avertit la sage femme Aude-Albane Doyet.
Autres signaux d’alerte :
douleurs résistantes aux traitements ;
douleurs après un rapport sexuel ;
apparition récente de douleurs inhabituelles.
Dans ces cas, des examens peuvent être nécessaires : « Une échographie ou une IRM […] permettent de visualiser les organes pelviens […] afin d’identifier une éventuelle pathologie », indique la sage femme.
Comment soulager le mal de dos pendant les règles ?
Bonne nouvelle : il existe plusieurs leviers efficaces.
Les médicaments en cas de règles douloureuses
« Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (comme l’ibuprofène, flurbiprofène …) permettent de diminuer la production de prostaglandines […]. Les antalgiques (paracétamol) peuvent être utilisés en complément. », souligne l’experte. On peut ajouter un antispasmodique (Spasfon®). En revanche, l’aspirine est éviter en raison du risque d’augmentation des saignements.
Autre option : « La contraception hormonale (pilule, anneaux vaginaux, patchs…) peut également être proposée pour réduire les douleurs menstruelles. »
Parlez-en à votre sage femme, gynécologue ou plus simplement à votre médecin généraliste.
Les gestes simples contre les douleurs pelviennes
Au quotidien, certaines habitudes peuvent vraiment aider : « Appliquer de la chaleur (comme une bouillotte sur le bas du dos), bien s’hydrater, adopter une alimentation équilibrée […] les fruits rouges ou la banane […] et les tisanes […] peuvent également apporter un certain confort. », recommande la spécialiste.
Un bon bain chaud est aussi une solution très efficace. On peut y ajouter des huiles essentielles de lavande ou d’estragon réputées efficace en cas de règles douloureuses.
Les approches complémentaires pour les dysménorrhée
Certaines femmes trouvent un soulagement avec :
le yoga ;
l’acupuncture ;
le TENS ;
des compléments alimentaires à base de magnésium, gingko, achillée millefeuille, fruit de gattilier, sauge ou la vitamine E.
«Même si leur efficacité n’est pas toujours prouvée scientifiquement, elles peuvent être utilisées si elles apportent un soulagement», reconnaît Aude-Alabane Doyet.
Bouger pendant les règles
C’est un point essentiel, souvent contre-intuitif : « il est prouvé que bouger pendant les règles, même avec une activité douce (comme la marche), permet de diminuer les douleurs », selon la spécialiste.
La relaxation est aussi la clé : » Se détendre, respirer et apprendre à mieux gérer la douleur font aussi partie intégrante de la prise en charge », poursuite la sage femme.
Sources
Entretien avec Aude Doyet, sage femme.
Source:
www.santemagazine.fr

