Il y a un passager clandestin qui a profité de l’AVC pour s’immiscer dans ma vie. Le pilulier est apparu un matin de novembre 2023. L’air de rien, il a commencé par squatter un coin de la table de la cuisine et n’en a pas bougé depuis. J’ignore s’il quittera les lieux avant moi. L’affection longue durée dont je souffre impose un traitement quotidien et lourd, dont le pilulier est le grand ordonnanceur : dans ses entrailles, des cases permettent d’organiser la cascade de médicaments à prendre chaque jour.
D’abord un Levothyrox, au réveil, pour compenser les faiblesses de ma thyroïde. Vingt minutes après peuvent être ingurgités les quatre comprimés antihypertenseurs. La médecin m’a dit : « On veut limiter au maximum les facteurs de risque. » J’étais d’accord avec ce programme. Des artères au moral, tout doit être sous contrôle.
Midi, juste un sachet. Le soir, rebelote. Trois antidépresseurs, statine contre le cholestérol, et encore trois bonbons pour contrôler différents organes gauchistes qui, comme mon bras et ma jambe, ont décidé de vivre leur vie seuls, sans mon autorisation. Une fois tout cela ingéré, plus le droit de boire avant le matin. La nuit, j’ai soif : heureusement, la machine contre l’apnée du sommeil possède un petit réservoir d’eau. Je la déteste, mais, au moins, elle me donne un peu de rosée.
Concerto de cliquetis
Alors je m’en remets au pilulier, préparé à anticiper tous les risques. Depuis le 3 mars 2023, date de l’AVC qui a causé mon hémiplégie, nous avons sympathisé avec les pharmaciens du nouveau quartier où nous avons dû déménager. Nos vies sont liées, maintenant que je suis gavée de médocs. Les comprimés se distinguent par leurs couleurs rose, orange ou bleue. Tous sont pris en charge par la Sécurité sociale.
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Source:
www.lemonde.fr

