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L’UE doit répondre aux défis de Viktor Orban

Au pouvoir depuis seize ans en Hongrie, Viktor Orban est déjà assuré de marquer l’histoire européenne. Jamais, en effet, un dirigeant d’un Etat membre de l’Union européenne (UE) n’a eu des relations aussi tendues avec Bruxelles et le reste de l’Europe que ce premier ministre d’un petit pays comptant à peine 9,5 millions d’habitants mais qui a réussi à prouver sa capacité de nuisance en bloquant un prêt européen de 90 milliards d’euros pour l’Ukraine pourtant décidé par 24 autres Etats, représentant en tout plus de 400 millions d’Européens.

Alors que les élections législatives hongroises du dimanche 12 avril s’annoncent extrêmement difficiles pour lui, M. Orban a focalisé toute sa campagne sur les attaques contre l’Ukraine, que la Hongrie a toujours refusé de soutenir, au nom de ses liens politiques et économiques étroits avec Moscou.

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Cette relation de dépendance choisie est illustrée par l’oléoduc acheminant du pétrole russe, que la Hongrie défend mordicus, ou ces conversations déférentes du ministre des affaires étrangères hongrois, Péter Szijjarto, avec son homologue russe, Sergueï Lavrov, révélées mardi 31 mars par le site The Insider.

Confrontée à ce cheval de Troie de Vladimir Poutine en son sein, l’Union européenne n’est pas restée inactive, mais elle arrive aux limites de la politique d’endiguement juridique d’un pays qui n’a cessé de bafouer ses valeurs. Les lourdes condamnations infligées par la Cour de justice de l’Union européenne, la suspension du versement de plus de 18 milliards d’euros de fonds européens, les menaces de suspension des droits de vote… rien n’y a fait. La démocratie hongroise n’a cessé de régresser depuis 2010, et même si le dirigeant magyar a su parfois se montrer prêt à des transactions à la marge, y compris pour les sanctions décidées contre la Russie, il finit par tout bloquer.

Cette stratégie de résistance à l’UE peut rendre fier toute cette partie de l’électorat hongrois obnubilée par le passé d’un pays toujours traumatisé par le dépeçage subi au sortir de la première guerre mondiale, mais elle insupporte surtout une bonne partie du reste des citoyens européens, qui ne comprennent pas l’incapacité de l’UE à réagir plus fortement aux dérives d’un de ses membres.

Pétrifiés par la machine de propagande du pouvoir hongrois ou habitués aux convenances qui veulent qu’on n’intervienne pas dans les affaires de son voisin, les dirigeants européens n’ont en effet jamais osé dénoncer trop ouvertement les dérives de M. Orban et s’abritent derrière ces procédures juridiques européennes, trop longues et trop tardives. La seule exception notable est le premier ministre libéral polonais, Donald Tusk, qui ne cesse de fustiger M. Orban.

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Péter Magyar, l’adversaire de M. Orban aux élections du 12 avril, s’est revendiqué pro-européen, mais il a veillé à se tenir à distance des dirigeants étrangers, pour ne pas alimenter cette machine de propagande du pouvoir qui l’accuse déjà en permanence d’« être une marionnette de Kiev et de Bruxelles ». De son côté, M. Orban ne se gêne pas pour intervenir directement dans les élections des autres pays européens, en soutenant les partis d’extrême droite, à commencer par le Rassemblement national. Devant une pareille série de provocations, il est grand temps pour l’UE de mettre au point une stratégie destinée à s’opposer aux dérives de ses membres qui menacent ses valeurs, son fonctionnement voire son existence.

Le Monde


Source:

www.lemonde.fr