A Cobh, dans le sud de l’Irlande, à quelques kilomètres de Cork, la promenade au bord de l’eau offre une vue imprenable sur l’île Haulbowline, siège principal de l’Irish Naval Service, la marine irlandaise. En cette fin de février, sous des nuages de pluie filant à l’horizon, des vedettes noir et blanc font d’incessants allers-retours pour acheminer le personnel militaire. « On devine une tour Martello [petite forteresse du tournant du XIXe siècle], construite par les Britanniques pour prévenir le risque d’invasion napoléonienne. Et l’on aperçoit les mâts de quatre de nos patrouilleurs », commente Caoimhin Mac Unfraidh, en montrant l’île.
Cet officier de marine a commandé le LE Eithne, un porte-hélicoptères de la flotte irlandaise décommissionné fin 2022 après trente-huit ans de service. A la retraite depuis 2023, ce quinquagénaire observe l’île Haulbowline depuis le rivage, partagé entre fierté et amertume. « Mon parcours personnel s’inscrit dans un contexte plus large : j’ai quitté la marine après avoir presque atteint le plus haut grade, faute de perspectives dans une flotte si réduite. Le nombre de navires diminuait sans qu’il soit prévu de les remplacer », confie-t-il.
« La marine aligne huit navires, dont trois ou quatre seulement sont opérationnels : des patrouilleurs, dépourvus de capacité de surveillance sous-marine et de défense aérienne », résume le vice-amiral Mark Mellett, qui fut le chef d’état-major des forces armées irlandaises, les Irish Defence Forces, jusqu’en 2021. A cela s’ajoutent deux avions de patrouille maritime et moins de 900 membres du personnel actif. Des moyens bien maigres pour un pays-île doté d’une zone économique exclusive (ZEE) de 450 000 kilomètres carrés dans l’Atlantique Nord, et chargé de protéger des intérêts économiques nationaux et internationaux majeurs, sur terre comme en mer.
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Source:
www.lemonde.fr

