C’est la voix qui porte le pouvoir, dit-on. Alors, reste à départager les voix de celles et ceux qui crient et saignent le plus, et de ceux qui bombardent le plus. Le son des uns est plus audible que celui des autres, notamment parce que nos analyses se contentent souvent de reproduire le discours des pouvoirs. Tant et si bien que plus nous saignons, moins nous sommes entendus. Le son ne vient pas des ruines, mais de ceux qui les produisent et les piétinent pour s’en emparer. En définitive, c’est bien l’occupation de l’espace qui fait le pouvoir, plus que celle des âmes qui finiront par l’habiter pour s’opposer ou s’allier à ce dernier.
Les amis que je rencontre expriment leur profonde tristesse, par solidarité avec moi. Mais, bien vite, la joie se fait entendre : celle que provoque la disparition [du Guide suprême Ali] Khamenei. « Une bonne chose de faite ! », disent-ils. J’ai envie de rétorquer qu’avec cette « bonne chose de faite », on ne sait trop quoi faire de la mort de centaines d’élèves, de milliers de blessés sur leur lit d’hôpital, de milliers de morts, en majorité civils, tués à leur poste de travail ou à leur domicile.
On ne sait pas non plus grand-chose de la vie au quotidien des millions d’Iraniens soumis à l’angoisse des bombardements et d’une vie matérielle devenue infernale. Je mets en sourdine mes questions. Le silence s’impose, sous peine d’être mal comprise. « On ne distribue pas de dragées pendant la guerre », dit l’adage. Le régime a tué davantage que la guerre, entend-on souvent. Donnant donnant…
Le sanglot m’étouffe. Oui, la répression. Depuis quarante-sept ans. Particulièrement atroce en janvier. Mais celle-ci n’empêchait pas les jeunes d’aller à l’école et les moins jeunes à l’université, ni leurs parents de se rendre à leur travail ni les familles de vivre leur vie, vaille que vaille. Elle ne pouvait non plus complètement étouffer les mouvements de protestation, de résistance ou de réforme. La campagne Un Million de signatures, pour l’égalité des droits, les grèves, les manifestations, Femme, vie, liberté sont-ils possibles sous les bombes ?
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