Par Lahcen Isaac Hammouch
Des appels à commettre des attaques terroristes en Belgique ont bien été diffusés ces derniers mois par des relais de propagande liés à l’organisation djihadiste État islamique. Il ne s’agit pas de simples rumeurs ou d’une exagération médiatique : les services de renseignement belges et européens confirment l’existence de messages explicites appelant à frapper des pays d’Europe occidentale, dont la Belgique, dans un contexte de tensions internationales et de radicalisation persistante en ligne.
Ces appels ne proviennent pas nécessairement d’une direction opérationnelle centralisée de l’État islamique, mais s’inscrivent dans une stratégie bien connue de propagande décentralisée. Depuis la perte de son contrôle territorial en Irak et en Syrie, l’organisation terroriste mise davantage sur l’incitation idéologique, en encourageant des individus isolés ou de petits groupes à passer à l’acte dans leur pays de résidence. Cette stratégie vise à maintenir un climat de peur et à démontrer une capacité de nuisance malgré l’affaiblissement militaire du groupe.
Les messages d’incitation circulent principalement via des relais de propagande identifiés de longue date par les services de sécurité. Parmi eux figurent des organes médiatiques historiquement liés à l’État islamique, tels que l’agence Amaq, utilisée pour diffuser des communiqués et des revendications, le journal hebdomadaire Al-Naba, qui justifie idéologiquement les attaques et appelle à la violence contre l’Occident, ou encore le centre médiatique Al-Hayat, connu pour ses productions multilingues destinées à un public international. À ces structures s’ajoutent des magazines de propagande, aujourd’hui moins visibles mais toujours cités dans les analyses antiterroristes, qui ont longtemps servi à inspirer des attaques dites « individuelles ».
Aujourd’hui, la diffusion de ces contenus se fait majoritairement par des canaux numériques difficiles à contrôler. Des plateformes de messagerie chiffrée, en particulier des groupes et canaux privés, sont utilisées pour relayer des textes, des images ou des vidéos de propagande, souvent après leur suppression des réseaux sociaux classiques. Les autorités soulignent que ces contenus sont régulièrement retirés lorsqu’ils apparaissent publiquement, mais qu’ils réapparaissent sous d’autres formes, via des comptes relais ou des réseaux fermés. Cette circulation fragmentée rend la menace plus diffuse, mais aussi plus imprévisible.
En Belgique, l’Organe de Coordination pour l’Analyse de la Menace, l’OCAM, suit cette situation de près. Le niveau général de la menace terroriste est actuellement fixé à 3 sur une échelle de 4, ce qui correspond à une menace sérieuse et probable. Concrètement, cela signifie que les autorités estiment qu’un attentat est possible, sans disposer d’éléments indiquant une attaque imminente. Ce niveau justifie le maintien de mesures de sécurité renforcées, visibles et invisibles, autour des lieux sensibles, des institutions, des événements publics et des transports.
Les services de renseignement belges, en coopération étroite avec leurs partenaires européens, insistent sur le fait que la principale inquiétude concerne les individus radicalisés en ligne, parfois très jeunes, qui peuvent être influencés par ces messages sans appartenir à une structure terroriste organisée. Plusieurs affaires récentes en Europe ont montré que des projets d’attaque pouvaient émerger rapidement à partir d’une consommation intensive de propagande djihadiste, sans contact direct avec une organisation étrangère.
Les autorités rappellent enfin que la vigilance de la population reste essentielle, sans céder à la panique. Tout comportement suspect ou discours incitant à la violence doit être signalé, tandis que la diffusion, même involontaire, de contenus de propagande terroriste contribue à l’objectif recherché par ces groupes : semer la peur et amplifier leur impact médiatique. La Belgique reste donc confrontée à une menace réelle, surveillée de près, dans un contexte où la lutte contre la radicalisation numérique demeure l’un des principaux défis sécuritaires.
