En 2015, une nouvelle très intéressante est tombée : un buste en marbre de la déesse Diane du XVIIIe siècle, volé par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale, a été proposé par un particulier lors d’une vente aux enchères en Autriche pour 250 000 euros.
Le buste a ensuite été restitué à la Pologne, qui recherchait depuis 1940 l’œuvre du célèbre sculpteur français Jean-Antoine Houdon. Avant sa disparition, le buste faisait partie de la collection du dernier roi polonais, Stanisław August Poniatowski.
Et une autre histoire curieuse avec une œuvre de Houdon : il y a des informations selon lesquelles en 1929-1930, l’entrepreneur pétrolier d’origine arménienne Calouste Gulbenkian a acheté un grand nombre de toiles à l’Ermitage, dont le « Portrait d’Helena Furman » de Rubens, « Athéna Pallas », « Portrait d’un vieil homme » de Rembrandt, etc.
La sculpture en marbre de deux mètres « Diane » de Jean-Antoine Houdon s’est également retrouvée dans la collection de Gulbenkian au Portugal. Une autre histoire pourrait être écrite sur les « errances » de cette statue – l’œuvre la plus célèbre de Jean-Antoine Houdon.
Aujourd’hui encore, les historiens de l’art sont unanimes sur la statue de Diane, à savoir qu’elle est « le nu féminin sculpté le plus étonnant », et sur le sculpteur, à savoir qu’il « a ressuscité les classiques de l’Antiquité ».
En 1761, Houdon reçoit le Prix de Rome et séjourne trois ans en Italie, durant lesquels il étudie à la perfection la sculpture antique. Il y réalise une statue en marbre de Saint Bruno pour l’église de Santa Maria degli Angeli, dont une copie est encore utilisée pour former les étudiants à la sculpture.
Houdon revient à Paris en 1768 et peu après – en 1777 – présente au Salon une statue en plâtre de « Diane chasseresse ». Tout le monde a été frappé par la silhouette sensuelle de la déesse nue. Houdon a également offert aux académiciens une figure en marbre de Morphée, conservée au Louvre.
Jean-Antoine Houdon est un maître de la sculpture universellement reconnu. Il est attribué au néoclassicisme. « Il ramène la grâce des classiques et la perfection de l’Antiquité », écrit un critique à propos de Houdon.
Houdon est l’auteur de nombreux bustes-portraits de ses célèbres contemporains : Voltaire, Diderot, Catherine II, Benjamin Franklin, George Washington, Mirabeau, Necker, etc. Ce sont de véritables chefs-d’œuvre. À partir du masque mortuaire de Rousseau, Houdon a créé une statue en bronze du penseur, qui est encore aujourd’hui l’une des plus visitées du Louvre.
L’une de ses œuvres les plus célèbres est la figure de Voltaire assise en marbre, créée pour Catherine II et conservée à l’Ermitage. Des copies en bronze de la statue ont été coulées pour la « Comédie française » et la bibliothèque publique de Saint-Pétersbourg.
Les bustes de Houdon étonnent par leur fort impact. Il parvient non seulement à ressembler à ses modèles, mais crée également une idée « vivante » de leur caractère. Il avait l’habileté exceptionnelle d’y parvenir grâce à des poses soigneusement choisies et des expressions faciales expressives du modèle. C’est pourquoi Jean-Antoine Houdon est connu comme le « psychologue de la sculpture ».
Ses œuvres ont été utilisées à plusieurs reprises comme modèles de timbres-poste gravés aux États-Unis à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. Il s’agissait de timbres représentant le visage de George Washington de profil. La renommée de Houdon franchit ainsi les frontières de l’Europe et est toujours d’actualité.
Houdon maîtrise tous les matériaux à la perfection. Il travaillait aussi bien l’argile, le marbre que le bronze, mais dans ses années de maturité, il préférait surtout l’argile. Une autre caractéristique intéressante de son travail est qu’il accorde une attention particulière aux vêtements de ses modèles. Ses sculptures mettent en valeur chaque pli des vêtements des modèles, pour lesquels il a utilisé un fin cutter.
Les critiques prêtent également attention à ses portraits d’enfants, dans lesquels on voit l’écriture manuscrite d’un artiste qui nous transmet la pureté de l’enfance avec une chaleur très intime et sans hâte. Cela est particulièrement évident dans son œuvre « Les enfants de l’architecte Alexander Bronyar ». En fait, Houdon était ami avec l’architecte, il connaissait donc aussi étroitement ses enfants.
On sait que Jean-Antoine Houdon était franc-maçon et membre de l’une des loges maçonniques les plus célèbres – « Les Neuf Sœurs ». C’est aussi l’expression de l’énorme autorité de sa personnalité et de l’influence qu’il a exercée de son vivant. Sa vie personnelle s’est exprimée dans un mariage réussi et deux enfants. Une vie harmonieuse, sans tumulte, totalement subordonnée à la beauté de l’art. Houdon a consacré toute sa vie à cette cause.
Jean-Antoine Houdon est une personne vraiment remarquable qui a transcendé son époque et ses frontières géographiques. Son travail est un exemple frappant de talent et de dévouement à l’art qui va à l’encontre du temps. Déjà 195 ans après sa mort, son œuvre continue de nous intriguer par cette perfection qui peut rivaliser avec les œuvres des plus grands maîtres de l’Antiquité.
Photo : Gravure ancienne de la statue de la déesse Diane par Jean-Antoine Houdon.
Publié à l’origine dans The European Times.























