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Le cacatoès à huppe jaune ouvre les poubelles et met les humains au défi !

Direction l’Australie, et sa plus grande ville, Sydney ! Située au sud de la côte Est, Sydney est une cité étourdissante, avec ses immenses immeubles, ses longues avenues, et son port bourdonnant. Plus de 5 millions d’humains vivent ici. Pour te donner une idée, à Paris, il y a moitié moins d’habitants !

Mais à Sydney, d’autres animaux que les humains ont pris leur quartier dans la ville. Pour aller à leur rencontre, je te propose d’aller explorer les jardins botaniques royaux. Ce sont les plus vieux jardins botaniques d’Australie, et ils sont situés juste à côté du célèbre opéra, connu dans le monde entier, et reconnaissable à son architecture qui imite les voiles blanches gonflées des bateaux. Viens, traversons la grande pelouse qui donne sur le port ! Ah ! Quel plaisir d’échapper un moment aux bruits de la ville !

Mais ça, c’était sans compter sur les perroquets et leurs cris… assez peu mélodieux ! Si l’on trouve des pigeons, ici aussi, force est de constater que les oiseaux des parcs australiens sont plus exubérants que nos volatiles européens. Oh mais voici nos héros du jour ! Un groupe de cinq grands oiseaux blancs viennent de se poser sur la pelouse en lançant des cris rocailleux. 

Ce sont des cacatoès à huppe jaune, de leur nom latin Cacatua galerita. Impossible de passer à côté de ces drôles de perroquets. Déjà, comme tu peux l’entendre, ils ne sont pas franchement discrets ! Nos cacatoès échangent avec les membres de leur groupe en criant. Ainsi, ils gardent le contact entre eux et se préviennent des dangers potentiels. Les cacatoès à huppe jaune sont aussi de belle taille, ils mesurent environ 50 cm de long, soit à peu près la taille de nos corneilles noires, mais ils sont un peu plus dodus. Les plus gros cacatoès à huppe jaune peuvent frôler le kilo, en poids, ce qui est déjà beaucoup pour un oiseau. 

Une crète qui en dit long

Nos cacatoès ont un plumage blanc, et ont sur la tête plusieurs plumes d’un jaune vif. On retrouve cette huppe, qui change de position selon leurs émotions, chez la majorité des cacatoès. C’est le cas par exemple chez leur mini cousine la callopsitte élégante, dont je t’ai parlé dans un épisode précédent. Au repos, leur huppe est aplatie derrière leur tête et peu visible. Quand ils sont inquiets ou excités, les cacatoès l’ébouriffent et leurs plumes jaunes se dressent sur l’avant de leur tête.

Peut-être as-tu déjà vu des vidéos de Snowball, la femelle cacatoès qui est devenue une star d’internet car elle dansait sur des tubes de musique ? Les scientifiques ont remarqué que, non seulement, elle suivait le rythme des chansons, mais qu’elle avait 14 mouvements de danse différents ! On la voit lever et baisser la patte, secouer la tête, faire la vague, avec bien souvent la crête toute redressée par l’excitation du moment ! Pour sûr, les cacatoès sont très expressifs ! 

Un bec et des doigts habiles

Leur bec est massif et noir. Il leur sert à tout : à grimper sur un tronc d’arbre ou le long d’un grillage, à ouvrir des noix dures, mais aussi à se défendre ! Attention à tes doigts ! Leurs pattes possèdent 4 doigts, comme les autres oiseaux, mais regarde bien comment ils sont disposés. Deux sont tournés vers l’avant et, deux, vers l’arrière !

On dit qu’ils sont zygodactyles. Ça vient du grec : zygo veut dire paire et dactyle, le doigt. La majorité des autres oiseaux, eux, possèdent 3 doigts tournés vers l’avant, et un orienté vers l’arrière. La disposition particulière de leurs doigts, comme chez les pics, leur donne une sacrée aisance pour se déplacer dans les branches !

Ensembles pour longtemps !

Tiens, d’autres cacatoès arrivent, et rejoignent ceux qui se baladent devant nous sur la pelouse. En plus d’être futés et doués d’une bonne mémoire, les cacatoès à huppe jaune sont réputés pour leur longévité. Ils font de vieux os ! En nature, ils peuvent vivre jusqu’à 40 ans ! Et en captivité, les plus vieux cacatoès connus ont dépassé les 100 ans. Tu te rends compte ? Ils en auraient des choses à nous raconter ! 

Comme tous les autres perroquets, les cacatoès à huppe jaune, sont très sociaux. Ils ne vivent jamais seuls ! Les parents cacatoès installent leur nid dans un trou d’arbre, très en hauteur. Ici à Sydney, la saison de reproduction dure d’août à janvier. Les parents se relaient pour couver les œufs puis élever leurs petits, en général, 2 à 3 oisillons par nichée. Les jeunes cacatoès restent plusieurs mois avec leurs parents, qui eux-mêmes rejoignent des groupes plus grands, à différents moments de la journée.

Des gourmands qui font des dégâts 

Ces oiseaux se rassemblent pour dormir, sur les mêmes arbres, que l’on appelle dortoirs et pour manger. Certains groupes peuvent compter plusieurs centaines d’oiseaux ! Alors forcément, s’ils décident d’aller manger toutes les pousses d’un champ, cela ne va pas plaire aux agriculteurs ! Même s’ils sont protégés, il arrive que les cacatoès soient abattus à cause des dégâts qu’ils peuvent causer sur les plantations.

Nos cacatoès sont végétariens: ils mangent aussi bien des fruits, des graines, des racines, que des bourgeons. On les voit farfouiller dans l’herbe avec leur bec puissant pour déterrer de bonnes choses à manger. Le jardinier ne va pas être content ! Oh regarde, celui-là, là-bas ! Il est en train d’ouvrir une grosse noix. Il la tient dans une de ses pattes, la porte à son bec, et l’ouvre, à force de la manipuler. 

Avec leur bec semblable à une pince et leurs pattes habiles, rien ne leur résiste ! Et tu vas voir qu’en ville, les cacatoès à huppe jaune se frottent à de nouveaux défis ! 

De nouveaux défis urbains 

Même s’il y a du bruit, de la lumière, et des humains, beaucoup d’animaux s’installent dans nos villes, car ils y trouvent des abris, de la nourriture, et bien souvent, la tranquillité d’être débarrassés de leurs prédateurs.

C’est le cas des cacatoès à huppe jaune, qui ont peu à peu quitté les lisières de forêts pour s’implanter dans les parcs et les banlieues de Sydney. Armés de leur cerveau performant et de leurs pattes musclées, nos perroquets ont par exemple appris à ouvrir les poubelles individuelles. Cela leur a valu le surnom de bin parrot, les perroquets des poubelles. Il faut dire qu’il y a plein de bonnes choses à y manger. Mais pour accéder à ce festin, il faut réussir à soulever le couvercle des poubelles ! 

La nouvelle tradition d’ouverture des poubelles

Une étude menée par Barbara Klump et son équipe, publiée en 2021 a suivi ce comportement de près, notamment en demandant aux gens de signaler à chaque fois qu’ils voyaient un cacatoès ouvrir une poubelle.

Au début de l’étude, en 2018 les cacatoès ouvreurs de poubelle se trouvaient dans 3 zones seulement. Un an plus tard, ils s’étaient étendus à 44 zones différentes ! Cela veut dire que de nouveaux cacatoès apprennent à ouvrir les poubelles. Les oiseaux se passent l’information, en s’observant les uns les autres On parle d’apprentissage social. Mais en plus, chacun développe ses techniques et son propre style ! Certains individus utilisent davantage leurs pattes que d’autres par exemple.

Si cette histoire de pilleurs de poubelle fait rire, elle révèle une caractéristique passionnante de nos cacatoès. Ils créent, sous nos yeux, une nouvelle tradition. Alors que ces poubelles sont présentes partout sur le territoire, les oiseaux de certaines zones seulement, inventent leurs propres techniques pour les ouvrir, en se copiant les uns les autres. C’est la définition de la culture !

Même s’il faut attendre le milieu du XXe siècle pour que l’on documente et que l’on accepte que les autres animaux possèdent également une culture, d’autres exemples sont connus. Je t’avais parlé des mésanges charbonnières anglaises qui ont appris à ouvrir les bouteilles de lait par exemple, mais elles sont loin d’être les seules ! Les cacatoès à huppe jaune font désormais partie du club !

Guerre des cerveaux entre humains et cacatoès !

Mais ce n’est pas tout : les inventions des cacatoès poussent les humains à trouver, eux aussi, de nouvelles stratégies pour sécuriser leurs poubelles ! La même équipe de scientifiques s’est intéressée au comportement des riverains, face aux perroquets pilleurs. Certains posent des objets lourds sur les couvercles, ou les attachent, d’autres mettent des cordes dans le couvercle pour en empêcher l’ouverture. 

Ce qui est drôle, c’est que les humains apprennent eux aussi les meilleures techniques de protection de poubelles en observant ce que font leurs voisins ! Eux aussi font de l’apprentissage social. C’est une vraie course à l’armement qui se joue entre humains et cacatoès ! Quand l’un trouve une idée pour bloquer l’ouverture du couvercle, l’autre doit rivaliser d’inventivité pour contourner le problème. 

Alors, qui sera le plus futé et gagnera cette guerre des cerveaux ? Le suspense reste entier ! 


Source:

www.futura-sciences.com