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« La promenade de Biscarrosse a fini par tomber. Tant que le futur n’a pas de prise perceptible sur le présent, il reste sans effet sur les pratiques »

En janvier, une partie de la promenade de la station balnéaire landaise Biscarrosse a disparu. Pas progressivement, mais d’un seul coup. Pourtant, l’érosion du trait de côte était connue. Le littoral reculait de 1 à 2 mètres par an. Les projections existaient. Les panneaux aussi. Tout le monde savait. Malgré cela, rien – ou presque – n’a vraiment changé.

Quelques mois avant la tempête, j’observais les habitants face à la dune. Ils lisaient les informations, acquiesçaient – puis enjambaient les clôtures pour rejoindre la plage. Ce geste, anodin en apparence, dit quelque chose d’essentiel : il ne relève ni de la défiance ni du déni ; il révèle un décalage plus profond entre ce que nous savons et ce que nous faisons.

On explique souvent ce décalage par un manque de volonté ou par une forme d’aveuglement collectif. Pourtant, ce diagnostic est insuffisant. Dans la plupart des situations, les faits sont connus, les alertes entendues, les risques reconnus. Face aux transformations de notre écosystème notamment, ce qui manque n’est pas l’information mais la transformation des conditions concrètes de notre action.

Les comportements humains ne se réorganisent pas à partir d’idées. Ils se structurent à partir d’habitudes, d’attachements, de repères sensibles – tout ce qui rend nos gestes évidents sans que nous y pensions. L’anthropologie désigne cela sous le terme « habitus » : une manière incorporée d’habiter le monde. L’humain change par micro-adaptations, rarement par rupture.

Partout, le même paradoxe

A Biscarrosse, les habitants ne contestaient pas les données. Mais leur expérience sensible contredisait encore les projections. Les villas jumelles, symbole de la station, certes menacées, tenaient. Le paysage semblait stable. Et, dans l’économie ordinaire de l’action, ce qui est vu et éprouvé l’emporte sur ce qui est anticipé.

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Un homme me disait : « On nous annonce le pire depuis des années. Elles sont encore là. » Cette phrase dit l’essentiel : tant que le futur n’a pas de prise perceptible sur le présent, il reste sans effet sur les pratiques. Depuis quinze ans, j’observe ce phénomène dans des contextes variés – entreprises, administrations, territoires. Partout, le même paradoxe : les individus savent, parfois même s’inquiètent, mais continuent d’agir comme auparavant.

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Source:

www.lemonde.fr