La nouvelle stratégie de sécurité nationale du président Donald Trump, dévoilée jeudi soir, place l’hémisphère occidental au centre de la politique étrangère américaine et fait revivre le langage de la doctrine Monroe dans ce qu’elle appelle le « corollaire de Trump ». Le document présente les Amériques comme la principale ligne de défense du territoire américain et relie directement cette doctrine aux opérations militaires en cours contre les trafiquants de drogue présumés dans les eaux des Caraïbes et du Pacifique.
La stratégie revendique l’héritage de la doctrine Monroe de 1823, mais elle va plus loin. Il déclare que les États-Unis empêcheront les « concurrents non hémisphériques » de posséder ou de contrôler des « actifs stratégiquement vitaux » dans la région, notamment les ports, les installations énergétiques et les réseaux de télécommunications. Il décrit l’hémisphère occidental comme la première priorité régionale, devant l’Europe, le Moyen-Orient et même la Chine, et lie ce statut au contrôle des migrations, des flux de drogue et de l’influence étrangère avant qu’ils n’atteignent le territoire américain.
Cela survient alors qu’au cours des derniers mois, les États-Unis ont envoyé des milliers de soldats, un porte-avions et des navires de guerre supplémentaires dans le sud des Caraïbes, dans le cadre d’une campagne présentée par les responsables américains comme une lutte contre le trafic de drogue. Les avions américains ont mené de multiples frappes sur de petits bateaux, que l’administration qualifie de cartels ou d’actifs « narcoterroristes », coulant des navires et tuant des dizaines de personnes. Les responsables présentent ces actions comme des opérations de sécurité liées à une stratégie nationale plus large, et non comme des interdictions traditionnelles des forces de l’ordre.
L’administration Trump présente ces opérations dans un langage de conflit armé. Les responsables qualifient régulièrement les cartels de « narcoterroristes » et suggèrent que le président peut recourir à la force militaire si nécessaire pour défendre les États-Unis contre les menaces liées aux cartels. Si les opérations contre les cartels sont traitées comme un conflit armé non international, alors le droit des conflits armés régit les questions de ciblage, de détention et de responsabilité. S’ils restent en dessous de ce seuil, le droit international des droits de l’homme et les normes d’application de la loi en temps de paix s’appliquent, notamment des limites plus strictes sur le recours à la force meurtrière, en particulier contre les personnes en mer qui ne résistent plus.
Le corollaire de Trump ravive également les préoccupations régionales de longue date concernant les sphères d’influence. De nombreux gouvernements et universitaires latino-américains considèrent la doctrine Monroe comme une doctrine politique qui a historiquement servi à justifier l’intervention américaine, et non comme un principe neutre de sécurité régionale. Une stratégie qui promet ouvertement de « réaffirmer » la prééminence américaine, de conditionner l’aide et les investissements au dénouement des projets d’infrastructure soutenus par la Chine et de « chasser » les entreprises étrangères des secteurs clés ravivera probablement les débats sur la souveraineté et l’inégalité des pouvoirs dans le système interaméricain.
Il existe également une tension plus large en matière de droit international. Les États-Unis soutiennent formellement l’interdiction par la Charte des Nations Unies de la menace ou du recours à la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout État et le principe d’égalité souveraine. Une doctrine qui traite l’hémisphère occidental comme une zone de sécurité américaine s’accorde mal avec ces engagements. Cela risque également d’affaiblir les objections des États-Unis aux arguments similaires avancés par d’autres. Si Washington insiste sur le fait que les grandes puissances devraient garder leurs mains à l’écart des ports et des télécommunications d’Amérique latine pour des raisons stratégiques, il pourrait être confronté à des questions lorsqu’il s’opposera aux revendications russes sur l’Ukraine ou aux revendications chinoises sur Taiwan et les eaux voisines formulées en termes comparables de « sécurité régionale ».
La stratégie de sécurité nationale marque également un changement dans la façon dont Washington perçoit ses alliés traditionnels. Le même document qui élève l’hémisphère occidental prévient que certaines parties de l’Europe sont confrontées à un « effacement civilisationnel » et appelle à « cultiver la résistance » à certaines politiques européennes en matière de migration et d’expression. Les responsables européens ont critiqué ce langage comme faisant écho aux discours d’extrême droite et l’ont lié aux préoccupations selon lesquelles l’attention et les ressources américaines s’éloignent du théâtre euro-atlantique, alors même que la stratégie exige que l’Europe assume une plus grande part du fardeau de défense conventionnelle de l’OTAN.
