A 5 kilomètres du front est de l’Ukraine, dans un sous-sol dont l’emplacement est tenu secret, des soldats sont assis devant des écrans. L’un d’eux porte des lunettes de gameur. La guerre se joue ici à distance, avec des drones FPV (pour first-person view, « en immersion ») pilotés exactement comme dans un jeu de course : une manette, un retour vidéo en temps réel et un objectif à neutraliser.
Le geste du pouce qui ajuste la trajectoire d’un drone sur un champ de bataille est le même que celui qui, quelques mois plus tôt, guidait un personnage dans Fortnite (les drones militaires ukrainiens sont pilotés par le biais de contrôleurs Xbox modifiés). Comme l’explique l’expert Peter Singer, les fabricants de consoles ont dépensé des centaines de millions de dollars pour concevoir des interfaces dont l’ergonomie est pensée pour être maîtrisée en quelques heures par des millions de joueurs.
L’armée recrute dans ce même vivier. Ce transfert n’est pas accidentel : il est le résultat de soixante ans d’une relation organique entre l’industrie du jeu vidéo et les états-majors, que les chercheurs en sciences politiques nomment « complexe militaro-industriel du divertissement ».
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Source:
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