Memorial, une ONG russe de défense des droits humains ayant reçu le prix Nobel de la paix en 2022, a été déclarée « organisation extrémiste » par la Cour suprême russe, dans une décision, rendue jeudi 9 avril, qui criminalise officiellement ses activités ainsi que ses soutiens.
La Cour suprême interdit « ses activités ainsi que celles de ses subdivisions structurelles sur le territoire de la Fédération de Russie », annonce-t-elle dans un communiqué. Sa décision énonce que l’activité du mouvement, déjà dissout en 2021, « revêt un caractère nettement antirusse ».
Le juge s’est prononcé sur une demande de procureurs russes, lors d’une audience à huis clos, à laquelle l’avocat de Memorial n’a pas pu accéder, selon l’organisation. Le Centre pour la protection des droits humains Memorial, émanation informelle en Russie de Memorial depuis sa dissolution, a dénoncé une décision « illégale » qui « marque une nouvelle étape dans la pression politique sur la société civile russe ».
La responsable du service juridique de cette entité, Natalia Sekretarieva, a déclaré à l’Agence France-Presse que l’arrêt de la Cour suprême allait renforcer « la peur » de ceux soutenant Memorial en Russie. Ceux ayant participé à des événements comme la cérémonie annuelle du « Retour des noms », en hommage aux victimes des répressions soviétiques, peuvent craindre dorénavant d’être accusés, même rétroactivement, de « complicité » d’extrémisme et exposés à de lourdes poursuites judiciaires, note-t-elle.
Des peines de prison pour les partisans du mouvement
Cette situation « kafkaïenne » et l’imprécision de la formulation « mouvement civique international Memorial », qui ne renvoie à aucune organisation existante en Russie permettent aux autorités de cibler tout groupe lié à Memorial, selon Mme Sekretarieva. De façon similaire, Moscou avait qualifié en 2024 « d’extrémiste » le « mouvement international LGBT », une organisation qui n’existe pas, mais cette mesure a rendu possible des poursuites contre tous ceux défendant en Russie les personnes LGBTQIA +.
La France a « vivement » dénoncé ce jugement, rappelant « qu’elle a toujours salué le rôle joué par Memorial (…) dans son combat pour les droits humains en Russie et pour la préservation de la mémoire des victimes des répressions durant l’époque soviétique », selon le porte-parole du ministère de l’Europe et des affaires étrangères, dans un communiqué.
Il a aussi appelé les autorités russes à « respecter leurs obligations internationales en matière de garantie des libertés et droits fondamentaux, à libérer toutes les personnes détenues pour des motifs politiques et à abandonner immédiatement et sans condition les poursuites judiciaires engagées contre elles ».
« Un coup porté à la société civile » russe
En amont de cette décision qu’il jugeait inévitable, le Centre avait recommandé à toute personne en Russie ou prévoyant de s’y rendre de ne plus faire de donation, ni partager d’information ou même s’abonner à toute organisation liée à Memorial sur les réseaux sociaux. Cette décision rend en effet plus aisées les poursuites en Russie contre les partisans et activistes liés de quelque manière que ce soit à ses activités, les exposant à des peines de prison.
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Memorial, fondée en 1988, était la gardienne depuis plus de trente ans de la mémoire des crimes soviétiques et connue pour ses enquêtes rigoureuses sur les violations des droits humains dans le chaos russe des années 1990, les exactions en Tchétchénie et celles de paramilitaires russes en Syrie, et les persécutions politiques actuelles.
La délégation de l’UE en Russie a dénoncé « un coup porté à la société civile » du pays. Memorial avait déjà été marqué du label d’« agent de l’étranger » en 2015, et sa dissolution a été ordonnée par la justice russe en 2021.
L’organisation continue d’exister via un réseau de plusieurs dizaines d’organisations plus ou moins formelles en Russie et des satellites à l’étranger, certaines déjà déclarées « indésirables » et interdites par la Russie.
Source:
www.lemonde.fr

