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Il inhale la fumée d’un incendie de forêt : des moulages bronchiques de suie impressionnants

C’est l’histoire d’un homme de 87 ans admis aux urgences pour une difficulté respiratoire apparue après avoir inhalé, pendant plusieurs heures, une fumée épaisse lors d’un incendie de forêt. Sa fréquence respiratoire est de 29 cycles par minute (contre 12 à 20 habituellement chez l’adulte), signe d’une respiration anormalement rapide. Sa saturation en oxygène à l’air ambiant n’est que de 85 % (elle est normalement supérieure à 95 %), traduisant un défaut d’oxygénation du sang.

À l’auscultation pulmonaire, on perçoit des râles diffus. L’examen clinique ne met en évidence ni brûlure des voies aériennes supérieures ni lésion cutanée, indiquent des médecins chinois (Daxing Teaching Hospital, Pékin) qui ont rapporté le 18 avril 2026 ce cas clinique dans The New England Journal of Medicine.

La radiographie thoracique montre des infiltrats interstitiels diffus, c’est-à-dire des anomalies disséminées dans le tissu pulmonaire. Le taux sanguin de monoxyde de carbone est normal.

L’état respiratoire du patient se dégrade rapidement, nécessitant une intubation et une ventilation mécanique.

En raison de pressions élevées dans les voies aériennes et de difficultés à ventiler efficacement, une bronchoscopie souple, examen permettant d’explorer l’intérieur de la trachée et des bronches, est réalisée pour vérifier leur perméabilité. Elle met en évidence des moulages noirâtres recouvrant la carène (crête située au niveau de la bifurcation de la trachée) et s’étendant dans les bronches souches.

Le diagnostic de moulages bronchiques liés à l’inhalation de particules issues de la fumée d’incendie est retenu. Ces formations sont retirées à l’aide d’une cryosonde.

L’extubation est possible trois jours après l’extraction des moulages. Le patient est traité pour une pneumonie associée, expliquant les anomalies radiologiques, puis quitte l’hôpital après une semaine d’hospitalisation. Deux semaines plus tard, sa respiration est redevenue normale.

Dépôts de suie massifs

En 2017, des médecins roumains ont rapporté dans le Journal of Bronchology & Interventional Pulmonology le cas d’un jeune homme de 23 ans victime d’un incendie domestique en espace clos. Des brûlures cutanées du 1er au 3e degré couvraient 10 % de la surface corporelle. Deux jours plus tard, il développe une insuffisance respiratoire grave, réfractaire à la ventilation mécanique.

L’obstruction massive des voies aériennes est due à d’abondantes sécrétions blanc grisâtre et à des dépôts de suie ayant formé des moulages bronchiques. Des bronchoscopies répétées, sur huit jours consécutifs, sont nécessaires : des pinces de biopsie permettent de détacher ces pseudomembranes, révélant en dessous une muqueuse bronchique intacte. Des lavages bronchiques quotidiens améliorent progressivement l’état respiratoire du patient. Il n’est extubé qu’au bout de dix jours et quitte l’hôpital après 24 jours d’hospitalisation.

Ce cas illustre l’importance cruciale d’une bronchoscopie d’urgence pour diagnostiquer et traiter ces complications.

Quand la bronchoscopie devient un geste vital

En 2013, des pneumologues portugais ont décrit, dans le Journal of Bronchology & Interventional Pulmonology, un cas de « bronchoscopie noire », expression désignant une pigmentation noirâtre diffuse des voies aériennes. Il s’agit d’une femme de 71 ans présentant un dépôt massif de suie après inhalation de fumée lors d’un incendie domestique.

La bronchoscopie met en évidence un arbre trachéobronchique entièrement recouvert de suie, partiellement retirée par lavages et aspirations. L’état respiratoire se dégrade secondairement, nécessitant une ventilation mécanique en réanimation ainsi qu’un traitement corticoïde et antibiotique. Une nouvelle bronchoscopie au 7ᵉ jour montre une régression de l’inflammation, malgré la persistance de débris nécrotiques et d’adhérences cicatricielles. L’évolution est finalement favorable.

La patiente quitte l’hôpital après 25 jours d’hospitalisation, dont 11 en réanimation, avec un simple enrouement résiduel.

Ces observations montrent que les lésions liées à l’inhalation de fumée peuvent être profondes et peu visibles initialement. Ce qui se dépose dans l’arbre bronchique peut rapidement compromettre la ventilation. Dans ce contexte, la bronchoscopie joue un rôle central, à la fois diagnostique et thérapeutique, parfois déterminant pour l’évolution.

Pour en savoir plus :

Wang Y, Mu X. Bronchial Casts from Inhalation of Forest-Fire Smoke. N Engl J Med. April 23, 2026. doi : 10.1056/NEJMicm2518379

Petris OR, Bologa C, Sorodoc V, Lionte C. Repeated Bronchoscopy – Treatment of Severe Respiratory Failure in a Fire Victim. J Crit Care Med (Targu Mures). 2017 Nov 8 ;3(4) :162-165. doi: 10.1515/jccm-2017-0024

Ribeiro C, Guimarães M, Antunes A, et al. « The black bronchoscopy » : a case of airway soot deposition. J Bronchology Interv Pulmonol. 2013 Jul ;20(3) :271-3. doi : 10.1097/LBR.0b013e31829add96


Source:

www.lemonde.fr