Dans ce rapport, publié mardi 5 mai 2026, Charles Alloncle formule près de 80 recommandations, qui soumettraient en particulier France Télévisions à une cure d’austérité. Il est le fruit de six mois de travaux d’une commission d’enquête parlementaire sous haute tension. Le texte est très critiqué par la gauche et les députés du bloc central de la commission d’enquête, qui accusent le député français de vouloir affaiblir France Télévisions et Radio France, et de vouloir mener à une privatisation de l’audiovisuel public français (dont fait partie RFI). Pour le Premier ministre, Sébastien Lecornu, c’est « une occasion manquée ».
Le député UDR Charles Alloncle estime que l’audiovisuel public est en « crise » financière, administrative, et aussi en raison d’une « perte de contact avec les attentes des Français », dans son rapport issu des travaux de la commission d’enquête sur le secteur, publié mardi 5 mai. « Il semblerait, en synthèse, que notre audiovisuel public soit inadapté aux enjeux de notre époque », écrit-il en préconisant une « refonte totale ou partielle du fonctionnement des grandes entités du secteur, à commencer par France Télévisions et Radio France ».
Dans ce rapport de quelque 400 pages, Charles Alloncle suggère de réduire drastiquement le périmètre de France Télévisions, pour participer à un effort de plus d’un milliard d’euros d’économies dans le secteur. Le député ciottiste dénonce, en outre, « un certain nombre de dysfonctionnements, dont le plus grave est sans équivoque le désengagement des autorités de tutelle et de contrôle, lequel a permis les dérives de ce service public ». Il vise par là l’État français et la Cour des comptes notamment.
France Télévisions dénonce un rapport « à charge »
Six mois de travaux, « tout ça pour en arriver là ? Pour en arriver à un rapport à charge, construit sur des insinuations, des approximations et des contre-vérités ? », a réagi sur X dans la foulée la présidente de France Télévisions, Delphine Ernotte Cunci, qui a été auditionnée deux fois par la commission. « Pour en arriver à un texte qui prétend renforcer l’audiovisuel public tout en proposant, en réalité, son affaiblissement historique ? », ajoute-t-elle.
Charles Alloncle prône notamment la fusion de France 2 et France 5, ainsi que celle de Franceinfo et France 24 (une chaîne du groupe FMM dont fait partie RFI). Il veut réduire de trois quarts le budget des jeux télévisés, et d’un tiers le budget des sports du groupe public. Selon Delphine Ernotte Cunci, « en réduisant le divertissement, il porte une vision élitiste, éloignée des familles, des publics les plus populaires ». Et « il rendra payant l’accès au sport pour ceux qui n’ont pas les moyens de payer ». « En réalité, le rapport élude les vrais enjeux d’avenir : la désinformation, la concurrence des grandes plateformes internationales, la pérennité de la création française et européenne », relève-t-elle.
« Ce que propose ce rapport, c’est le plus grand plan social de l’histoire culturelle française », critique encore la dirigeante. « Cela ne signifie pas que rien ne doit changer » et « France Télévisions continuera d’évoluer », s’engage-t-elle. Ainsi « tout ce qui est réalisable, utile, source d’économies et cohérent avec nos missions sera mis en place ». Delphine Ernotte Cunci, qui pointe en outre des « attaques personnelles » et des « procès d’intention » de la part de Charles Alloncle, promet de répondre « sur tous les points de ce rapport ».
Il est « malhonnête de dire que l’objectif de la commission d’enquête était de « sauver l’audiovisuel public » », fustige Jérémie Patrier-Leitus, président de la commission d’enquête, dans son avant-propos au rapport Alloncle. Selon lui, « on ne cherche pas à sauver un secteur ou une entreprise quand on propose de diminuer son budget de 25% et d’un milliard d’euros ».
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Alloncle veut « préparer les esprits à la privatisation de l’audiovisuel public »
« Le rapport n’en dira rien et ne l’assumera pas, mais l’objectif n’était pas de mettre en lumière utilement et de manière sincère, indépendante et impartiale des manquements et des dysfonctionnements » au sein de l’audiovisuel public, mais de jeter « le discrédit et d’une certaine manière l’opprobre » sur ce secteur, juge le député Horizons au bout de six mois de travaux sous tension. Ainsi, il est d’après lui « regrettable que l’UDR (le parti d’Éric Ciotti, ndlr) n’ait pas assumé l’objectif politique de cette commission d’enquête : préparer les esprits à la privatisation de l’audiovisuel public ».
La croisade de la droite et de l’extrême droite n’est pas nouvelle, mais le retour de ce sujet dans l’atmosphère à un an d’une présidentielle ne semble pas anodin. Après l’adoption de son rapport il y a une semaine, Charles Alloncle a dit souhaiter que « l’audiovisuel public se porte mieux et que, dans un an, notamment lors de la campagne de 2027, on se dise qu’il n’y a pas besoin de privatiser » France Télévisions ou Radio France. « Demain, à la tête du pays, nous engagerons la privatisation de l’audiovisuel public », a de son côté soutenu le président du RN, Jordan Bardella.
Jérémie Patrier-Leitus éreinte, par ailleurs, « le choix de l’hypermédiatisation » fait par Charles Alloncle, ainsi que son « utilisation massive des réseaux sociaux » qui a, selon lui, « accéléré la propagation de fausses informations ». Il s’emploie à démonter plusieurs de ses recommandations faites dans son rapport de quelque 400 pages. « La fusion de France 2 et de France 5 constituerait une erreur stratégique majeure », celle de Franceinfo et France 24 « soulèverait une incohérence de fond au regard de leurs missions respectives », juge-t-il. « La nomination des dirigeants de l’audiovisuel public par le président de la République constituerait un retour en arrière préoccupant », relève-t-il aussi.
Lui-même défend une fusion des entreprises de l’audiovisuel public (France Télévisions, Radio France, France Médias Monde et l’INA), parmi 40 propositions qu’il formule. Il reconnaît actuellement « des dysfonctionnements réels » et des « manquements », notamment dans la « tutelle de l’État », « la gestion budgétaire et financière » et encore « la prévention des risques de conflits d’intérêts ».
Une « occasion manquée », selon le Premier ministre
« Le gouvernement prend acte du rapport de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public. Le Parlement est dans son rôle de contrôle. Mais les polémiques ne font pas une politique publique », a réagi le Premier ministre français sur la plateforme X. Sébastien Lecornu a affirmé mardi qu’un travail était déjà engagé depuis l’automne « sur la gestion financière » et que l’exigence de neutralité de l’audiovisuel public reste « totale ». « Mais disons-le clairement: ce rapport passe malheureusement à côté de l’essentiel. C’est une occasion manquée. Car la seule vraie question est celle de la vision pour l’avenir », a-t-il ajouté. Selon lui, « des réformes seront nécessaires » mais elles doivent « répondre à une vision ». « Ni démantèlement, ni immobilisme. »
Et depuis ce lundi, Charles Alloncle, ainsi que le groupe Lagardère News, sont visés par une plainte de l’association AC !! Anti-Corruption pour prise illégale d’intérêt et trafic d’influence.
Jérémie Patrier-Leitus, président de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public, veut réformer ces instances
Jérémie Patrier-Leitus, président de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public, qui s’est déroulée dans une ambiance souvent houleuse, a appelé, ce 5 mai, à réformer ces instances, en interdisant par exemple aux députés membres de les commenter en direct sur les réseaux sociaux, et en revoyant le mode de publication de leurs rapports, écrit l’AFP. Le député du groupe Horizons (parti d’Edouard Philippe) a notamment déploré en conférence de presse une commission d’enquête qui « n’aura pas toujours donné une image à la hauteur du mandat que nous ont confié les Français, à la hauteur de cette Assemblée nationale ».
« Force est de constater que je n’ai pas toujours réussi à faire respecter ses règles », a également déclaré le député, assumant une « part de responsabilité ». Il a notamment reproché au rapporteur Charles Alloncle (UDR, parti d’Eric Ciotti) une « utilisation massive des réseaux sociaux » qui « a accéléré la propagation de fausses informations et perturbé la sérénité des travaux ».
En appelant à la présidente de l’Assemblée Yaël Braun-Pivet, il a suggéré de « revoir urgemment les règles de fonctionnement de ces commissions d’enquête », « des outils légitimes, nécessaires » d’une démocratie. Sa première proposition étant d’interdire aux députés membres de la commission de commenter en direct les auditions sur les réseaux sociaux. Il appelle aussi à revoir les conditions du vote pour que soit publié ou non le rapport de la commission d’enquête. A l’issue des travaux, les membres de la commission votent à bulletin secret pour autoriser ou non la parution du rapport. Cette fois-ci le scrutin a été particulièrement serré (12 voix contre 10). Ces règles « conduisent à un débat malsain », a estimé M. Patrier-Leitus : « Soit nous censurions le rapporteur, soit nous cautionnions son travail ». Il propose dès lors « que nous fixions par principe la publication du rapport, et que le vote au sein de la commission ne porte que sur une seule chose : est-ce que le rapport est adopté au nom de la commission d’enquête ou au nom du rapporteur ».
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Source:
www.rfi.fr

