Contrairement aux apparences, la proposition de loi déposée par Gabriel Attal visant à permettre à certaines professions, comme les fleuristes et les boulangers, de travailler le 1er-Mai a toutes les chances de voir le jour, grâce à une manoeuvre de la majorité présidentielle. Une opération séduction des patrons pour le numéro un de Renaissance et un tour de passe-passe ce vendredi devant les députés.
Publié le : 10/04/2026 – 12:43Modifié le : 10/04/2026 – 13:28
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Coup de tonnerre à l’Assemblée ce vendredi matin sur une proposition de loi de Gabriel Attal autorisant certaines catégories professionnelles à travailler le 1er-Mai, seul jour chômé obligatoire en France. Les députés ont approuvé une motion de rejet préalable du texte, déposée par les macronistes pour éviter « l’obstruction » et accélérer son parcours législatif.
C’est la règle : si une proposition de loi déjà adoptée par le Sénat, est rejetée, elle va directement en commission mixte paritaire, composée de 7 députés et 7 sénateurs chargés de trouver un compromis. La motion de rejet tactique des macronistes sur leur propre texte a été adoptée par 120 voix contre 105. La gauche et le Modem s’y sont opposés, contre le reste de l’hémicycle, des macronistes jusqu’au Rassemblement national.
Ses soutiens espèrent que le texte puisse s’appliquer d’ici le 1er mai prochain.
Un « coup de poignard » selon Sophie Binet
Les groupes de gauche – qui avaient déposé quelque 140 amendements à discuter – et la CGT ont dénoncé avant le vote un « passage en force » et une manœuvre « scandaleuse ». Selon Sophie Binet, patronne de la CGT, c’est « un coup de poignard dans le dos des millions de travailleurs ». Insoumis, socialistes et écologistes ont dit leur intention de saisir le Conseil constitutionnel contre le texte lorsqu’il sera définitivement adopté. La présidente du groupe écologiste Cyrielle Chatelain a elle fustigé la troisième motion de rejet tactique de ce genre depuis le début de la législature, citant des précédents sur la loi Duplomb et une loi concernant l’autoroute A69.
« C’est un trou dans la raquette du Code du travail »
Pour combler ce « trou dans la raquette du Code du travail » selon le ministre du travail Jean-Pierre Farandou, Gabriel Attal avait repris une proposition de loi LR adoptée au Sénat, avec le soutien du bloc central. « La fête du travail est devenue la fête de l’angoisse, du contrôle et de l’amende. En France, on célèbre donc le travail en verbalisant les travailleurs. Il est temps de retrouver un peu de bon sens laissez les gens travailler plus pour gagner plus », a lancé à l’Assemblée nationale le député Horizons Jean Mouillière.
Si le code du Travail établit que « le 1er-Mai est jour férié et chômé », il admet qu’un artisan boulanger ou un fleuriste puisse ouvrir ce jour-là, mais seul ou presque. Il peut en effet compter sur lui-même ou des membres de sa famille non-salariés, mais pas sur ses employés. Au risque d’une amende de 750 euros par salarié concerné (1.500 euros s’il est mineur).
La proposition de loi doit clarifier les règles et « permettre aux salariés de certains établissements et services de travailler », en l’espèce « des commerces de bouche de proximité », fleuristes et établissements culturels (cinémas, théâtres)… Mais exclut la grande distribution ou les magasins d’outillage et travaux, par exemple, précise l’Agence France presse.
La volonté de Gabriel Attal s’inscrit dans un objectif bien plus large, celui de s’adresser aux artisans et aux patrons alors qu’il se prépare pour la présidentielle 2027.
Source:
www.rfi.fr

