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Festival du livre de Paris 2026 : une édition bousculée par la romance, des nouveautés pour 2027

Le Festival du livre de Paris victime de son succès ? « Pour la première année depuis le lancement du nouveau projet de festival en 2022, nous sommes complets sur les trois jours », annonce à Livres Hebdo Pierre-Yves Bérenguer, directeur général de la manifestation, au lendemain de l’édition 2026 qui s’est tenue du 17 au 19 avril. Le Grand Palais a ainsi accueilli 121 000 visiteurs (contre 114 000 en 2025), dont 50 % de jeunes de moins de 25 ans (contre 43 % en 2025).

« Un nouveau festival new romance »

Parmi ces jeunes, les fans de romance étaient au rendez-vous, allant jusqu’à générer de sérieux embouteillages sur les balcons où étaient installées la plupart des maisons spécialisées.

« Il y avait des stands sur lesquels on ne pouvait pas entrer, ni encaisser ou se déplacer, d’autant plus que l’espace des balcons est un peu exigu », résume Simon Saint-Ouen, directeur général adjoint d’Hugo Publishing. La maison, qui a organisé une cinquantaine de dédicaces sur trois jours, a battu son record de vente. « Jusqu’ici, on avait une fréquentation moindre que sur notre festival annuel dédié à la romance, mais cette année, c’était comme un nouveau festival new romance », observe-t-il.

Des mesures correctives

Un phénomène d’appétence dont les organisateurs de festivals doivent désormais tenir compte en intégrant les spécificités de ce lectorat, estiment plusieurs acteurs interrogés. « Il y a une fan attitude chez les lectrices de romance : elles peuvent arriver très tôt le matin et ne repartir que le soir, et les dédicaces peuvent attirer jusqu’à 300 personnes », souligne Simon Saint-Ouen.

Organisées par les maisons d’édition – quand les rencontres de la programmation sont gérées par le festival – les dédicaces auraient contribué à saturer la fréquentation, selon la direction. « La romance était déjà aux balcons l’année dernière, et ça n’avait posé aucun problème, resitue Pierre-Yves Bérenguer. Cette année, le samedi a été particulièrement saturé, surtout en début d’après-midi. Après analyse, nous nous sommes rendu compte que c’était notamment parce que les éditeurs de romance avaient mis toutes leurs stars à ce moment-là. » Pour la prochaine édition, le directeur général de l’événement promet des « mesures correctives », dont une meilleure répartition de la romance dans l’enceinte du Grand Palais, avec davantage de stands en bas.

Qui dit fréquentation engorgée, dit aussi difficultés d’accès à l’entrée du site, avec des files d’attente allant jusqu’à deux heures, des rendez-vous manqués, et beaucoup de frustration à la clé chez les visiteurs, rapportent plusieurs exposants. En 2027, le Festival devrait retrouver davantage d’espace, et donc une jauge augmentée. « Nous aurons de nouveau le Salon d’honneur, comme en 2025 », indique Pierre-Yves Bérenguer. Là où 10 200 personnes pouvaient être accueillies en simultané cette année, 11 000 visiteurs pourront circuler en même temps sous la verrière du Grand palais l’année prochaine. Et pour pousser encore davantage les murs, la direction du Festival « ne s’interdit pas de travailler avec la Ville de Paris pour occuper à terme le Petit Palais », qui se trouve juste en face.

Des mètres carrés supplémentaires qui auraient été bien utiles aux éditeurs, de romance notamment, qui ont manqué d’espace de stockage. « Même avec nos trois stands nous avons été très limités et confrontés à des ruptures de stock, comme nos collègues », constate Simon Saint-Ouen d’Hugo Publishing.

Chaleur humaine

Pour un Festival amélioré, les exposants plébiscitent plus d’espace donc, mais aussi moins de chaleur. « Le Grand Palais était censé avoir une climatisation qui s’est avérée insuffisante. Ils ont donc ajouté des unités de climatisation sous les balcons mais si on les enclenche, les éditeurs sous les balcons n’entendront plus leur public », explique Pierre-Yves Bérenguer qui assure travailler sur ce point pour la prochaine édition.

Ces désagréments ont toutefois été appréhendés avec philosophie. « On a des éventails, on s’assure d’avoir assez d’eau pour nos autrices et auteurs », glisse Mireille Tykaert, directrice commerciale, marketing et communication des éditions Points (Seuil). Et ils n’ont pas gâché la satisfaction générale.

Première réjouissance, les actes d’achat ont augmenté de 30 % en moyenne d’après les premières estimations du Festival, avec des performances particulièrement bonnes pour la romance, la BD, et la jeunesse. « En tant que maison invitée par la région Île-de-France, c’est un salon qui est tout de suite rentable pour nous. Mais il est aussi très intéressant pour la typologie de public, qui n’est pas notre lectorat habituel. C’est un festival de la découverte, on sent une vraie curiosité des visiteurs d’aller vers des ouvrages qu’ils ne connaissent pas », estime Ariane Lefauconnier, éditrice et responsable communication aux éditions de poésie Bruno Doucey.

Une « période particulière »

Si les maisons qui payent leurs stands aspirent le plus souvent, au mieux, à l’équilibre, elles restent convaincues de l’effet vitrine et sont très attachées à la rencontre avec le public. « On sort du Festival galvanisé d’avoir vu tous ces lecteurs, avec un rajeunissement frappant cette année », assure Mireille Tykaert des éditions Points qui ont augmenté leurs ventes de 17 % par rapport à 2025. « Notre espace destiné aux jeunes générations, où on présente la collection Points Féministe à côté de nos Points Classiques, fonctionne très bien », détaille-t-elle.

Dans un contexte où les préoccupations ne manquaient pas pour la filière, le Festival a assuré sa place de lieu de retrouvailles et de débats. « Grasset, on en a parlé tout le temps, partout, entre professionnels, mais ça n’a eu d’impact ni sur la vie du festival, ni sur sa fréquentation, ni sur son déroulé, extrêmement serein et convivial », assure Pierre-Yves Bérenguer. « On en ressort épuisés mais aussi ressourcés par les interactions avec le lectorat, avec nos autrices et auteurs, avec les consœurs et confrères en cette période particulière », salue Ariane Lefauconnier.

Enfin, à l’issue de cette édition, l’organisation salue le développement international de la manifestation avec 14 pays représentés cette année, le Japon invité en 2028, et un pays européen invité en cours de signature pour 2027.

Depuis deux ans, le Festival de Paris collabore par ailleurs avec les festivals de Genève, Bruxelles et Montréal pour optimiser leurs modèles et lancer, par exemple, des coproductions. « Nous avons la confirmation que le Festival est devenu une marque attractive, se réjouit Pierre-Yves Bérenguer. Notre ingénierie de projet, notre couverture médiatique, notre modèle économique… Tout intéresse. » Y compris les améliorations logistiques, attendues par bon nombre d’exposants comme de visiteurs.

Un fonds de dotation du SNE

L’avenir du Festival du livre de Paris dépend aussi de son volet financier. Après avoir annulé cette année le partenariat avec Amazon, la direction tend la main à d’autres partenaires potentiels. « Il y a d’autres acteurs comme la Fnac, Cultura, ou Edouard Leclerc, qui pourraient inventer avec nous des activations partenariales », défend Pierre-Yves Bérenguer.

Dès la prochaine édition, le Festival de Paris s’ouvre au mécénat d’entreprise. « Une possibilité complémentaire et indispensable qui permet aux entreprises de faire un don pouvant aller jusqu’à 60 % de défiscalisation », précise le directeur. « Il nous manquait un véhicule juridique, c’est pourquoi nous allons créer un fonds de dotation avec le Syndicat national de l’édition, lequel pourrait aussi être utile à d’autres structures, comme Les Petits champions de la lecture », explique-t-il.


Source:

www.livreshebdo.fr