Le 5 juin prochain, Drouot proposera aux enchères une collection inédite d’art moderne, comprenant des meubles-sculptures de Diego Giacometti, des céramiques de Picasso ou encore des gouaches de Miró. Les 50 lots seront présentés dans une exposition gratuite à Paris la semaine avant la vente.
« C’est vraiment une totale redécouverte ! » se réjouit Nicolas Couvrand, commissaire-priseur pour Drouot Estimations. Mardi 14 avril, l’hôtel de ventes a présenté à la presse une collection inédite d’art moderne, qui sera mise aux enchères le 5 juin. Cinquante œuvres de Diego Giacometti, Pablo Picasso, Joan Miró, Jean-Paul Riopelle, Balthus ou encore Richard Serra, seront réunies dans une exposition gratuite, du 30 mai au 4 juin, avant d’être dispersées. L’occasion de découvrir un merveilleux ensemble de huit meubles-sculptures de Diego Giacometti ainsi que des œuvres au « format domestique », rassemblées, des années 1970 aux années 2000, et conservées durant des décennies chez un couple de mystérieux collectionneurs français, puis transmis à leurs descendants.
Une collection secrète révélée lors d’un inventaire surprenant
Tout commence lorsque Philippe Ancelin, président de Drouot Estimations et commissaire-priseur, est contacté par les petits-enfants des collectionneurs pour faire l’inventaire de céramiques de Picasso. « Quand je suis venu chez les collectionneurs, ce fut une belle surprise de découvrir immédiatement dans un appartement moderne une console de Diego Giacometti, disposée entre des chaussures et des vêtements d’enfants », nous explique Philippe Ancelin. Lors de cet « inventaire touchant », le commissaire-priseur a redécouvert huit pièces de l’artiste, commandées directement par les collectionneurs. « Cet ensemble extraordinaire témoigne de la proximité et du rapport de confiance sur le long terme entre Diego et les collectionneurs, ajoute l’expert Romain Coulet. Ils entretenaient une relation d’amitié et se rendaient à l’atelier. »
Vue de la présentation presse des lots phares qui seront en vente le 5 juin à l’Hôtel Drouot. Photo © Connaissance des Arts / Agathe Hakoun
Diego Giacometti, l’artisan-poète du bronze et du bestiaire
Depuis la vente Hubert de Givenchy chez Christie’s en 2017, grand collectionneur et commanditaire du sculpteur, un tel ensemble de pièces de Diego n’avait pas été mis en vente à Paris. Qui plus est, les meubles-sculptures bientôt en vente sont plus ravissants les uns que les autres. « L’autre paire de mains » d’Alberto, Diego Giacometti (1902-1985) s’est consacré pleinement à son œuvre personnel après la mort de son frère. Il développe du mobilier en bronze avec une patine verte dans lequel il renouvelle des éléments traditionnels antiques, des Hittites aux Gallo-romains, en passant par les Grecs et les Étrusques. Il agrémente ensuite ces objets de sculptures de grenouilles, rats, biches, cerfs, chats, renards, chiens, chouettes, chevaux, tortues… Les pièces en vente à Drouot illustrent ainsi le goût de cet « artisan-poète », selon la formule de l’historien de l’art Jean Leymarie, pour la nature et le végétal, sa relecture des sources antiques et la poésie de son bestiaire facétieux.

Diego Giacometti, Table sculpturale modèle Feuilles aux oiseaux et aux grenouilles, plateau carré en épaisse dalle de verre disposée sur une structure en bronze à patine verte, 70,3 x 57,5 x 57,5 cm © Drouot Estimations
De 150 000 à 2,5 millions d’euros, l’univers de Diego Giacometti à l’honneur
À l’Hôtel Drouot sera présentée Feuilles aux oiseaux et aux grenouilles, une table rare créée en 1980 où deux oiseaux semblent s’approcher d’une coupelle, sous un feuillage surmonté de grenouilles, estimée entre 400 000 et 600 000 euros. Une charmante lampe Au Hibou, seconde version du modèle créé en 1980, décline le bestiaire de Diego Giacometti en luminaire décoré d’un rapace niché à côté d’une coupelle, est estimée entre 100 000 et 150 000 euros mais pourrait bien dépasser son estimation haute, puisqu’il s’agit de la première à être proposée aux enchères depuis ces six dernières années. Parmi les pièces majeures, on retrouve également La Promenade des amis, un modèle créé en 1976 qui illustre une scène avec un cheval et trois chiens autour d’un arbre, estimée entre 2 et 2,5 millions d’euros. En 2024, une version de la console a été adjugée 9,5 millions d’euros chez Christie’s.

Diego Giacometti, Console sculpturale modèle la Promenade des amis, plateau rectangulaire en épaisse dalle de verre enchâssée dans une structure en bronze à patine brune nuancée de vert, 89 x 122 x 36 cm © Drouot Estimations
Le Chat maître d’hôtel ou l’humour facétieux de Diego Giacometti
Une deuxième version du malicieux et élégant Chat maître d’hôtel, estimée entre 120 000 et 150 000 euros, sera également vendue. Lors de l’exposition « Les Giacometti, une famille de créateurs » à la Fondation Maeght en 2021, Adrien Maeght racontait une anecdote croustillante sur cette sculpture : « Ma mère avait une cage dans laquelle se trouvaient des canaris et Alberto avait apporté cette sculpture pour la mettre dans la cage. Ce chat debout tenait un plateau sur lequel ma mère posait des graines. Alberto prenait plaisir à voir le chat couvert par les fientes des serins. Dans la cour de son atelier il y avait des chats de gouttières qui passaient leur temps à chasser les moineaux, c’était pour lui une forme de vengeance. » Le chat passe de prédateur à serviteur des oiseaux. Dans cette deuxième version du bronze à patine verte, le plateau est creux.

Diego Giacometti, Chat Maître d’hôtel, deuxième version, avec plateau creux, modèle créé en 1967, bronze à patine verte © Drouot Estimations
Deux gouaches rares de Miró, entre figuration et abstraction naissante
Si le couple passait directement commande à Diego Giacometti, pour compléter leur collection ils achetaient également des œuvres en galerie, et notamment à la galerie Lelong. Ils ont ainsi acquis deux gouaches de Miró, provenant de la galerie Pierre Matisse à New York puis chez Lelong, La toilette de Violette, 18 juillet 1938, estimée entre 250 000 et 350 000 euros, et Sans titre, juin 1937, estimée entre 200 000 et 300 000 euros. Plus surréaliste, la première témoigne de sa période de transition entre figuration et abstraction, tandis que la seconde annonce les Constellations avec un langage minimaliste et un vocabulaire propre à l’artiste. La vente comprendra aussi une sculpture de Miró. Il s’agit de la Maquette de l’Arc de la Fondation Maeght, 1962, une épreuve d’artiste en bronze à patine verte fondue vers 1981-1982 qui était disposée dans le salon des collectionneurs au pied d’un canapé.

Les deux gouaches de Joan Miró présentées lors de la visite presse le mardi 14 avril à l’Hôtel Drouot. Photo © Connaissance des Arts / Agathe Hakoun
Picasso, Riopelle, Serra : une constellation de noms incontournables du XXe siècle
Parmi les 50 lots de la vente, outre une peinture au couteau de Jean-Paul Riopelle (entre 150 000 et 200 000 euros), un ensemble de six céramiques de Pablo Picasso, ou encore un rare dessin de 2006 de Richard Serra (entre 150 000 et 200 000 euros), des plus petites pièces d’art moderne seront proposées, comme une œuvre d’Auguste Herbin. « C’est un événement pour le marché parisien mais aussi européen, qui prouve que de belles collections peuvent être vendues à l’Hôtel Drouot », conclut Nicolas Couvrand.
« Une collection française… »Hôtel Drouot, ParisExposition du 30 mai au 4 juin et vente le 5 juin 2026
Source:
www.connaissancedesarts.com

