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Exposition à Monaco : à la Villa Paloma, l’étonnante modernité de Poussin dialogue avec 30 artistes contemporains

Dernière exposition montée à Monaco par l’écrivain et historien de l’art Guillaume de Sardes, « Le sentiment de la nature » rend hommage à Nicolas Poussin.

Près d’une dizaine de toiles méconnues du grand peintre du XVIIe siècle, des œuvres contemporaines d’une trentaine d’artistes internationaux, en particulier italiens (séjour de Poussin à Rome oblige) viennent apporter la preuve de la vivacité du paysage aujourd’hui. L’accrochage de la Villa Paloma est remarquable, en particulier le premier étage où les sculptures de Fausto Melotti, Latifa Echakhch et Giulio Paolini (une création spéciale du maître de l’Arte Povera) dialoguent avec les peintures de Pierre Lesieur, Giuseppe Penone et Pier Paolo Calzolari. Le tout à proximité de toiles de Poussin, venues du musée Fabre de Montpellier et du musée des Beaux-Arts de Rouen, et de son contemporain Gaspard Dughet, sorties de collections particulières. À l’étage, le parcours égraine les éléments constitutifs du paysage (marines, déserts, montagnes, fleurs et papillons) avec un peu moins de pertinence, même si « certains motifs courent de siècle en siècle et les artistes les traitent avec un lyrisme inchangé », assure Guillaume de Sardes. À découvrir jusqu’au 25 mai.

La poésie du monde

« En dépit de l’angoisse écologique qui domine de plus en plus nos sociétés, explique Guillaume de Sardes, il n’est pas rare que les artistes préfèrent restituer la poésie du monde, plutôt que d’indiquer les menaces qui pèsent sur lui. » C’est effectivement ce sentiment qui surgit lors de la visite des trois étages de la Villa Paloma. Les paysages érudits de Poussin rappellent ses relevés des traces de l’Antiquité dans la Rome du XVIIe siècle (il y arrive en 1624, alors âgé de 30 ans). Il place ses personnages, tels Vénus et Adonis, dans le cadre verdoyant de Grottaferrata, dans les Castelli Romani, où se prélasse le dieu Fleuve.

Nicolas Poussin, Paysage de Grottaferrata : Paysage au Dieu Fleuve / Vénus et Adonis , vers 1626, huile sur toile, 75 × 199 cm, Musée Fabre, Montpellier Méditerranée Métropole

Nicolas Poussin, Paysage de Grottaferrata : Paysage au Dieu Fleuve / Vénus et Adonis , vers 1626, huile sur toile, 75 × 199 cm, Musée Fabre, Montpellier Méditerranée Métropole

Le teaser de l’exposition

Teaser de l’exposition « Le Sentiment de la nature. l’art contemporain au miroir de Poussin »

 

Éléments déchaînés

Près du tableau L’Orage de Poussin, les nuages découpés de Latifa Echakhch soulignent le caractère théâtral de cette scène dramatique où la foudre vient perturber la nature bien ordonnée. L’obscurité domine dans les parties hautes et basses du tableau, et un fort rayon de lumière éclaire les bâtiments et les personnages effrayés. « Ici, orages et nuits sont moins un sujet qu’une expérience, explique Guillaume de Sardes. Ils sont ce qui se regarde, mais surtout ce qui nous happe. »

À gauche : Nicolas Poussin, <i>L’Orage </i>, v. 1651, présenté dans l’exposition « Le sentiment de la nature », Villa Paloma, Monaco, 2026. ©Connaissance des arts/Guy Boyer.À gauche : Nicolas Poussin, <i>L’Orage </i>, v. 1651, présenté dans l’exposition « Le sentiment de la nature », Villa Paloma, Monaco, 2026. ©Connaissance des arts/Guy Boyer.

À gauche : Nicolas Poussin, L’Orage , v. 1651, présenté dans l’exposition « Le sentiment de la nature », Villa Paloma, Monaco, 2026. Photo : Connaissance des Arts / Guy Boyer

Le sublime des volcans

Entre effroi et beauté, Pierre-Henri de Valenciennes donne du spectacle de l’éruption du Vésuve le sentiment du sublime, cher au XVIIIe siècle de Loutherbourg. Le spectateur, tout comme les victimes représentées en bas du tableau, reste tétanisé devant la puissance des éléments naturels capables de détruire des palais entiers et des vaisseaux en pleine mer. Les couleurs chaudes de la terre et de la lave projetée dans le ciel contrastent avec le vert sombre de la surface agitée de l’eau.

Pierre-Henri de Valenciennes, <i>L’Éruption du Vésuve</i>, détail, v. 1814, présenté dans l’exposition « Le sentiment de la nature », Villa Paloma, Monaco, 2026. ©Connaissance des arts/Guy Boyer.Pierre-Henri de Valenciennes, <i>L’Éruption du Vésuve</i>, détail, v. 1814, présenté dans l’exposition « Le sentiment de la nature », Villa Paloma, Monaco, 2026. ©Connaissance des arts/Guy Boyer.

Pierre-Henri de Valenciennes, L’Éruption du Vésuve, détail, v. 1814, présenté dans l’exposition « Le sentiment de la nature », Villa Paloma, Monaco, 2026. Photo : Connaissance des Arts / Guy Boyer

Au rythme des vagues

La présence de l’eau sous forme de rivières et de lacs dans les toiles de Nicolas Poussin justifie les nombreuses œuvres contemporaines exposées dans « Le sentiment de la nature ». De Marine Wallon à Walter Robinson (violente confrontation), de Gursky à Leccia, l’eau devient mer calme, vagues ou cascades. Comme dans le chapitre sur les forêts et jardins, la nature séduit mais inquiète, protège mais menace, rassure mais perd les humains.

À gauche : Bruno Pélassy, <i>Sans titre</i>, 2001, présenté dans l’exposition « Le sentiment de la nature », Villa Paloma, Monaco, 2026. ©Connaissance des arts/Guy Boyer.À gauche : Bruno Pélassy, <i>Sans titre</i>, 2001, présenté dans l’exposition « Le sentiment de la nature », Villa Paloma, Monaco, 2026. ©Connaissance des arts/Guy Boyer.

À gauche : Bruno Pélassy, Sans titre, 2001, présenté dans l’exposition « Le sentiment de la nature », Villa Paloma, Monaco, 2026. Photo : Connaissance des Arts / Guy Boyer

Des inédits, des chocs visuels

Bravo au commissaire de l’exposition pour avoir convaincu Giulio Paolini de donner pour Monaco sa vision de L’Orage (dont le dessin préparatoire voisine ici avec l’œuvre de 2025) ! Surprise de découvrir également une photographie de Thomas Demand tirée sur papier affiche, qui couvre un mur complet face à un frottage de feuilles sur toile de Giuseppe Penone. Enfin, la réunion d’autant d’œuvres de Poussin relève de l’exploit, tel cet Hannibal traversant les Alpes sorti des collections princières de Monaco et très peu vu jusqu’alors.

Nicolas Poussin, <i>Hannibal traversant les Alpes à dos d’éléphant</i>, 1625, présenté dans l’exposition « Le sentiment de la nature », Villa Paloma, Monaco, 2026. ©Connaissance des arts/Guy Boyer.Nicolas Poussin, <i>Hannibal traversant les Alpes à dos d’éléphant</i>, 1625, présenté dans l’exposition « Le sentiment de la nature », Villa Paloma, Monaco, 2026. ©Connaissance des arts/Guy Boyer.

Nicolas Poussin, Hannibal traversant les Alpes à dos d’éléphant, 1625, présenté dans l’exposition « Le sentiment de la nature », Villa Paloma, Monaco, 2026. Photo : Connaissance des Arts / Guy Boyer

Passages et séparations

Dans la section consacrée aux déserts et volcans, Guillaume de Sardes a voulu souligner deux extrêmes de l’imaginaire : l’immobilité et le mouvement, l’attente et le jaillissement. Belle idée que l’on retrouve dans la pièce très poétique de Pier Paolo Calzolari avec la ligne sinueuse de la suie provenant d’une bougie à proximité d’une toile blanche. Même poésie dans la barrière de tissu installé par Christo et Jeanne Claude dans le désert californien.

À gauche : Christo et Jeanne Claude, Running Fence, v. 1970, présenté dans l’exposition « Le sentiment de la nature », Villa Paloma, Monaco, 2026 (©Guy Boyer).À gauche : Christo et Jeanne Claude, Running Fence, v. 1970, présenté dans l’exposition « Le sentiment de la nature », Villa Paloma, Monaco, 2026 (©Guy Boyer).

À gauche : Christo et Jeanne Claude, Running Fence, v. 1970, présenté dans l’exposition « Le sentiment de la nature », Villa Paloma, Monaco, 2026. Photo : Connaissance des Arts / Guy Boyer

« Le sentiment de la nature »Nouveau Musée National de Monaco – Villa Paloma, 56, boulevard du Jardin Exotique 98000 Monacojusqu’au 25 mai 2026


Source:

www.connaissancedesarts.com