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Edgar Morin et l’urgence d’une pensée interconnectée

Edgar Morin s’est éteint le 29 mai 2026, à l’âge de 104 ans, laissant derrière lui une œuvre profondément tournée vers la liaison des savoirs. Figure non conformiste, entré au CNRS en 1950 grâce au soutien de pairs comme Georges Friedmann et Pierre George, il a revendiqué toute sa vie l’idée d’une trajectoire intellectuelle plus proche d’une « vie » que d’une carrière académique. Son engagement politique initial au PCF, son expérience de la Résistance et son Autocritique de 1959 ont nourri une méfiance durable à l’égard des dogmatismes et une exigence d’autoconnaissance pour la recherche.

Le cœur de sa contribution tient à la volonté de rompre avec le cloisonnement disciplinaire. Paradoxalement critique de la seule spécialisation, Morin a développé la notion de pensée complexe et articulé une méthode transdisciplinaire exposée dans La Méthode, publiée en six volumes entre 1977 et 2004. Il y propose des principes — principe hologrammatique, principe systémique, principe dialogique et principe de récursion organisationnelle — visant à rendre compte des interdépendances, des rétroactions et des relations entre parties et tout, plutôt qu’à réduire les phénomènes à des éléments isolés.

Cette approche a suscité des résistances et des critiques méthodologiques, notamment de la part de sociologues tels que Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, qui lui ont reproché un recours insuffisant aux protocoles empiriques classiques et à l’hypothèse vérifiable. D’autres observateurs ont pointé la place limitée accordée aux facteurs économiques dans son analyse, au profit des représentations et des cultures. Ces débats ont balisé les limites et les tensions de sa pensée tout autant que ses apports.

La postérité de Morin se mesure aujourd’hui à la fréquence des problèmes qu’il cherchait à penser comme intrinsèquement reliés : pandémie de Covid-19, irruption de l’intelligence artificielle en novembre 2022, vagues de chaleur de 2026 ou défis climatiques déjà pointés dans L’An I de l’ère écologique (1972). Sa proposition de relier plutôt que de juxtaposer disciplines et savoirs demeure opérationnelle pour concevoir des réponses publiques et des cadres de recherche capables d’intégrer complexité, incertitude et multiplicité d’échelles.

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