Par Lahcen Isaac Hammouch
En avril 2026, Doha ne sera pas seulement une capitale diplomatique active, elle deviendra l’un des principaux lieux où se jouera le débat mondial sur l’avenir de la sécurité internationale. Pendant trois jours, du 12 au 14 avril, responsables politiques, diplomates, experts et décideurs venus de tous les continents se retrouveront au Qatar à l’occasion du Global Security Forum. L’événement se tiendra sous le patronage du Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, Cheikh Mohammed bin Abdulrahman bin Jassim Al Thani, symbole de l’investissement croissant de l’émirat dans les grandes questions géopolitiques.
Le thème choisi pour cette édition 2026 n’a rien d’anodin. Sécurité collective et crise de légitimité. Derrière cette formule se cache une inquiétude largement partagée dans les cercles diplomatiques. Partout dans le monde, les institutions censées garantir la stabilité sont contestées, affaiblies ou dépassées par la rapidité des crises. Alliances fragilisées, multilatéralisme sous tension, méfiance des opinions publiques, rivalités entre puissances et conflits prolongés mettent à rude épreuve les fondations mêmes de l’ordre international.
Depuis sa création en 2018, le Global Security Forum s’est forgé une réputation particulière. Contrairement à de nombreux sommets figés dans le langage diplomatique, il se veut un espace de discussion directe, parfois inconfortable, mais toujours ancré dans la réalité. Organisé avec la Qatar International Academy for Security Studies, le forum réunit chaque année chefs d’État, ministres, responsables du renseignement, hauts fonctionnaires, militaires et chercheurs autour de débats qui dépassent les postures officielles.
L’édition 2026 arrive à un moment charnière. Les mécanismes classiques de sécurité collective semblent de moins en moins adaptés à un monde fragmenté, traversé par des menaces hybrides, des cyber attaques, des guerres asymétriques et une accélération technologique qui bouleverse les rapports de force. À cela s’ajoute une question plus profonde, presque existentielle pour le système international. Qui décide encore au nom de qui et avec quelle légitimité.
Pendant trois jours, les discussions porteront sur la manière de reconstruire la confiance entre États, de redonner du sens aux institutions internationales et de repenser la coopération dans un environnement marqué par la polarisation et la défiance. Il ne s’agira pas seulement d’analyses théoriques mais de pistes concrètes, nourries par l’expérience de ceux qui gèrent les crises au quotidien.
Le forum mettra également en avant l’engagement du Qatar dans le domaine de la sécurité intérieure et de la coopération institutionnelle, notamment à travers le travail conjoint des forces de sécurité et du ministère de l’Intérieur. Une façon de rappeler que la sécurité globale commence souvent par des politiques nationales solides et une coordination efficace entre les acteurs.
Dans un monde où les lignes de fracture se multiplient et où les certitudes d’hier s’effritent, Doha entend offrir un espace de dialogue crédible, loin des discours convenus. Le Global Security Forum 2026 ambitionne ainsi de contribuer à une réflexion collective sur ce qui fait encore autorité, sur ce qui rassemble, et sur ce qui peut permettre d’éviter que l’instabilité ne devienne la norme.
